Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

Notes préliminaires sur la fin du miracle brésilien

· Inprecor (première série) n° 40-41, 18 décembre 1975 · p. 56-57 · 1 373 mots

Brésil Économie mondiale

Avec une année de retard sur les pays impérialistes et sur les pays semi-coloniaux non- exportateurs de pétrole, le Brésil subit à présent l'impact de la récession généralisée de l'économie capitaliste internationale. Cet impact signifie un ralentissement rapide de la croissance économique exceptionnelle que l'économie brésilienne avait connue entre 1968 et 1974. C'est l'aggravation catastrophique de la balance des paiements brésilienne qui exprime de la manière la plus nette la détérioration de la situation économique. Le déficit de la balance des opérations courantes est passé de 3, 4 milliards de dollars en 1973 à 8 milliards de dollars en 1974. Cette année il doit atteindre 9 milliards de dollars. En 1973, on a pu facilement couvrir ce déficit grâce à une entrée brute de capitaux de l'ordre de 5 milliards de dollars. En fait, les réserves de change s'accrurent de 2 milliards de dollars. En 1974, l'entrée brute de capitaux de l'ordre de 7 milliards de dollars ne permit plus de couvrir le déficit des opérations courantes : les réserves de change diminuèrent de 1,5 milliards de dollars. Cette année-ci, les réserves diminueront de près de 3 milliards, c'est-à-dire qu'ils auront été amputés de plus de 50% en l'espace de deux ans (tombant de 6, 5 milliards à moins de 3 milliards de dollars). Il faut souligner le fait que si l'accroissement du coût du pétrole est en partie cause de la détérioration rapide de la balance des paiements, ce n'en est point la cause unique. Tout d'abord, le déficit des prestations de service augmente de manière inquiétante, passant de 1, 6 milliards de dollars en 1973 à plus de 3 milliards en 1975. Ensuite, le. coût des importations de machines a augmenté à un rythme plus rapide que celui des importations de pétrole. Finalement, les plans d'accroissement "compensateur" des exportations a largement échoué, notamment en fonction de la récession internationale (baisse du prix du sucre, difficultés de vente des produits industriels) et de la récolte catastrophique du café. L'accélération de l'inflation au Brésil en 1975, alors qu'il y a décélération de l'inflation dans les pays impérialistes, a également affaibli la position de l'économie brésilienne sur le marché mondial. La dictature avait réussi à ramener le taux d'inflation à 21% en 1970, 18% en 1971 et 14% en 1972. Elle voulut même réduire ce taux à 12% en 1973. Cet objectif ne fut point atteint; le coût de la vie augmenta de 15% en 1973. Puis, le taux d'inflation rebondit à 34,5% en 1974, pour atteindre quelques probablement 25 à 30% en 1975 (prévisions basées sur les chiffres du premier semestre). Enfin, il faut tenir compt du poids croissant

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de l'endettement extérieur, qui prend des proportions de plus en plus inquiétantes. La dette extérieure brute était de 12, 5 milliards de dollars en 1973. Elle dépasse actuellement 20 milliards de dollars. Le service de la dette absorbe déjà de 25 à 30% des revenus d'exportations. Si ceux-ci se mettent à stagner, le poids du service de la dette risque de devenir insupportable. La dictature a réagi au mois d'octobre 1975 par une série de mesures annoncées dans un discours télévisé de Geisel. L'effet global de ces mesures, c'est de porter un deuxième et brutal coup d'arrêt à la croissance, par une déflation de la demande interne. Les prix de l'essence sont augmentés de 25%. La taxe de luxe sur les produits d'importation est doublée. Les importations sont en général pénalisés. Tout cela signifie que le marché intérieur se restreindra au même moment où le marché extérieur stagne. On en constate déjà l'effet dans l'industrie automobile. le Brésil avait été le seul pays capitaliste qui avait échappé en 1974 aux effets de la crise internationale de l'automobile. En 1975, la situation s'est renversée. Les ventes sur le marché intérieur sont en recul en chiffres absolus. Les stocks commencent à s'accumuler. Les grossistes et détaillants commencent à accorder des rabais. Les profits des quatre grands (Volkswagen, G. M., Ford et Chrysler) semblent disparaltre pour 1975, et ce au moment où FIAT lance une grosse entreprise concurrencière à Belo Horizonte. On aurait évidemment tort de penser que la récession qui commence à frapper le Brésil est entièrement importée. Elle résulte en grande partie de la forme particulière qu'avait prise la croissance accélérée de la période précédente. Celle-ci résultait d'une redistribution sévère du revenu national en faveur des profits

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NOTES PRELIMINAIRES

DU MIRACLE BRESILIEN capitalistes et des revenus des couches aisées de la petite-bourgeoisie, c'est-à-dire de moins de 20% de la population. Elle s'est réalisée aux dépens de l'immerse majorité des masses laborieuses. Les salaires ouvriers réels avaient connu une ponction catastrophique au lendemain de l'arrivée au pouvoir de la dictature. Ils se sont quelque peu améliorés après la "'lancée" du "miracle", pour redescendre de nouveau depuis 1973, Selon le Conseiller Commercial de l'ambassade de France à Rio de Janeiro, le salaire minimum devrait être supérieur à 1500 cruzeiros par mois pour contenir les effets de l'inflation; or il n'était fixé qu'à 367, 5 ou 532, 8 cruzeiros selon les Etats. On se rendra compte facilement de la chute du pouvoir d'achat que cela implique. A présent, un ouvrier qui touche à San Paulo le salaire minimum, doit travailler huit heures pour acheter un kilo de café. Il en résultat dès le début une limitation sévère du marché intérieur, avec des implications évidentes pour les grandes branches d'industrie.

- putes melleure conte Voici un exemple concernant l'industrie de la

"L'une des meilleures études, faite par M, David Goodman, un économiste anglais, mor.tra que du milieu de 1968 au début de 1970, 69% de la force de travail urbaine sur 4,2 millions dans le Nord-est gagnait en moyenne le salaire minimum (aujourd'hui égal à environ 27 { par mois) ou moins, Pire encore, il calcula que 18% gagnaient entre 1/4 et la moitié et 22% moins d'un quart du salaire minimum; en tout, 42% de la force de travail urbaine (c'est-à-dire 1,8 million de travailleurs) gagnaient des salaires tellement bas que leur subsistance physique même pouvait à peine être garantie. De plus, il calcula qu'environ 12% de la force de travail urbaine était soit inemployée, soit sous employée... ... les absurdités de ce modèle économique sont évidentes. Par exemple, l'industrie de la chaussure Brésilienne a fabriqué 120 millions de paires de chaussures l'an dernier. De celles-ci, 27 millions furent exportées, il restait 93 millions de paires pour une population de 105 millions, c'est-à-dire moins

SUR LA FIN

JEANETTE MCDONALD qu'une paire par habitant, De plus, 70% de la production pour le marché interne n'étaient pas à proprement parler des chaussures, mais des sandales et d'autres variétés de "flipflop". (Financial Times, 23 septembre 1975). La limitation du marché intérieur oblige le régime a miser sur l'exportation. La politique d'encouragement des exportations est par la force des choses "sélective", Or, les exportations encouragées réclament de plus en plus d'importations chères, c'est-à-dire suscitent le déficit croissant de la balance des paiements plutôt que d'en être le remède, Elles nécessitent en outre des travaux d'infrastructure de plus en plus coûteux, qui constituent une des sources principales del'inflation, et entrainent des gaspillages et pertes considérables qui nourrissent, à leur tour la poussée inflationniste. Pour citer encore une fois le conseiller commercial de France à Rio: "Le programme des 'corridors d'exportation' lancé à grand fracas il y a deux ans, a pratiquement perdu jusqu'à son nom. Les trains de minerais continuent à dérailler à peu près quotidiennement entre les mines de fer du Minas Gerais et les terminaux de Vitoria ou de Sepetiba, On estime que jusqu'à 10% de la récolte de sucre est perdue par insuffisance des moyens de transport et de stockage, Des files de 300 à 500 camions chargés de soja attendent au moment de la récolte avant de pouvoir être déchargés dans les navires en stationnement dans les ports du sud du pays. Les transports de banlieue à Rio et à Sao Paulo donnent lieu chaque jour à des scènes quasiment dantesques, qui se terminent par la mort de voyageurs." (Problèmes économiques, 18 juin 1975). Dans ces conditions, le fin du "miracle économique brésilien" n'est pas due à des accidents imprévisibles, mais à la nature même du "miracle", qui ne pouvait être que de courte durée. 8 décembre 1975

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