L'année 1975 s'acheva, du point de vue de la politique révolutionnaire, par une grandiose et impressionnante manifestation prolétarienne dans la ville de Mexico. Les chiffres de la presse bourgeoise elle-même oscillent entre 150 et 200.000 personnes, dont la majeure partie était des ouvriers. Convoquée par la Tendance Démocratique du SUTERM (un des syndicats d'électriciens), cette manifestation dépassa, de beaucoup, la signification syndicale de son origine. Bien entendu, ce formidable déploiement de solidarité ouvrière et révolutionnaire peut à juste titre être revendiqué comme un appui à la lutte que mène en ce moment la Tendance Démocratique. Mais le contexte politique dans lequel cette manifestation eut lieu lui donnait le caractère d'expression et de mesure de la conscience d'opposition politique au régime. En effet, en 1975. fut "élu"' le candidat du parti officiel (PRI) et c'était José Lopez Portillo. Justement, ce même 15 novembre, J.L. P. tenait son premier grand meeting à Mexico, au Zocalo, la place centrale. Le matin eut lieu le meeting du PRI qui ne réussit pas, et de loin, à rassembler la foule ouvrière et enthousiaste qui se réunit l'après-midi pour la manifestation des électriciens. Le contraste évident entre les deux expressions politiques était impressionnant et montrait clairement l'affaiblissement de la force politique du successeur de Echeverria. La signification syndicale importante de ce fait fut également patente. La Tendance Démocratique réussit à mobiliser plus de 50.000 de ses membres en provenance de toute la République, démontrant ainsi qu'elle possède une large. majorité dans le SUTERM. La lutte de cette tendance syndicale à l'intérieur de l'un des syndicats nationaux-clés, est l'expression la plus haute et la plus consciente d'un mouvement ouvrier qui commence à déborder les limites légales imposées par la bureaucratie syndicale officielle. (les fameux et odieux "charros"). Cette manifestation fut clairement un coup porté à la bureaucratie du syndicat des le 15 novembre à Mexico électriciens qui voulait éliminer des listes syndicales l'opposition de la Tendance Démocratique. Un secteur de la gauche révolutionnaire a critiqué l'énorme effort qu'ont accompli avant tout le PCM (Parti communiste mexicain) et les deux groupes sympathisants de la IV • Internationale au Mexique (la Ligue Socialiste et le Groupe Communiste Internationaliste) pour faire de cette manifestation un grand succès. Les critiques se basent sur le fait que la direction de Raphaël Galvan, leader reconnu de la Tendance Démocratique, est considérée comme "nationaliste révolutionnaire" et ne rompt pas avec les vues et la politique officielles. Mais la critique ultra-gauche oublie, comme toujours, de distinguer entre une direction et le mouvement qui la suit, ici l'un des secteurs les plus vastes et les plus combatifs du prolétariat mexicain. Elle oublie également que, dans le cas des deux organisations de la IV ° Internationale, il n'y a aucune concession politique au "nationalisme révolutionnaire" mais que par contre, leur action unitaire avec les travailleurs du SUTERM et les autres syndicats qui leur manifestaient leur solidarité, leur permirent de participer avec un important contingent à l'une des manifestations prolétariennes les plus importantes de l'étape actuelle de la lutte au Mexique. C'est ainsi que l'ont compris aussi des milliers et des milliers de militants étudiants et ouvriers qui vinrent à la manifestation, lui donnant une coloration et un net caractère socialiste et révolutionnaire, transmettant ainsi leur état d'esprit à des milliers et des milliers de travailleurs qui finirent par chanter et reprendre en choeur beaucoup de slogans forgés par le mouvement communiste. La présence, pour la première fois dans une manifestation de cette ampleur, d'un contingent marxiste-révolutionnaire de mille personnes scelle un engagement: à partir d'aujourd'hui ce rendez-vous sera respecté, les prochaines manifestations ouvrières pourront compter sur la présence des marxistes-révolutionnaires.