Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

R.F.A.

La chasse aux sorcières en Allemagne Occidentale

· Inprecor (première série) n° 43, 5 février 1976 · p. 7-11 · 3 683 mots

Allemagne Syndicalisme Stalinisme

pas encore été libérés. En septembre, au moins 30 combattants furent tués lors d'un affrontement à la base militaire de Kabwe, où ils étaient sensés suivre un entratnement militaire. Sans doute fortement influencée par de tels évènements, la majorité des militants s'est exilée au Mozambique ou en Tanzanie où ils espèrent être plus en sécurité. Nous avons longuement examiné les positions prises actuellement par les dirigeants zambiens dans leur rapport avec le développement de la lutte en Angola. Démasquer ainsi la nature essentiellement capitaliste de régimes de ce type, qui tentent de dissimuler leurs positions réelles derrière un verbiage humanitaire et anti-raciste, revêt une importance cruciale pour le développement des cadres consciemment révolutionnaires qui, seuls peuvent initier le développement des conditions nécessaires au renversement de ces régimes. C'est précisément parce que la véritable politique étrangère du gouvernement zambien marque en ce moment un tel décalage par rapport à ses affirmations verbales qu'il peut être mis en difficultés sérieuses pour la période à venir si la supercherie est mise à jour. Une campagne a déjà été lancée à l'université de Zambie à Lusaka, en soutien à une position de solidarité avec le MPLA qui soit une position de principe. L'Union des étudiants a déclaré qu'elle apportait son soutien à cette position. Il ne fait aucun doute que le développement d'une telle agitation entrainera des tensions aigues entre la bureaucratie au pouvoir et les secteurs engagés dans cette campagne, ce qui entraînera à son tour la possibilité de tirer des leçons plus approfondies sur la nature réelle du régime zambien. On peut même aller jusqu'à dire qu'une telle campagne constituera une véhicule critique de propagande anti-capitaliste au-delà des frontières de la Zambie. Même les pays qui à leur courte honte ont dû reconnattre diplomatiquement le régime du MPLA, surtout d'ailleurs à cause de l'intervention sud-africaine, ne sont pas allés jusqu'à lui accorder un quelconque soutien matériel. On ne peut certainement pas écarter cette question sous prétexte que Moscou fournit actuellement cette aide. Il est nécessaire de se préparer afin de pouvoir fournir une aide matérielle massive à la révolution angolaise et initier la propagande dans le continent africain entier afin qu'elle ait lieu. C'est au cours d'une telle lutte que de grands pas en avant seront effectués, dans l'éducation des secteurs les plus conscients des masses africaines, sur la détermination de la nature réelle de l'impérialisme, du néo-colonialisme et des régimes au pouvoir dans leurs propres pays. 9 janvier 1976.

LA CHASSE

AUX

SORCIERES

EN R.E.A...

Il n'y a sans doute pas de pays au monde où les communistes sont aussi peu nombreux et constituent une menace aussi réduite dans l'immédiat pour l'ordre bourgeois qu'en RFA et où ils soient néanmoins sujets à tant de mesures de . persécution, D'après des indications officielles, les cas de près de 500.000 candidats à la fonction publique ont été examinés, dont 235 -moins de O, 1% - ont été refusés à cause de doutes concernant leur "fidélité à l'égard de la constitution". Le parti social-démocrate gouvernemental appuie de manière pleine et entière le "décret sur les extrémistes" (Radikalenerlass) qui légalise la chasse aux sorcières. Il ne soulève que des objections formelles. Ainsi, le porte-parole du groupe SPD au Bundestag a-t-il affirmé que tous les partis sont d'accord pour qu'aucun extrémiste ne soit employé dans la fonction publique. Il réclamait seulement que la procédure soit la même dans tous les Länder (provinces) et précisait que la seule appartenance à un parti non interdit ne suffit pas à l'interdiction d'exercice de la profession. Il faudrait en outre entendre le candidat pour se faire une idée du degré de sa fidélité à la constitution. Entretemps, même les ministres de l'Intérieur, sociaux-démocrates des Lander de Rhénanie, Nord-Westphalie et de Hambourg ont dû admettre que de telles procédures sont utilisées pour obtenir des "informations" sur les candidats à la fonction publique au moyen d'enquêtes auprès des voisins ou de "recherches historiques" qui remontent jusqula dix ans dans le passé du candidat. On examine par exemple s'il a participé à des manifestations contre la guerre au Vietnam ou contre la loi sur l'état d'exception (Notstandsgesetz), et à d'autres activités du même genre. D'aucuns ont aussi été effrayés par le fait que dans les Länder de Bavière et de Bade-Wurtemberg, certains sociaux-démocrates de gauche ont été classifiés comme "extrémistes" et écartés des services publics.

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.la bureaucratie syndicale emboite le pas au gouvernement

La social-démocratie qui ne cesse de réclamer les libertés démocratiques dans les "pays socialistes", veut défendre sa renommée démocratique. Elle s'oppose donc énergiquement à ce que l'exclusion des extrémistes de la Fonction publique soit appelée "'interdiction d'exercer la profession" (Berufsverbot). Elle explique que, en fait, il ne s'agit que de mesures de défense contre des malfaiteurs qui désirent saper "notre ordre constitutionnel". On ne peut tout de même pas financer des ennemis de la Constitution avec des deniers publics, affirme le SPD. En République fédérale, 5 millions de personnes sont employées par les pouvoirs publics. Cela représente près de 20% de la masse des salariés. Il est clair que les instituteurs, les professeurs, les juges, les cheminots, pourraient difficilement retrouver un emploi dans leur profession, en s'adressant au secteur privé. Pratiquement, en refusant de les employer dans les services publics à cause de leurs convictions politiques, on leur interdit donc bel et bien d'exercer leur profession. Mais la social-démocratie est seulement intéressée à sauvegarder l'apparence de respectabilité démocratique, après avoir fortement contribué à saper les droits démocratiques. Les dangers politiques du "décret sur les extrémistes" ne résident pas tellement dans l'exclusion de quelques centaines de travailleurs d'extrême-gauche des services publics, que dans la possibilité d'établir des dossiers sur des centaines de milliers de personnes, de les cataloguer politiquement, et de se préparer ainsi à de futures mesures de répression massive, Ils résident également dans l'effet d'intimidation du décret, la manière dont il stimule la dépolitisation, le conformisme servile et la "discipline" parmi les cinq millions de salariés de la Fonction publique. Le mauvais exemple du "décret sur les extrémistes" a aussi contribué à saper les moeurs plus démocratiques au sein

A. ARMAND du mouvement syndical. Les dirigeants syndicaux ont suivi l'exemple de leurs amis sociaux-démocrates, et ont imposé au sein du mouvement syndical l'équivalent du "décret sur les extrémistes" sous forme de "motions concernant les incompatibilités d'appartenance" Le décret sur les "extrémistes" dans les syndicats Le 3 octobre 1973, la direction confédérale du DGB (Confédération syndicale allemande)avait adopté une "résolution sur la délimitation par rapport aux extrémistes politiques". Cette résolution constate que "l'activité en faveur de partis, d'organisations ou de groupements extrémistes de gauche, ou visant à les appuyer, est incompatible avec l'appartenance à un syndicat affilié au DGB". Parmi les "organisations extrémistes de gauche qui déploient une activité hostile aux syndicats", on mentionne "par exemple le KPD, le KPD(m-l) (deux organisations maoistes A.A.) ainsi que l'opposition syndicale 'révolutionnaire' ou 'rouge' qu'ils ont fondée, les groupes dits ouvriers de base, ainsi que tout autre groupement qui a des buts identiques ou analogues". La direction confédérale du DGB, qui compte quelques 7 millions de membres dans les 16 centrales syndicales qui lui sont affiliées, a invité ces centrales à "tirer les conclusions de cette résolution de principe, au besoin au moyen de modifications statutaires". Alors que le DGB a encore utilisé des critères de fait plus ou moins nettement circonscrits pour déterminer l'incompatibilité d'appartenance au DGB et aux "organisations extrémistes de gauche", comme par exemple "l'activité antisyndicale" de "l'opposition syndicale révolutionnaire" ou "rouge" des maoistes, au sein desquelles en fait surtout des étudiants maoistes, revêtus du costume historique du KPD d'avant 1933, copient les erreurs staliniennes d'antan, le syndicat des métallos IG Metall va beaucoup

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plus loin. Lors de son 11° congrès, qui s'est réuni du 15 au 21 septembre 1974, la direction syndicale a soumis un projet de résolution qui :

autorise les directions locales compétentes à interdire l'entrée dans le syndicat à des personnes, ou à exclure du syndicat de nouvelles recrues jusqu'à trois mois après leur entrée, si elles ont "par leur comportement, appuyé des mesures ou des crimes contre l'humanité, ainsi que des personnes appartenant à des organisations adverses ou des personnes qui font partie d'organisations dont les activités et actions sont anti-syndicales ou qui appuient de telles organisations". (Il faut souligner l'identification totale des nazis et des communistes, contenue dans cette formulation!); • stipule que des personnes exclues du syndicat des métallos ou d'un quelconque autre syndicat ne pourraient être réadmises comme membres que sur proposition exprès de la direction;

permet l'exclusion de membres, tant sur base d'un procédure d'enquête, que sans procédure d'enquête préalable, par la seule décision de la direction. Des appels ou plaintes à ce propos ne devraient plus avoir un poids suspensif. Toutes les prestations syndicales en faveur de ses membres - y compris la protection légale contre le licenciement! - cesseraient dès la décision d'exclusion, même s'il y a appel contre l'exclusion. Aussi longtemps que la procédure d'appel est en cours, les exclus "doivent s'abstenir de toute mention publique concernant la procédure", ce qui empêche évidemment une mobilisation de l'opinion publique au sein des syndicats en faveur du syndiqué menacé d'exclusion. La possibilité d'exclure des syndiqués sans procédure d'enquête préalable pourrait être appliquée notamment "lorsqu'ils appartiennent à une organisation ennemie (adverse), ou lorsqu'ils participent à des activités hostiles aux syndicats ou auraient de telles activités"' Une jeune déléguée, qui avait elle-même contribué à faire adopter par la conférence des jeunes métallos une résolution proclamant l'incompatibilité entre l'appartenance au syndicat et à une des organisations maoistes qui défendent la politique de "l'opposition syndicale rouge" s'est prononcée violemment contre la résolution de la direction au congrès de septembre 1974 du syndicat des métallos. Elle expliqua que cette résolution : 1. ne circonscrit pas de manière précise les organisations auxquelles les syndiqués ne peuvent pas appartenir; 2. élargit le "critère clair et indiscutable" d'appartenance à une organisation adverse à la "notion extensible dans tous les sens et toutes les directions" d'appui à une telle organisation; 3. veut faire croire que "les 64 extrémistes qui ont déjà été exclus sur la base de la décision de la direction nationale élargie (Beirat - cet organisme suprême du syndicat, entre deux congrès avait déjà voté une motion sur les extrémistes le 16 avril 1973. A. A. ) auraient pu d'une manière quelconque porter sérieusement atteinte à la capacité d'action d'une organisation comptant 2,5 millions de membres" Alors qu'un membre de la direction du syndicat des métallos essayait de la calmer en affirmant qu'on examinerait soigneusement chaque cas avant de passer à des exclusions sans procédure d'enquête préalable, un délégué découvrit le pot aux roses: "Depuis la motion votée par le Beirat, 46 exclusions ont été effectuées sans procédure préalable et seulement 18 avec procédure". La jeune déléguée qui avait déjà préalablement attaqué le projet de la direction, résuma par la suite encore une fois ses objections avec les arguments suivants: 1. l'exclusion sans procédure prélable peut être réclamée lorsque la direction locale est convaincue qu'il y a un cas d'appui à la politique de l' "opposition syndicale rouge"; 2. la preuve d'appartenance à une organisation pratiquant une politique anti-syndicale ne doit plus être fournie; 3. le syndiqué menacé d'expulsion ne doit plus etre entendu, lorsque la direction locale est d'avis qu'elle a les preuves qu'il appuie la politique anti-syndicale. Il faut bien inviter la personne concernée à prendre position sur la proposition d'exclusion, mais il ne faut ni attendrecette prise de position avant de prononcer l'exclusion, ni la prendre en considération; 4. la direction syndicale locale n'est plus obligée, comme c'était le cas dans les statuts en vigueur jusqu'ici, de fournir des preuves d'une activité portant incontestablement préjudice au syndicat. Elle doit simplement fournir du "matériel suffisant"; 5. du seul fait du jugement unilatéral de la direction locale, le syndiqué perd immédiatement tous ses droits et ses devoirs, et il doit remettre son carnet de syndiqué. Cela aussi représente une innovation par rapport aux statuts en vigueur; 6. l'intéressé ne peut dire son mot et faire appel qu'après que la direction locale ait déjà décidé qu'il appuie une organisation hostile aux syndicats, et qu'elle ait proposé son exclusion qui entre immédiatement en vigueur. De même que le syndicat des métallos, toutes les autres centrales syndicales ont adopté successivement à leurs congrès des modifications statutaires du même genre, qui introduisent dans les syndicats des critères d'incompatibilité avec l'appartenance à certaines organisations politiques similaires à ceux utilisés pour la Fonction publique, Dans la pratique, on est allé encore plus loin que ces statuts. Alors que par exemple les statuts modifiés accordent le droit au syndiqué menacé d'exclusion de désigner deux assesseurs dans la commission qui traite d'une procédure normale d'exclusion, on commence à considérer que remplir une telle fonction, c'est adopter un comportement "qui nuit au syndicat". Il y a un cas où le syndi-

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R.F.A cat a même ouvertement refusé de payer les frais de déplacement de deux assesseurs (des ouvriers de la même usine que le syndiqué menacé d'expulsion) de la région de la Ruhr à Berlin, où siégeait la commission d'enquête. La même bureaucratie qui a toujours assez d'argent quand il s'agit de satisfaire ses propres besoins devient brusquement super-économe quand il s'agit d'appliquer les droits démocratiques les plus élémentaires des membres, droits pourtant garantis par les statuts! Il y a des syndicats qui n'hésitent pas à utiliser les avantages que leur fournit la police politique (Verfassungsschutz) dans la lutte contre des oppositionnels mal vus. Ainsi, un des dirigeants du syndicat de l'Instruction publique et des Sciences (GEW) à Francfort, qui craint que la direction locale du syndicat ne soit remplacée par une direction plus à gauche, déclara publiquement le 6 janvier 1976 à un journaliste de la Frankfurter Rundschau : "L'exclusion de quelques membres du syndicat, et la crainte des activités du Verfassungschutz, ont très nettement freiné les activités de gauche. Le vent plus froid qui souffle actuellement dans les écoles, les universités et même les séminaires des juges-assesseurs, a conduit à ce que les rêves fleuris de la gauche se fanent avec une rapidité surprenante". Il a donc constaté avec satisfaction, que la répression a été effective et qu'elle a probablement empêché le remplacement démocratique d'une direction syndicale de droite par une direction syndicale de gauche. Comment expliquer la chasse aux sorcières en R.E.A. L'insignifiance relative du mouvement communiste en RFA - y compris du DKP pro-Moscou - et la violence disproportionnée des mesures répressives, décrets, résolutions et modifications statutaires, soulève la question des raisons de ces mesures. En premier lieu, il faut mentionner la crise économique. Dans un pays où la croissance économique apparemment ininterrompue depuis 1949 avait nourri l'illusion d'un "capitalisme social", avec la possibilité de "réformes perma-

, cette crise est lourde de dangers pour la classe possédante. L'idéologie de l' "économie sociale de marché", constamment valorisée par la social-démocratie et la bureaucratie syndicale, et l'identification du mouvement ouvrier organisé avec "notre Etat de droit libre et démocratique", menace de s'effondrer: En deuxième lieu, il y a une certaine crainte que la politique de détente puisse saper l'idéologie anti-communiste qui représente un ciment puissant d'intégration de la classe ouvrière dans l'Etat bourgeois. En troisième lieu, la bourgeoisie allemande, de même que ses laquais sociaux-démocrates, craint qu'une crise économique qui provoque un chômage massif rende quelque peu plus attrayante une République Démocratique Allemande qui réussirait à maintenir le plein emploi, et ce malgré certains traits repoussants de la RDA aux yeux des travailleurs ouest-allemands, tels le manque de libertés démocratiques, le Mur de Berlin, les barbelés le long de la frontière, les fusillades contre les gens qui essaient de s'enfuir et le niveau de vie plus bas. En quatrième lieu, la bureaucratie syndicale et surtout l'appareil local des syndicats, n'est en aucune mesure armée pour discuter avec une opposition syndicale. Les attaques contre la bureaucratie syndicale sont venues à l'origine "de l'extérieur", d'étudiants radicalisés, qui firent des esclandres dans les réunions et distribuèrent des tracts dénonçant les bureaucrates comme traitres à la classe ouvrière. Cela se passa à une époque où ces mêmes bureaucrates pouvaient encore obtenir des avantages matériels importants pour les membres. La masse des syndiqués ne put donc pas nettement saisir le bien-fondé de ces accusations. L'apparition d'une opposition syndicale Aujourd'hui, la situation a changé dans une certaine mesure. Divers groupements politiques d'extrême-gauche ont envoyé des membres travailler à l'usine et ceux-ci ont pu établir des contacts avec des ouvriers, sans doute encore peu nombreux et essentiellement chez les jeunes. Néanmoins, lors des dernières élections pour les conseils d'entreprises, des "listes d'opposition'' ont été présentées par des syndiqués dans plusieurs entreprises, où les listes officielles du syndicat étaient chapeautées par des condidats présidents des conseils d'entreprises, particulièrement impopulaires auprès des syndiqués, ou particulièrement corrompus. Ces "contre-listes" ont remporté quelques succès, ce qui a profondément inquiété la bureaucratie syndicale. Plus que dans n'importe quel autre pays, l'appareil syndical de la RFA est composé de bureaucrates qui agissent de manière purement administrative comme de véritables fonctionnaires, sans posséder la moindre "mémoire historique du mouvement ouvrier", ni disposer de la moindre expérience de débats démocrati-

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ques avec des courants d'opposition. La direction syndicale connait fort bien l'insuffisance de son propre appareil. Par la voie de l'exclusion d'éléments oppositionnels, elle évite les déboires d'un tel débat. Peu lui importe qu'elle se place ainsi en contradiction avec les "libertés démocratiques" dont elle se proclame sans cesse l'avocat convaincu, Elle donne carrément la priorité à la défense des positions de pouvoir bureaucratique, et se comporte en principe guère différemment de la bureaucratie dans les "Etats ouvriers". On ne peut pas fermer les yeux devant le fait que jusqu'ici la politique des "décrets sur les extrémistes" du gouvernement et des "motions d'incompatibilité" des directions syndicales a été largement couronnée de succès. La crise n'a pas encore ébranlé les illusions de la classe ouvrière dans la même mesure où la bourgeoisie, la social-démocratie et la bureaucratie syndicale l'avaient craint. La majorité de la classe ouvrière ouest-allemande s'accroche encore à l'espoir que la crise sera un phénomène relativement passager et que la reprise consécutive remettra toutes les choses en ordre. Les couches du prolétariat particulièrement frappées par la crise comme les travailleurs immigrés, les jeunes, les femmes et les manoeuvres, ne constituent pas le noyau central de la classe ouvrière organisée dans les syndicats, Le gouvernement et la bureaucratie syndicale peuvent tirer avantage réel de tous ces faits. Cela explique en partie pourquoi la résistance contre les "décrets sur les extrémistes' et les "'motions d'incompatibilité" fut si réduite. Mais ces avantages pour le gouvernement ne dureront pas toujours. Des premiers signes d'un renversement de tendance commencent à se manifester, même s'ils sont encore très timides. La crainte commence à se manifester au sein de la bureaucratie syndicale que les "décrets contre les extrémistes" ne puissent viser non seulement "les extrémistes" à proprement parler, mais même des secteurs actifs massifs de la classe ouvrière. Une déclaration de la direction syndicale nationale des métallos IG Metall du 17 décembre 1975 sur "l'arrêt d'emploi des extrémistes dans la Fonction publique" reflète de telles craintes. On y lit notamment : "La direction de l'IG Metall constate avec inquiétude que l'effort visant à écarter des ennemis de la Constitution des services publics a mis en mouvement une pratique dangereuse d'enquêtes par le Verfassungsschutz, surtout sur des citoyens actifs dans le domaine politique et scientifique. Il n'y a plus les garanties suffisantes pour empêcher que la critique des conditions existantes, et les efforts légitimes pour les modifier, ne suffisent à motiver une exclusion de la Fonction publique. La direction de l'IG Metall rejette des mesures disciplinaires qui frappent de manière indistincte des membres actifs de partis et de syndicats. Il est très significatif que les offices du Verfassungschutz commencent à faire des enquêtes sur l'activité syndicale des personnes examinées... Les chasseurs les plus déplaisants agissent dans les Lander de Bavière et de Bade-Wurtemberg, qui représentent dans cette question comme dans d'autres, la pointe acérée de la réaction en matière de politique sociale. Les patrons, et leurs supports politiques, s'efforcent déjà aujourd'hui de présenter comme atteinte à la Constitution tout progrès en matière de politique sociale. On peut déjà entrevoir le moment où seront diffamés comme ennemis de la Constitution même ceux qui se contentent d'agir de manière résolue en faveur des buts et des décisions des syndicats. " Des décrets qui ne frappent qu'à gauche ! Mais il y a un long chemin entre cette compréhension fort tardive et l'inquiétude qu'elle inspire d'une part, et une lutte réelle contre les "décrets sur les extrémistes" d'autre part, Surtout lorsque la direction de l'IG Metall pro ne simultanément un "réglement légal comme il a été discuté en première lecture par le Bundestag". Car c'est précisément ce "réglement légal" qui vise à interdire l'accès à la fonction publique aux "extrémistes", tout en respectant strictement "les principes de l'Etat de droit", ainsi que s'exprime l'IG Metall lors de son dernier congrès. On veut donc bien que les cheveux soient lavés, mais sans les mouiller! La pratique a démontré depuis longtemps que les extrémistes de droite ne sont point touchés par toute cette législation. Elle vise exclusivement la gauche. La frontière entre l'extrême-gauche et le mouvement syndical et les éléments actifs de la classe ouvrière dans leur ensemble, sera fort floue aux yeux de la bourgeoisie, Elle sera tracée exclusivement en fonction de considérations d'opportunité et de rapports de forces. Déjà des voix s'élèvent qui réclament qu'on classifie comme "extrémiste" quiconque n'accepte pas l' "économie libre de marché"', Cela frapperait également la direction du syndicat des métallos. L'appel de cette direction à "toutes les forces démocratiques pour arrêter cette évolution dangereuse, pour défendre les droits démocratiques fondamentaux et pour s'opposer à ce qu'ils soient vidés de leur substance" n'a point de crédibilité, aussi longtemps que cette même direction piétine les droits démocratiques de ses propres membres en s'appuyant sur une argumentation analogue à celle des partisans de la chasse aux sorcières et aussi longtemps qu'elle n'a pas le courage de s'opposer en matière de chasse aux sorcières à ses amis sociaux-démocrates qui, tout de même, exercent le pouvoir gouvernemental à Bonn.

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