Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

COLOMBIE

La manoeuvre de la bourgeoisie

· Inprecor (première série) n° 44, 19 février 1976 · p. 24-29 · 4 175 mots

Économie mondiale

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FRONT

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BOUR

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Les régimes bonapartistes de Laureano Gomez et de Rojas Pinilla de 1950 à 1957 ont réussi à ouvrir la voie aux investissements étrangers dans l'industrie, en leur accordant des conditions excellentes, grâce au syndicalisme d'Etat préconisé par la UTC (Union des travailleurs colombiens) et la CTC (Centrale des travailleurs colombiens) qui visait à maintenir un niveau extrêmement bas des salaires. Dans ces conditions, les coûts de production dans l'industrie baissèrent pour permettre une compétitivité plus grande sur le marché étranger. Cette situation favorisa non seulement les capitalistes industriels étrangers, mais également les industriels colombiens dans le secteur du textile, des produits alimentaires, des boissons gazeuses, des bières et de la confection. Le capital étranger pénétra les secteurs de la chimie, des produits pharmaceutiques, du papier et des plastiques, c'est-à-dire l'ensemble de l'industrie des produits intermédiaires. C'est dans ce secteur des biens intermédiaires que s'est concentrée la plus grande capacité de production de toute l'industrie, dans un amalgame d'intérêts entre la bourgeoisie colombienne et le capital étranger. Cependant, ces régimes bonapartistes conservateurs furent surtout marqués par l'essor des exportations de café au cours de la décade 1950-1960, essor qui assura le soutien des paysans des montagnes au régime. A travers les exportations de café, les devises alimentèrent un courant de fonds qui allaient grossir les coffres d'une puissante bourgeoisie financière et satisfaire les besoins de la petite et moyenne industrie. Le problème fondamental de la bourgeoisie colombienne a été la question agraire. Son retard et l'importance que les produits agricoles et la production agraire dans son ensemble ont dans le développement d'une économie capitaliste néo-coloniale, compromettent les choix de la bourgeoisie, tant dans son système de domination intérieure que dans ses liens avec l'impérialisme. Le capital financier libéral, principalement lié aux investisseurs étrangers dans la mesure où il sert de courroie de transmission pour trouver du capital national disponible, ne pouvait pas perdre ses liens avec la campagne. Durant la décennie 1950-60, les propriétaires terriens libéraux appuyèrent silencieusement les guérillas libérales des Plaines orientales, de Tolima et de la Vallée de Cauca, au moins tant que celles-ci ne s'attaquèrent pas au régime de propriété et n'étaient qu'une sorte de garde permanente pour les propriétaires. A travers les guérillas dans ces régions, la bourgeoisie libérale réussit à imposer des conditions de négociation qui comprenaient la chute du régime de Rojas et la mise en place du Front national

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avec l'alternance des deux partis à la présidence de la République et le partage des postes gouvernementaux. On eut ainsi: une présidence libérale de 1958 à 1962, conservatrice de

1962 à 1966; une libérale de 1966 à 1970 et une conservatrice de 1970 à 1974; enfin une libérale depuis 1974.

L'accord s'était opéré sur la base des intérêts de la bourgeoisie financière qui accordait ses faveurs aux conservateurs, à travers l'essor du café, et au libéralisme avec l'agriculture intensive et l'élevage. Dans le premier secteur on trouvait la Banque de Bogota avec à sa tête la famille Ospina et dans l'autre secteur la

Banque de Colombie avec la famille Lopez. Au niveau politique, l'accord comportait l'abandon des groupes guérilléristes par les libéraux, et la suppression de l'appui à la violence dans les régions du café de la part des conservateurs. C'est là que se trouvait la base d'une conjonction d'intérêts qui s'harmonisaient entre la stabilisation d'un projet économique d'ensemble et d'un projet politique qui impliquait le retour à la démocratie représentative à travers un système extrêmement étroit qui ne laissait aucun autre choix que le libéralisme ou le conservatisme, tout en comptant sur les effets du renforcement des organes de répression durant la période de Rojas. Le PC colombien qui ne comprenait pas ce que représentait la réalité de la bourgeoisie libérale, était perplexe devant une situation qui aurait pu impulser les luttes paysannes et ouvrières jusqu'à assurer leur indépendance par rapport à la bourgeoisie. Mais il ne réussit qu'à repêcher une fraction du mouvement guérillero paysan dans les FARC ( Forces armées révolutionnaires colombiennes). La classe ouvrière, issue de ce processus d'industrialisation, fortement contrôlée, restait prisonnière de l'inexpérience, de l'absence d'une direction révolutionnaire et de la gestion des bureaucrates ouvertement achetés par l'Etat bourgeois pour contrôler la radicalisation ouvrière. Depuis le début du Front national, avec Lleras Camargo, les ouvriers ont perdu une grande partie des acquis qui leur avaient été accordés par le régime de Lopez Pumarejo La classe ouvrière a perdu des droits qu'elle n'avait même pas commencé à utiliser, comme le droit illimité de grève, et même le droit de grève minimum comme celui qui existait dans le secteur bancaire. Le Front national fut formé autour de trois axes fondamentaux. La consolidation du capital financier où se regroupait le secteur hégémonique de la bourgeoisie colombienne, le développement d'une base industrielle de production de biens intermédiaires en liaison avec le capital impérialiste (à partir de la tendance de celui-ci à se lier au secteur manufacturier en

Amérique Latine) et enfin, l'atténuation de la polarisation dans le secteur agricole entre la production du café et la production de biens commercialisables comme le coton, le riz, le sorgho et les autres cultures à haut rendement. Ces trois axes étaient étroitement liés entre eux, d'où la nécessité de rationaliser l'action de l'Etat à travers des programmes généralisant son intervention dans l'économie. Mais la question agraire non seulement souffrait toujours de ses maux traditionnels, mais voyait la contradiction entre le secteur agraire et l'industrie s'approfondir sans cesse. Au cours des années 60, le secteur agraire ne connut qu'un taux de croissance de 3%, tandis que la part moyenne des investissements en machines et équipements dans la masse des investissements bruts totaux s'élevait, dans l'ensemble de l'industrie, à 3.3% et que le taux de croissance industrielle se maintenait à 6%. Selon des données récentes, "dans l'indstrie manufacturière colombienne, les principaux rythmes de croissance ont été obtenus dans des industries où les firmes dominantes appartiennent au capital étranger, ce qui permet d'en déduire que le processus d'expansion industrielle s'est accompagné de la dénationalisation de l'industrie, Dans la période allant de 1958 à 68, le pourcentage de participation des firmes étrangères dans le PIB de l'industrie manufacturière s'est accru". (Gabriel Misas, "Grados de concentración en la industria manufacturera" - DANE). Malgré le fait que, par unité d'entreprise, on trouve une prédominance quantitative du capital national, les sociétés étrangères dépassent les entreprises nationales en termes d'intensité du capital. En général, l'industrie tend à se concentrer dans le secteur des biens intermédiaires, Le secteur de l'industrie qui a connu le développement le plus rapide fut celui de la construction - où sont fondamentalement concentrés des capitaux nationaux -, avec un investissement de 60% en machines et en équipement, face à une moyenne de 33, 6% pour l'ensemble de l'industrie. Deux faits importants sautent aux yeux quand on examine les rapports entre le secteur financier et le secteur industriel. Le marché des capitaux n'a pas fonctionné autour de la bourse des valeurs qui est le mécanisme au travers duquel l'industrie capte l'épargne publique pour la convertir en capital d'investissement, La chute de la bourse a été permanente et l'industrie a da recourir aux prêts bancaires pour se maintenir. Néanmoins, dans le cadre du programme de remplacement des importations et de protection de l'industrie, l'Etat imposa une limite aux taux d'intérêts, qui se maintinrent autour de 24% par an. Les difficultés de l'industrie à obtenir du crédit à travers le marché boursier furent transférées au secteur finan -

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COLOMBIE cier qui devait maintenir une politique de crédit à bon marché, et se trouvait en conséquence pris dans une camisole de force pour obtenir des fonds de l'épargne. A travers une politique d'accroissement de la consommation, l'industrie put maintenir certains niveaux de stabilité et même de croissance, au détriment de l'accumulation de capital financier. Les taux d'intérêts peu élevés offrirent de bonnes possibilités aux industriels pour augmenter la composition en capital de leurs entreprises en augmentant ainsi la productivité, sans recourir à l'augmentation de l'emploi. D'un autre côté, l'inflation favorisa les industriels qui payaient en monnaie dépréciée les emprunts de l'industrie. En termes généraux, on peut conclure que durant la période du Front national, il y eut une tendance à la diminution du poids relatif du capital financier par rapport au capital industriel, mais il faut tenir compte, de toutes façons, que ce dernier restait attaché à la queue du premier et qu'il suffisait d'un changement de la politique financière pour que la balance penche définitivement en faveur du capital financier. L'Etat de son côté a joué un rôle clair de défenseur de l'industrie à travers la législation sur le travail, le blocage des salaires, le maintien de taux d'intérêts rigides et de subventions à l'industrie d'exportation au moyen des CAT (Certificats de paiement fiscal) qui permettaient de déduire une partie des impôts de l'industrie en instruments négociables. Il est certain que le capital financier fut des plus favorisés par la politique des salaires de l'Etat, par exemple par le maintien des salaires du secteur bancaire à un niveau extrêmement bas par rapport aux autres secteurs de l'activité économique. Conséquences politiques du Front national Au début de l'expérience de Front national, le Parti libéral est le mieux armé en termes politiques. Il représentait les propriétaires terriens et les financiers regroupés dans un bloc, et avait l'appui d'une grande partie des travailleurs des zones urbaines, frappés par les régimes conservateurs et mécontents de leurs patrons. Les conservateurs qui représentent les secteurs économiques dominants (capital financier lié à l'industrie) ont de leur côté le soutien des paysans des montagnes qui forment une grande partie de l'électorat, mais n'est cependant pas majoritaire. Le libéralisme imposa la parodie d'une réforme agraire qui favorisa essentiellement les propriétaires terriens et les conservateurs l'appuyèrent dans la mesure où elle n'affectait pas les intérêts industriels et maintenait un bas niveau de développement à la campagne. Derrière la proposition libérale de réforme agraire se profilait l'intention de créer à la campagne une économie d'exportation qui aurait remplacé le café par les biens produits par les propriétaires terriens sur lesquels les libéraux s'appuyaient. La promotion de l'exportation du coton, du riz, du sésame, ainsi que l'impulsion donnée à la commercialisation de la viande sont certains des éléments fondamendaux de la période 1966 à 1970, sous le gouvernement de Lleras Restrepo. La rationalisation de l'Etat par la réforme de 1968, non seulement visait à une relative stabilisation des rapports entre celui-ci et les secteurs privés, mais aussi à recueillir des ressources politiques et économiques pour l'Etat par une augmentation de la fiscalité. Par la création du Fonds national d'épargne avec les pensions des employés du secteur public et la tentative manquée de création des Fonds régionaux de capitalisation avec celles des travailleurs du secteur privé, on prétendait constituer un Etat interventionniste au niveau économique. Ainsi, le libéralisme réussit-il à trouver des racines parmi des secteurs du paysannat moyen et parmi la petite-bourgeoisie urbaine, encouragée par la politique "étatique" que, dans sa myopie politique, elle prenait pour l'indice d'un affaiblissement des secteurs capitalistes. Les conservateurs, de leur côté, firent un tournant dans leur politique de protectionisme envers l'industrie de base, pendant leur gouvernement le plus représentatif, celui de Misael Pastrana Borrero. Le retour à la conception de l' "Opération Colombie" se développa dans le cadre de conditions optimales pour les investissements dans le secteur de la construction. La famille Ospina qui détient aussi des intérêts dans la propriété foncière urbaine, fit un apport important à l'industrie de la construction: la création des Unités de pouvoir d'achat constant (UPAC) par lesquelles, le capital financier se convertit en intermédiaire entre une épargne aux taux d'intérêts réajustables par rapport à l'inflation et l'investissement dans la construction d'habitations dont les coûts sont assumés par l'usager. La crise mondiale Le capitalisme colombien est chroniquement en crise. Le bilan du Front national correspond à ce qui peut être obtenu dans une formation sociale complètement dépendante, avec une bourgeoisie "'nationale" qui ne peut pas agir seule, mais seulement en tenant la main de l'impérialisme. Pour autant que les "patriciens" cherchent à présenter un visage attrayant aux

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masses, celles-ci ne peuvent recevoir ces flatteries qu'avec une moue de dégoût. Les exportations par tête sont parmi les plus basses du continent et ceci ne plait pas à la bourgeoisie; les salaires sont les plus bas du continent et ceci déplait aux masses travailleuses. L'industrialisation qui se trouve à la base de la croissance du secteur des biens intermédiaires concentra des capitaux, avec un taux bas d'absorption de force de travail, dans la mesure où furent utilisées des innovations techniques augmentant la productivité et réduisant l'utilisation de main-d'oeuvre. Le plan d'industrialisation ne remplit pas les prévisions. Le secteur agricole, malgré sa croissance lente, reste à la tête des exportations, selon les chiffres suivants :

1970 1971 1972 1973 % Exp. agr. / Exp.

tot. 80,1 76,5 69,2 64,4 % Exp. café/Exp.

tot. 63,8 56,5 49,3 48,5 Source : Banque de la République - Calculs

ANIF) En fait, la croissance industrielle a dépassé le secteur agricole en termes relatifs et, en termes absolus, en ce qui concerne la part du secteur agricole dans le Produit intérieur brut, l'agriculture est passée de 37,8% à 26% entre 1950 et 1973. Alors que le Produit brut total a crû de 217%, le produit agricole brut n'a crû que de 118% à peine au cours de la même période. L'analyse montre également les incidences qu'a eu sur l'industrie, le renforcement du secteur des biens intermédiaires qui, malgré la forte hausse de productivité n'a pas engendré d'emplois et qui, par ailleurs, utilise une grande quantité de matières premières et d'autres composants importés. Cependant, le secteur des biens de consommation massive crée de nombreux emplois (la composition organique du capital est bien plus faible dans ce secteur). et consomme un bien moins grande quantité de produits importés. La crise mondiale, qui présente les traits caractéristiques de la récession dans les pays capitalistes avancés, accentue les inégalités dans le commerce extérieur, entraînant une baisse du revenu des exportations de matières premières et la fermeture des marchés extérieurs déterminée par la politique protectionniste des pays impérialistes. Face à cette situation concrète, les choix de la bourgeoisie colombiennes étaient les suivants : 1/ Abandon du projet d'industrialisation dans le secteur des biens intermédiaires. La propagande de Lopez Michelsen se basa sur le fait que les statistiques montraient les aspects négatifs de l'industrie des biens intermédiaires, dus à son incapacité à se développer vue la fermeture des marchés extérieurs; il s'agit d'une situation objective. Cependant le "lopisme" (politique de Lopez) a utilisé cette situation pour développer la lutte fractionnelle contre la bourgeoisie industrielle. En premier lieu, il a lancé une campagne contre les stimulants qui protégeaient l'industrie et l'a dépouillée de quelques uns de ceux-ci, comme les C. A. T., il a élargi la base d'imposition pour l'industrie, et, enfin, il a commencé à développer une campagne idéologique sur la "monopolisation de l'industrie" Il ne s'agit certes pas d'en finir avec la bourgeoisie industrielle, loin de là, mais de la soumettre aux intérêts de la fraction financière. Le gouvernement protège les industriels en ce qui concerne leurs rapports avec les salariés, maintenant une législation de fer dans le domaine social, autorisant les licencements, de façon masquée. 2/ Mise en place d'une politique "réaliste" pour l'industrie et l'agriculture. Le plan de développement social, économique et régional, intitulé paradoxalement "Pour combler la brèche", met particulièrement l'accent sur l'agriculture en prétendant qu'aujourd'hui il se rend aux raisons de la bourgeoisie: que l'agriculture produit environ 30% du produit interne, qu'environ 80% de la valeur totale des exportations proviennent du secteur agricole et de l'élevage, et que ce même secteur fournit environ 50% des matières premières utilisées par l'industrie (''Para cerrar la brecha", Planeacion nacional, p. 27). En ce qui concerne le secteur agraire, le plan part du fait qu'il existe une division à la campagne, D'une part l'agriculture"traditionnelle" qui comprend la majorité de la population paysanne vivant dans des conditions d'arriération et de misère. D'autre part, le secteur de l'agriculture dite moderne qui développe la production du coton, du sésame, du soja, etc., fondamentalement pour l'exportation. Le plan souligne la nécessité d'offrir du crédit et des facilités de marché au secteur "traditionnel"' et d'impulser de façon importante la production pour l'exportation. Il s'agit donc de la création de deux économies complémentaires à la campagne, l'une produisant pour la consommation interne, l'autre pour les marchés extérieurs. Le financement de ce plan s'opère par la Banque mondiale et ses agences; environ 200 millions de dollars seront destinés à obtenir une augmentation de la productivité à la campagne de la part du paysan pauvre

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COLOMBIE et à développer les moyens techniques dans le secteur agricole exportateur. Inutile de dire que la Banque mondiale, dirigée par Mac Namara, est particulièrement intéres -sée au développement de tels plans dans tout le monde sous-développé, en partie pour créer une base complémentaire effective de la production industrielle des pays impérialistes et en partie pour empêcher que la révolte paysanne ne provoque un "autre Vietnam" qui a coûté si cher à l'impérialisme nord-américain. Les plans pour le secteur de l'agriculture traditionnelle sont mis en oeuvre au travers du "Développement rural intégré" (DRI), qui concentre tous les moyens financiers, technologiques et éducatifs du secteur des produits agricoles destinés à la consommation intérieure;on essaie aussi d'organiser la paysannerie en coopératives et en associations communales mises en place par le gouvernement dans un but politique évident. Si la priorité semble être donnée par le plan à la paysannerie pauvre, les bénéfices économiques sont du côté des propriétaires fonciers qui contrôlent les cultures commercialisables et qui se trouvent en meilleure position pour recevoir les avantages qui proviennent non seulement des revenus plus importants de l'exportation mais aussi de l'élévation des prix sur le marché intérieur qui résulte du monopole sur ces cultures que l'Etat leur garantit. Pour ce qui est de l'industrie, l'accent est mis sur la petite et moyenne industrie, au moyen du crédit et de l'assistance étatiques dans le domaine des innovations technologiques. Il s'agit de développer l'industrie des biens de consommation et produits alimentaires par le crédit et la technicité. Tandis qu'est développé ce plan pour la petite et moyenne industrie, l'industrie monopoliste est orientée vers des productions particulières comme l'automotricité, la pétro-chimie et la sidérurgie. Cette complémentarité de l'industrie va accentuer les inégalités; les secteurs les plus dynamiques seront poussés grâce à d'énormes usines (qui existent déjà) pour les trois branches mentionnées, créant ainsi un secteur restreint qui contrôle la plus grande partie de la capacité productive et laissant l'alimentation, la boisson et les textiles comme bases du développement de la petite et moyenne industrie. 3/ Concentration des pouvoirs de l'Etat. Le renforcement des Etats nationaux au moyen de l'exécutif est une stratégie continentale qui a des spécificités au niveau de chaque pays. Dans le cadre de la nation colombienne, les spécificités se conjuguent pour former un élément de base: le renforcement de la fraction financière de la bourgeoisie.

A l'intérieur de la fraction financière, il y a des sous-fractions; la première correspond à des intérêts très liés à l'industrie de capital privé national, qui a maintenu une politique de taux d'intérêt bas pour les industriels. Cette sous-fraction a également favorisé la création des UPAC, comme mécanismes de flux entre l'épargne et l'investissement dans la construction. La situation actuelle est caractérisée, dans le secteur financier, par la prédominance des intérêts qui privilégient le renforcement du système bancaire au sein de l'ensemble du secteur par le placement de certificats de dépôt à terme avec des intérêts "réalistes" (lisez rémunérateurs), limites imposées à la correction monétaire des UPAC pour mettre leur capacité d'attirer l'épargne au niveau de celle des comptes contrôlés par les banques, par les augmentations des taux d'intérêts sur ces même comptes d'épargne, et par le placement de billets à ordre semestriels d'urgence et de bons de développement. Ces deux derniers éléments qui courent au compte du gouvernement sont intimement liés aux autres qui courent au compte de la banque. Ce n'est pas un hasard si la politique financière figure en premier lieu dans les chapitres du plan, ni si la bourgeoisie fait montre d'un consensus impressionnant, non seulement au sein même de la banque, mais aussi envers les plans du gouvernement. Les mécanismes de crédit adoptés prétendent impulser un développement de l'industrie à très haute concentration de capitaux et de techniques, et par conséquent, monopoliste. Un grand nombre de secteurs de l'industrie intermédaire verront se réduire leurs ressources en crédits et devant l'impossibilité de trouver des fonds grâce aux bourses de valeurs, resteront à la traine. La politique libérale au commandement Ce panorama économique nous retrace la ligne d'une hégémonie libérale pure, hégémonie reposant sur les intérêts du capital financier en alliance avec les capitalistes du secteur agrarien et des grandes industries. Ce qui reste au conservatisme, ce sont les voix électorales que jusqu'à maintenant il a obtenu dans les zones caféières, mais le paysannat de ces régions, en restant intégré au DRI (Développement rural intégré) risque de tourner du côté libéral. Le projet libéral dans son ensemble peut être caractérisé comme "penser un peu" à l'agriculture et à l'industrie, mais "penser beaucoup" au rôle dirigeant que doivent avoir par rapport à ce processus, les banquiers, les propriétaires terriens et les gros industriels. La polarisation de l'économie en des ensem-

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bles bien différenciés structure la vision de la bourgeoisie colombienne pour atténuer les etfets de la crise mondiale du capitalisme et donner aux processus critiques un cadre plus ferme. Les appels à la "colombianisation" de la banque et l'insistance sur le statut andin des capitaux qui limite l'intervention étrangère, font partie du processus de réadaptation de la bourgeoisie colombienne devant la crise. Ce serait mal voir les choses que de considérer que la bourgeoisie libérale essaie de développer un programme d'indépendance vis-à-vis de l'impérialisme. Bien au contraire. Il s'agit de de réduire le secteur qui peut négocier avec l'impérialisme, au détriment des intérêts des masses, et même de quelques secteurs de la bourgeoisie. Pour ces derniers,il faut bien voir que, bien que frappés par la politique libérale, leurs réactions se font vers la droite, contre les revendications sociales, contre le socialisme et le communisme, voit bien au sein des cercles d'industriels d'Antoquia. Ce secteur est le dernier réduit qui reste au parti conservateur qui se divise sur l'alternative de donner son appui au capital industriel fabriquant des biens intermédiaires ou à la politique du gouvernement libéral. De là provient la scission de J. Emilio Valderrama avec le progressisme conservateur et les divisions qui se profilent au sein de la fraction de la famille Ospina. A la campagne, la paysannerie adoptera des attitudes partagées entre l'expectative des paysans minifundistes dans les régions marquées par le DRI et le soutien total des propriétaires terriens et des éleveurs aux mesures du gouvernement. Si même ceux-ci en venaient, à un certain moment, à s'écarter du libéralisme pour appuyer l'ANAPO (ce qui explique l'essor de ce mouvement dans les régions paysannes intégrées à l'agriculture intensive), à l'heure actuelle ils sont dans les rangs des adhérents du "lopisme". Perspectives Le plan ébauché par le "lopisme" amènerait une expansion capitaliste 'rationnelle" si les facteurs du développement capitaliste étaient tous situés à l'intérieur du pays, et si ce développement interne lui-même n'engendrait pas de contradictions. Une des bases du développement capitaliste est l'inégalité entre le procès capitaliste des pays avancés et celui des pays appelés "sous-développés", entre l'agriculture et l'industrie et entre les différents secteurs de l'industrie. L'accent mis par la bourgeoisie colombienne sur l'agriculture de subsistance et sur l'industrie des biens de consommation directe, n'est, ni plus ni moins que la légitimation du retard et de la largeur de la brèche entre la Colombie et les pays capitalistes avancés. Cela ne veut pas dire que l'on revienne à une conception semi-féodale du développement de la formation sociale colombienne. Le capitalisme s'étendra à l'agriculture et dans les villes elles-mêmes, mais ce sera un capitalisme mesuré par les intérêts monopolistes des capitalistes de la campagne, des gros industriels et surtout, des chevaliers de la finance. Le chômage, qui avait déjà atteint 12% pour les hommes et 19% pour les femmes, en ce qui concerne les villes, a maintenant dépassé ces chiffres. Les licenciements massifs dans l'industrie et la banque sont en corrélation avec ceux de l'administration publique, ils ont pour but de rationaliser les activités économiques. On veut forcer les travailleurs à revenir à des niveaux de salaires plus bas, dans l'industrie des biens de consommation et dans l'agriculture de subsistance. Il est évident que c'est là un mécanisme typique du capitalisme devant une crise: la faire retomber sur les épaules des travailleurs. L'Etat se protège du déficit fiscal par l'émission de monnaie sans répondant. La Banque se protège de l'inflation par les UPAC et les taux d'intérêts rémunérateurs. L'Industrie se protège de la récession par la hausse des prix et les licenciements massifs. Tout le poids de l'inflation et des autres effets de la crise pèse sur les épaules des travailleurs des villes et des champs.

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