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L'état
d'caception
T. NKOLE Le samedi 31 janvier au petit matin, Lionel Cliffe, matre de conférence à l'Université des Sciences politiques de Zambie, fut emmené de son domicile sur le campus par la police et placé en détention. Aucune raison de cette arrestation ne fut donnée mais le décret sur les 28 jours permet de prolonger une détention en dehors de toute charge et de tout jugement pendant ce laps de temps, tandis qu'une "enquête" est faite et qu'il est examiné si un ordre de prolongation sera émis ou non. La femme de Cliffe, Doris, a déclaré d'après le Sunday Times de Zambie du ler février, que la maison avait été perquisitionnée pour chercher "quelque littérature sur l'Angola''. Depuis les évènements de la semaine passée, il était vraisemblable que de telles arrestations auraient lieu. Dimanche dernier, 25 janvier, le Président Kaunda s'est adressé à une manifestation d'étudiants de l'école secondaire de Lusaka qui se dirigeait vers sa résidence "pour manifester leur soutien à la position de la Zambie sur l'Angola"'. Kaunda déclara alors qu'une vaste campagne était entreprise pour "changer le cours de notre révolution. Ses promoteurs veulent renverser la révolution. Je connais les grands puissances qui sont derrière cette campagne. Nous les dénoncerons très bientôt. dit aussi que "des contre-révolutionnaires ont infiltré un très grand nombre d'institutions et d'entreprises pour provoquer du désordre".
Kaunda
De façon plus explicite, le même jour, un membre du Comité central du parti au pouvoir, le Parti uni d'indépendance nationale (UNIP -United National Independance Party), Frank Chitambala, a dit lors d'une manifestation similaire à Ndola que "quelques professeurs fourvoyés dans le marxisme" à l'université de Zambie, incitaient les étudiants à s'opposer aux positions du gouvernement sur l'Angola. Plus loin, dans le même discours, il fit la première allusion qui soit apparue dans les mass media de Zambie à une manifestation qui avait eu lieu sur le campus de l'université le 15 janvier. Celuici avait été occupé pendant la journée entière par des étudiants exigeant la fin de la position neutraliste de la Zambie sur la guerre en Angola et un soutien total au MPLA. Ce jour-là, tout le campus fut encerclé par la police et la circulation de la Grande rue de l'est qui passe devant l'université fut détournée afin que les usagers ne remarquent pas les affiches proclamant la solidarité avec le MPLA qui décoraient les portes.
PERiALiSM:
ANGOLA Puis le mercredi 28 janvier, Kaunda proclama sur les ondes de la radio et de la télévision "l'état d'urgence total" et immédiatement applicable. Comme le pays était en état d'exception partiel depuis la Déclaration unilatérale d'indépendance de la Rhodésie en 1965, il était difficile d'évaluer les implications légales de ce changement. Mais la suppression totale de la 3° Partie de la Constitution suspend effectivement les droits civils, autorisant les autorités à pénétrer dans tous les locaux, à rechercher toute personne, à interdire la circulation de toute littérature, etc. Une fois encore la déclaration se référait indirectement à l'université: "Nous avons des saboteurs et des éléments subversifs semant les germes de la discorde. Ce sont des étrangers ou des Zambiens travaillant en dehors ou en collaboration avec des institutions infiltrées... quelques uns de nos établissements d'enseignement ont été infiltrés. Des groupes d'étudiants agissent comme un orchestre avec un chef invisible payé par une puissance social-impérialiste" (c'est incidemment, le premier usage enregistré qu'ait fait Kaunda de cette caractérisation de l'Union soviétique, qui est devenue depuis peu un élément de base dans le vocabulaire de Holden Roberto et du président zairois Mobutu).
Malgré le fait que le discours contenait également des références à de nombreux crimes économiques incluant la thésaurisation de marchandises rares au détriment des consommateurs, il était évident que le venin de cette décla -ration de Kaunda était dirigée contre ce petit secteur de la population qui a ouvertement exprimé son opposition à l'ensemble de la politique de détente de la Zambie en Afrique Australe pendant les deux dernières années. Ceci, il faut le rappeler, a impliqué une collaboration de plus en plus ouverte avec le régime d'apartheid d'Afrique du Sud, à la fois économiquement et politiquement. Cette ligne s'est exprimée très clairement dans l'attitude envers les luttes de Rhodésie et d'Angola. En ce qui concerne la première, il y a actuellement de fait un soutien aux efforts du leader d'une très petite partie de la population africaine de Rhodésie, Nkomo, pour obtenir un règlement constitutionnel avec Smith dont il est inconcevable qu'il puisse englober la revendication nationaliste centrale: "un homme, une Vis-à-vis de l'Angola, il y a eu une politique systématique qui au début passait complètement sous silence et maintenant relativise l'en. gagement de l'Afrique du Sud et le soutien des USA au Zaire dans cette guerre. Au contraire, on attaque de plus en plus fortement le accordé au MPLA par l'Union soviétique et Cuba. Cliffe n'est pas la première victime des purges qui frappent les étrangers résidant en Zambie (voir en particulier l'article de "Intercontinental Press" , New-York, 12 janvier 1976, de Tony Hodges pour des détails sur l'attitude de la Zambie envers les combattants pour la libération qui s'opposent à tout compromis). Il faut noter également que deux correspondants de presse britannique du "Daily Telegraph" et du "Financial Times"avaient été arrêtés la veille à Lusaka en vertu des mêmes lois d'exception. C'est avec une ironie amère qu'il faut cependant remarquer - ainsi que cela est bien connu des camarades de Grande-Bretagne en particulier - que Cliffe a agi pendant les 15 dernières années selon le principe du soutien à la libération de l'Afrique du joug colonial et était un dirigeant du Comité pour la libération du Mozambique de l'Angola et de la Guinée. L'urgence d'une campagne de masse internationale pour libérer tous les prisonniers politiques de Zambie est soulignée par les implications sinistres des mots prononcés dans la suite de son discours par Kaunda, le 28 janvier: "... si vous vous engagez dans des activités diaboliques contre l'Etat, entrainant et corrompant des Zambiens... alors je vous donne ma parole que je m'occuperais de vous très sérieusement et absolument sans pitié L'expulsion ne sera qu'un des aspects de cette action vigoureuse..." A Bas l'état d'urgence en Zambie! Libérez Lionel Cliffe et tous les autres détenus politiques!
1.2.1976