Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TIMOR ORIENTAL

Solidarité avec la lutte du FRETILIN !

· Inprecor (première série) n° 43, 5 février 1976 · p. 25-26 · 1 280 mots

Portugal

Déclaration du Secrétariat Unifié de la IVème Internationale

Timor, colonie de l'Insulinde, n'était plus qu'un vestige d'un ordre colonial portugais tombé en désuétude. Après 450 années de domination colonialiste, les 650000 habitants de cette partie orientale de l'rle possédée par le Portugal, vivent dans la misère, l'analphabétisme, et la plupart d'entre eux pratiquent encore une agriculture d'auto-subsistance. Le 25 avril 1974 marqua la fin d'une ère coloniale sans pour autant tracer les grandes lignes de l'avenir. L'apparition accélérée de partis politiques fut aussi soudaine que l'effondrement du système colonial. Chacun de ces nouveaux partis politiques a trouvé une base d'appui parmi les classes et groupes sociaux qui composent la société coloniale. L'Union démocratique de Timor (U. D, T.) créée par des cadres autochtones de l'administration coloniale regroupa bientôt derrière son programme les chefs traditionnels des villages, les planteurs de café, et la bourgeoisie compradore chinoise qui dominait le commerce dans l'ile. Son objectif: l'indépendance à long terme de la colonie dans le cadre d'une fédération avec le Portugal, i faisait directement écho au projet néo-colonial de Spinola. L'Association Démocratique du Peuple de Timor (A. P. O. D.E. T.I.) a préconisé le rattachement de cette partie orientale de l'ile à l'Etat indonésien. Déjà, la partie occidentale de Timor avait été rattachée à l'Etat indonésien à la fin de la 2° guerre mondiale lorsqu'il accéda à l'indépendance. Interprète des intérêts de la dictature indonésienne, tant politiques qu'économiques, l'A. P. O. D. E. T.I. est dépourvue d'une base sociale dans ce pays où la langue indonésienne est encore moins parlée que le portugais. Ce sont les subsides de Djakarta qui ont maintenu l'A. P. O. D. E. T.I. L'Association Social-démocrate de Timor (A. S.D. T.) est apparue à la suite de la première grève victorieuse des employés de l'administration coloniale. C'est en septembre 1974 qu'elle se transforma en Front révolutionnaire pour l'indépendance de Timor Oriental (FRETILIN) Sans traditions politiques locales, les intellectuels qui furent à l'origine de ce Front puisèrent leurs références politiques essentielles dans les modèles fournis par les mouvements africains de libération contre le colonialisme portugais : le FRELIMO, le MPLA, le PAIGC. Se prononçant immédiatement pour l'indépendance totale et immédiate, le FRETILIN s'appuyait à ses débuts sur une base sociale principalement urbaine, mais il acquit bientôt une influence dans les villages, grâce notamment à l'intervention de ses brigades d'alphabétisation et de politisation dans la langue locale - le tetum - ainsi que qu'à l'aide apportée aux paysans pour la création de coopératives. Le 28 novembre, le FRETILIN proclamait l'indépendance de la République démocratique de Timor Oriental. Et le 7 décembre les troupes indonésiennes entreprenaient l'invasion de ce nouvel Etat. En quelques heures elles imposèrent leur contrôle sur la capitale, Dili. Mais elles n'ont pu étendre ce contrôle à plus d'un tiers du territoire. Les milices populaires du FRETILIN se sont installées dans une lutte prolongée contre les forces de la dictature militaire indonésienne, Au-delà des affrontements à Timor, c'est l'ordre néo-colonial dans cette région de l'Asie qui est mis en question La chute de Spinola et le développement de l'intervention indonésienne amenèrent l'U, D, T. à réclamer l'indépendance, Elle forma alors une coalition avec le FRETILIN pendant quelques mois, espérant de la sorte endiguer l'extension de l'influence de celui-ci, Les succès du FRETILIN, les pressions des services secrets australiens et américains, les pressions des compagnies pétrolières à la recherche de gisements, cette alliance se rompit en juin 1975. Avec la complicité de l'administration coloniale portugaise, l'UDT fomenta un coup d'Etat le 10 août 1975 afin d'anéantir le FRETILIN. Mais alors le FRETILIN fut rejoint par la majorité des soldats timorais de l'armée coloniale. Cette période de guerre civile déboucha en septembre sur la victoire du FRETILIN, commerçants chinois et autorités coloniales portugaises quittant la place. Il s'ensuivit un regroupement des forces politiques en faveur d'une solution coloniale, cette fois sous l'hégémonie de la dictature indonésienne. Les restes de l'U, D. T. s'allièrent à l'A. P. O.D. E, T.I. A partir de la frontière indonésienne, ils tentèrent des incursions dans les zones contrôlées par le FRETILIN, avec l'appui matériel et militaire de Djakarta, La dictature indonésienne avait pris des dispositions sérieuses pour assurer leur succès et le chef de la police secrète (Bakin) - Ali Murtupo - avait été nommé "officier pour le projet d'acquisition de Timor Oriental"'. Mais la faiblesse des alliés de l'Indonésie - A. P.O, D. E. T.I. et U. D, T. - n'a pas permis la réalisation du projet initial de la direction de l'Etat indonésien qui cherchait un rattachement en douceur. L'invasion devenait la solution néces-

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TIMOR saire. Les militaires indonésiens veulent écarter le risque que Timor Oriental devienne une base d'appui pour les opposants à leur régime, en même temps qu'un exemple pour les peuples de l'archipel indonésien soumis à la terreur du pouvoir central javanais. Mais aussi, il faut préserver la valeur stratégique de Timor Oriental et Adam Malik, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement indonésien, a reconnu que "c'était bien la sécurité et la stabilité nationale comme régionale" qui étaient en jeu, la montée des luttes à Timor Oriental reflète la crise finale du colonialisme portugais en même temps que le réalignement en cours des forces en extrême-orient après la défaite de l'impérialisme américain en Indochine. L'invasion de Timor Oriental le 7 décembre 1975 par les troupes indonésiennes avait pour justification fallacieuse la réponse à l'appel de quatre partis politiques du pays: l'A. P.O.D. E. TI et l'U. D. T. et deux autres formations regroupées par nécessité, le Kota et le Trabalista. Les forces indonésiennes pillèrent et saccagèrent la capitale Dili. Dépassant les 10.000, elles ne purent écraser les forces du FRETILIN qui se replièrent dans les collines en développant la guérilla. La lutte qui s'est engagée promet d'être dure, difficile et longue pour la population de Timor tant l'envahisseur dispose de moyens matériels et militaires supérieurs. Seule une mobilisation sociale toute la paysannerie et des couches ouvrières et populaires ur-. baines peut mettre durablement en échec l'invasion indonésienne. La liquidation des rapports de production dans les campagnes en est une condition. Le risque de se voir "'enfermer"' dans cette moitié de l'ile qu'est Timor Oriental est très grand. C'est pourquoi l'extension de la lutte à la partie de l'Me sous domination indonésienne acquiert une grande importance et ne peut se faire sans une mobilisation de la paysannerie pour le bouleversement de l'ordre en place. Pour être victorieuse, la lutte engagée aujourd'hui à Timor Oriental devra dépasser les limites du programme actuellement formulé par le FRETILIN et répondre pleinement aux intérêts des couches sociales sur lesquelles il s'appuie. Né dans l'isolement et sans traditions politiques profondes anti-impérialistes, le FRETILIN est un mouvement de libération nationale qui ne peut trouver de troisième voie entre les menaces néo-coloniales et la lutte pour une libération nationale pleine qui ne peut être que socialiste. Dans cette lutte, la mobilisation des masses constitue un élément très important qui doit être soutenu parce qu'il représente un maillon dans la lutte anti-impérialiste dans la région et qu'il s'oppose à une dictature militaire indonésienne qui n'a encore jamais rencontré d'opposition depuis l'installation de son pouvoir en octobre 1965. La dimension internationale de la situation ainsi créée à Timor doit être utilisée pour dénoncer et isoler la dictature indonésienne Les dockers australiens ont montré la voie en boycottant les navires indonésiens. Les révolutionnaires portugais se doivent d'organiser la solidarité la plus large, sous toutes ses formes et de dénoncer vigoureusement les manoeuvres du gouvernement qui facilitent les opérations impérialistes. La Quatrième Internationale accorde son soutien inconditionnel à la lutte que mène le FRETILIN contre l'envahisseur indonésien, pour l'indépendance de la République démocratique de Timor Oriental.

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