VIETNAM neui mois apres la victoire
LA POLITIQUE
PIERRE ROUSSET Avec la victoire ultime remportée, le 30 avril 1975, sur l'impérialisme américain, la place et le rôle internationals de la révolution vietnamienne se modifient notablement. Une page se tourne durant laquelle son rôle internationaliste se jaugeait avant tout aux effets objectifs d'un long combat pour la libération sur les rapports de forces mondiaux. Une autre s'ouvre, où les choix politiques du Parti et du gouvernement pris en dehors de la poursuite d'une telle lutte, détermineront, progressivement mais dans une large part, sa place future dans la dynamique révolutionnaire mondiale. Le triomphe de la résistance ne clos certes pas la période où le cours de la révolution, au Vietnam et en Indochine, influait sur les luttes dans les autres pays par son caractère exemplaire; les progrès accélérés de la réunification, le bouleversement à l'oeuvre des structures sociales, la transcroissance socialiste d'une lutte de libération nationale continuent d'indiquer la voie à suivre pour qui veut la victoire. Et la politique du Parti des travailleurs du Vietnam ne sera pas transformée brutalement. Mais l'orientation avancée antérieurement par le communisme vietnamien ne peut rester inchangée, elle doit répondre aux nouvelles données nées avec la fin des combats militaires. Les neufs mois écoulés permettent de dessiner les contours de la nouvelle politique qui sera celle du PTVN dans la période de transition actuelle. Ils confirment que, malgré l'ampleur des tâches de reconstruction auxquelles il doit faire face, le P. C. V. ne veut pas se replier sur le cadre national. un "moment favorable" Les dirigeants vietnamiens prolongent aujourd'hui les analyses qu'ils développent depuis longtemps quant à la place de leur révolution. Truong Chinh, membre du B. P. du P. T. V. N., rappelait dans son intervention à la conférence consultative pour la réunification tenue en novembre à Salgon que, "durant des dizaines d'années", le Vietnam fut le pays où se concentrèrent "les contradictions caractérisant le monde contemporain". De là la portée de la défaite américaine soulignée par le CC du Parti que cite Truong Chinh: "'Si la victoire de Dien-Bien-Phu a marqué l'effondrement du colonialisme français, la victoire du 30 avril 1975 a annoncé, de son côté, la faillite totale et inévitable du néo-colonialisme U.S. dans le monde ("Nouvelles de la RDVN" N° 67).
VIETNAM La direction vietnamienne manifeste une compréhension effective de la dialectique actuelle de la révolution mondiale et des conséquences de la lutte menée, même si elle reste déformée par sa méconnaissance politique de la nature de la dégénérescence stalinienne de la direction soviétique et de ses implications. "Ces victoires ont affaibli l'impérialisme américain, abaissé son autorité. Elles encouragent les mouvements de libération nationale...". Plus généralement elles mettent en lumière la "position d'offensive' des "trois grands courants révolutionnaires" qui "convergent' à notre époque: le "mouvement de libération nationale"', le "mouvement révolutionnaire" dans les pays capitalistes et la "croissance du système des pays socialistes". (''Nouvelles de la RDVN, N° 71). La déroute impérialiste a ouvert un "moment favorable" pour la révolution mondiale, même si son développement reste inégal. Telle est l'analyse défendue par la direction du PTVN. L' affaire angolaise, entre autres, confirme son bien fondé: la relative paralysie américaine et l'audace inhabituelle de la politique soviétique - alors même que l'URSS est terriblement dépendante des USA pour combler son déficit en blé - ne s'explique pas autrement. Non plus que la capacité d'intervention directe de Cuba auprès du MPLA malgré sa vulnérabilité géographique face à l'impérialisme US. Dans nombre d'occasions, les dirigeants vietnamiens proposent deux enseignements de leurs combats : quant au caractère de la révolution dans les pays dominés et quant au lien organique qui lie les luttes dans les différentes parties du monde. C'était notamment sur elles que Vo Nguyen Giap revenait dans son intervention lors du premier congrès du Parti Communiste de Cuba: "Dans la présente époque, la lutte des peuples pour l'indépendance et la démocratie est, en général, étroitement liée à la lutte pour le socialisme et le communisme, quoique le processus de la révolution dans chaque pays se distingue par ses propres caractéristiques. Les forces patriotiques et démocratiques des peuples se rassemblent autour de la classe la plus révolutionnaire, qui est est la classe ouvrière... (Les trois grands courants révolutionnaires) sont en train de devenir une force invincible, une force globale... ". (''Nouvelles de la RDVN", N° 70). Ce corps de référence doctrinale permet de situer pour une part l'originalité de la place que s'assigne la direction vietnamienne dans le mouvement ouvrier international. Il diverge en effet clairement de celui de la direction maoiste dont l'orientation est déterminée par la lutte contre les "deux super-puissances" et tout coursud-est ablagare es américalnes avant tout contre l'influence soviétique, et ce lui semble souhaitable pour contrer la présence soviétique dans l'Océan Indien. Il diverge aussi de celui du PCUS, à la recherche du difficile maintien d'un statu quo essentiel dans les rapports de forces mondiaux en période de montée internationale des luttes de classes. Néanmoins, si l'étude des thèses formulées en la matière par le PTVN confirme l'originalité de cette direction, elle met aussi en lumière l'ambivalence profonde de sa politique.
La recherche du développement économique, comme celle de l'indépendance nationale, pousse les Vietnamiens à diversifier autant que faire se peut leurs alliances et leurs sources d'aide.
Cela implique un triple effort : pour situer le
Vietnam à la frontière du "camp socialiste" et des dits "pays non alignés"'; pour normaliser les rapports diplomatiques et économiques avec l'ensemble des puissances impérialistes; pour éviter de se voir trop nettement impliqués dans sino-soviétique. Depuis septembre 1973, le GRP sud-vietnamien avait intégré le bloc des "'non alignés". En août 1975, la RDVN y était à son tour admise, lors de la conférence de Lima. Le Vietnam réunifié en fera donc partie, l'un des rares Etats ouvriers avec Cuba et la R. P. de Corée à participer de plein droit au "groupe des 77". Les signes de "dégels" diplomatiques avec les USA, les premiers contrats passés avec le Japon (aide financière, exportation de crevettes, implantation d'une usine de fertilisants...) montrent que la normalisation des rapports diplomatiques et économiques est probablement elle aussi en bonne voie. La première difficulté majeure à laquelle la direction vietnamienne se voit confrontée dans l'arène internationale, après la victoire d'avril 1975, tient à ses rapports avec la R. P. de Chine. Chine-URSS: l'équilibre rompu La volonté du PTVN serait très certainement de maintenir au mieux la balance égale de ses rapports avec l'URSS et la Chine. Cela répond mieux en effet à la situation de la révolution indochinoise - obligée de chercher l'aide la plus large pour se remettre des domages dus à une guerre de 30 ans - qu'à l'analyse empirique faite par la direction vietnamienne du conflit sino-soviétique: combat fratricide, il divise de façon criminelle le "camp socialiste" auquel tous, URSS, Chine et Vietnam appartiennent objectivement. Mais la politique de la direction maoiste, interdit le maintien de cette balance égale. On assiste à une brutale aggravation de la tension entre le Vietnam et la Chine, sensible depuis l'annonce en juillet 1971 du voyage de Nixon à Pékin. Un conflit frontalier a éclaté en 1974. C'est à la mi-janvier 1974 que la Chine occupait militairement les Iles de l'un des archipels à l'appartenance contestée: les Paracels tenues auparavant par les forces de Thieu. Le GRP et la RDVN faisaient alors savoir que la question de l'appar -tenance des fles Paracels et des Spatlys devait se régler par voie de négociations. Elles n'eurent pas lieu, et dernièrement le conflit prenait
une nouvelle dimension. Pékin Information du 15 décembre 1975 publiait un long article péremptoire: "Les Iles de la mer de Chine méridionale, territoire chinois depuis l'antiquité", certaines Iles "ne sont pas encore rentrées en notre possession - mais le peuple chinois, libérera Talwan, et toutes les fles appartenant à la Chine reviendront au sein de la patrie. " (p. 15) La revue de l'armée vietnamienne, le Tap Chi Quan Doi Nhan Dan, comme Radio-Hanol appelait à préserver l'unité nationale "dans les eaux territoriales sur le plateau continental' (cité par Decornoy, "Le Monde" du 6.1.76). Il semble que la direction vietnamienne soit prête à faire occuper par l'armée l'archipel des Spatlys.
Giap Quel que soit l'enjeu du conflit frontalier - il touche à l'indépendance nationale comme aux intérêts économiques (pétrole) de chaque partie. Les divergences globales qui se manifestent aujourd'hui sont les plus profondes. Un accord d'aide a bien vite été signé entre la Chine et le Vietnam pour 1976 et durant sa visite à Pékin, en septembre 1975, Le Duan, premier secrétaire du CC du PTVN, prononça un discours très chaleureux. Il a largement salué la "solidarité militante" qui aura lié les deux peuples, "proches amis", l' "amitié entre camarades et frères". Mais Le Duan a rappelé que la lutte contre l'impérialisme doit tenir compte de ce que son "chef de file est l'impérialisme américain" ('Nouvelles de la RDVN" N°62). Son interlocuteur chinois apellera pour sa part à la lutte contre l' "hégémonisme"'. Aucun communiqué commun n'est venu clôturer la rencontre sino-vietnamienne, alors que la délégation du PTVN poursuivant son voyage, d'importants communiqués communs seront signés avec l'URSS et cinq autres pays de l'Est européen. Quant à "Pékin Information", il aura fait preuve d'un remarquable manque d'enthousiasme à l'occasion de l'annonce de la réunification.
Il y a évidemment une incompatibilité profonde -quelles que soient les apparences maintenues -entre une orientation fondée sur la dénonciation ‹du "social impérialisme" soviétique et une autre pour qui "la solidarité entre les forces révolutionnaires "(y compris l'URSS) "est le gage de la victoire" ("Nouvelles de la RDVN" n°69). Le communiqué commun soviéto-vietnamien ira jusqu'à reconnaltre dans l'URSS "le premier Etat prolétarien dans le monde" ('Nouvelles de la RDVN"' N°65). Tant que la direction maoiste maintiendra sa politique actuelle, la tension ne peut que croitre entre les deux pays. L'Etat ouvrier vietnamien tend en effet à devenir un ennemi objectif pour la R. P. de Chine ce qu'il aide à renforcer l'influence soviétique. Il reste évidemment possible que, devant le coût politique très élevé de son orientation actuelle (notamment dans un cas comme l'Angola) la bureaucratie chinoise se divise et finisse par la modifier. La confrontation sino-vietnamienne s'est faite particulièrement vive en deux occasion: le Portugal et l'Angola. Le Vietnam a en effet reconnu immédiatement la R. P. d'Angola et a apporté son soutien au MPLA. La direction maoiste aura connu cette fois son isolement maximal parmi les Etats ouvriers. Cuba a violemment dénoncé sa politique. Jusqu'à la R.P. de Corée qui a fini par retirer ses instructeurs du Zaire, et par soutenir le MPLA. Quant au Portugal, la RDVN a non seulement soutenu la "lutte complexe" engagée "pour l'indépendance nationale et le socialisme" mais a aussi fait de ce soutien le "critère du véritable internationalisme prolétarien" aujourd'hui ("'Nouvelles de la RDVN" n°62). L'alliance privilégiée L'alliance privilégiée souhaitée par la direction vietnamienne est avec le mouvement communiste officiel à l'échelle internationale. La défection maoiste tend à réduire cette alliance privilégiée au mouvement stalinien soviétique mondial. Le PTVN apporte systématiquement son soutien officiel aux P.C. dans le monde. C'était hier le cas au Chili. C'est aujourd'hui le cas au Portugal comme en Espagne, où la dénonciation des crimes franquistes s'accompagne d'un salut aux efforts engagés par le PCE en vue d'élargir ses alliances jusqu'aux "forces de droite qui n'approuvent pas ce régime franquiste". (''Nouvelles de la RDVN" N°66). Hanol aura accepter de suivre la diplomatie soviétique dans le cas de l'Inde, lysant le Décret sur l'état d'urgence promulgué par Indira Gandhi comme une riposte à une tentative de coup perpétré par des "réactionnaires de droite" ("'Asia Yearbook 76"' dans la
VIETNAM "Far Eastern Economic Review" p. 318) et aura laissé la presse indienne se prévaloir du soutien vietnamien (voir "Analyse" de novembre 75). Symptomatiquement, la position vietnamienne sur l'Inde s'est faite fort discrète. Elle n'en couvre pas moins les crimes d'un régime qui détient maintenant un record peu enviable : celui du nombre de prisonniers politiques. Enfin dans le communiqué soviéto-vietnamien, la délégation de la RDVN aura accepté de saluer le tenue de la Conférence d'Helsinki et de "soutenir le CC du PCUS et le gouvernement de l'URSS dans leurs activités extérieures en vue de matérialiser les principes léninistes de co.existence pacifique... et de rendre irréversible le processus de détente" (''Nouvelles de la RDVN" N°65, p. 3). Il y a peu, le PTVN condamnait de façon virulente l' "illusion de la détente". Il n'a apparemment pas changé d'avis quant à l'agressivité fondamentale de l'impérialisme, tous les éléments de l'analyse antérieure de la situation mondiale restant actuels pour lui. Les divergences d'orientation hier affirmées avec la direction soviétique n'ont pas disparu. Mais cet alignement relatif sur la diplomatie stalinienne met en lumière les frontières d'une prise de conscience politique empirique opérée dans le cours de la révolution vietnamienne; les limites des objectifs que s'assigne aujourd'hui la direction du PTVN qui ne prétend pas jouer un rôle direct dans la recomposition d'une direction révolutionnaire internationale, ou, plus précisément, son incompréhension profonde de la nature de la crise du mouvement ouvrier international; les choix qui, en conséquence, sont les siens : c'est-à-dire une alliance fondamentale avec le mouvement ouvrier mondial au travers du mouvement communiste officiel, majoritairement stalinien. Alignement relatif, mais certainement pas absolu. La diplomatie vietnamienne affirme son autonomie, aussi bien dans ses rapports avec les Etats ouvriers qu'avec les pays dominés. Le voyage du yougoslave Dzemal Bijedic en octobre à Hanol, comme celui de Giap à Cuba, ont permis de saluer les révolutions qui ont su être victorieuses sans le soutien d'armées étrangères. Il semble que le Vietnam ait reçu dernièrement un nombre assez important de militants étrangers. Le PTVN a refusé de se rallier au projet soviétique de "Pacte de sécurité collective" en Asie. Il accepte une importante confrontation avec la Thallande au moment où l'URSS cherche à normaliser davantage ses relations avec ce pays. Et il a obtenu la reconnaissance officielle des soviétiques de son rôle et de sa responsabilité régionale propre: le communiqué commun précité affirme en effet que "la RDVN est devenue une base solide pour la lutte révolutionnaire de tout le peuple vietnamien, un avant-poste authentique du socialisme en Indochine et en Asie du sud-est. Le prestige du PTVN s'est rehaussé nettement" (p. 2).
Cette reconnaissance de la place régionale du P. C vietnamien par l'URSS est d'importance. Elle montre les limites de l'action soviétique en Asie du sud-est aujourd'hui. Surtout, elle entre en résonnance avec une intense activité déployée par la direction vietnamienne. L'avant-poste régional Déjà en 1949 Ho Chi Minh affirmait la responsabilité régionale du plus grand parti ouvrier du sud-est asiatique. Pour Truong Chinh, dans son rapport à la Conférence consultative, le plus immédiat des effets de la victoire de la révolution vietnamienne est d'avoir "brisé la première ligne de défense américaine dans cette région". Dans les éditoriaux du quotidien nord-vietnamien Nhan Dan au lendemain du 30 avril, (voir notamment "Nouvelles de la RDVN" N°56) jusqu'au communiqué commun soviéto-vietnamien, un thème est martelé: "le sud-est asiatique appartient aux peuples du sud-est asiatique'. Plus précisément, le PTVN souligne l'existence d'un mouvement de libération actif en Thallande et en Malaisie. Le cas thallandais est aujourd'hui le plus significatif. La victoire de la révolution indochinoise travaille en profondeur un pays, limitrophe, où une polarisation de classes est en cours et où les frontières avec le Laos et le Cambodge sont le siège de mouvements insurrectionnels communistes. La tension entre le Vietnam et le Laos d'un côté et la Thallande de l'autre a éclaté fin 1975. Une provocation thal a créé un violent incident militaire sur le Mékong le 17 novembre. Le gouvernement de Bangkok a décidé la fermeture, six semaines durant, de la frontière qui mène à Vientiane. Des dizaines de milliers de réfugiés de l'armée méo du général-CIA Vang Pao ont été receuillis dans le nord du pays et semblent, pour une part être organisés en nouveaux commandos. Le roi Bhumibal, le 15 décembre, "il y a eu plusieurs formes de sabotage contre notre royaume. Cela a atteint un niveau si grave que c'est une agression directe contre le pays". (FEER du 2. 1.1976). Au printemps, le fait que nombre d'avions et bateaux de l'armée fantoche sud-vietnamienne aient été laissés aux amériacins et non restitués au GRP avait déjà bloqué la normalisation des relations diplomatiques entre les deux pays. La tension actuelle peut évidemment décroltre demain, des relations diplomatiques seront probablement nouées un jour. Elle ne disparaltra pas. Malgré le retrait des forces combattantes, la Thallande restera une base d'action US dirigée contre l'Indochine révolutionnaire. L'écho des transformations sociales, comme de l'indépendance effectivement acquise de l'autre côté des frontières continuera à résonner dans un pays en pleine crise sociale et politique - notamment dans le nord-est peuplé de Laos-Thal. La droite militaire n'abandonnera pas sa campagne anti-vietnamienne, l'un des instruments d'une politique intérieure de tension.
Et d'importants liens entre le PC vietnamien, les forces révolutionnaires laos et le PC thallandais, ont été tissés. Le communisme vietnamien tend à jouer, d'ailleurs, un rôle actif dans la recomposition du mouvement communiste régional. La réussite de son combat doit poser d'importantes ques -tions aux militants des PC du sud-est asiatique, d'obédience maoiste. L'appréciation portée par le PTVN de l'orientation de ces PC est clairement critique, une indépendance plus grande de leur part vis-àvis de Pékin est évidemment souhaitée par les Vietnamiens. Et ce souhait entre en résonnance avec des préoccupations et des tensions qui, apparemment du moins, commencent à se manifester dans les partis thallandais et malais. De ce point de vue, le mouvement communiste du sud-est asiatique est aussi l'un des enjeux de la confrontation politique du communisme vietnamien avec le maoisme. Alors que Moscou espère en des progrès dans ses relations avec Bangkok, alors que Pékin a momentanément cessé de parler de l'action du PCT en vue de la reconnaissance de la R. P. de Chine par la Thallande, le PTVN aura été le seul à dénoncer en permanence les divers gouvernements "civils" thallandais et leur lien avec l'impérialisme. De ce point de vue, le rôle régional du PTVN peut être demain plus important et direct qu'il ne l'a été durant les années de guerre. Cela dépendra pour une part de l'évolution des luttes de classes dans ces pays. Corrélativement, l'équilibre indochinois lui-même se modifie. Les grands rythmes de la révolution au Laos, au Cambodge et au Vietnam restent évidemment communs. Le Cambodge a adopté une nouvelle Constitution qui en fait le "Kampuchea démocratique". Les sihanoukistes dans leur grande majorité ne sont pas retournés à Phnom Penh et ont préféré l'exil, malgré la position de soutien aux Khmers rouges de Sihanouk lui-même. La royauté a été abolie au Laos et le "'Parti révolutionnaire populaire' assume l'entièreté de la direction politique effective de la nouvelle République démocratique. L'ère de l' "Union nationale", en Indochine, sera caduque avant même d'avoir vu réellement le jour. Mais une césure néanmoins profonde est apparue entre d'une part le Laos et le Vietnam et d'autre part le Cambodge. Le blocus thallandais a accéléré le rapprochement de Vientiane et Hanol. Le Laos n'avait plus de débouché vers la mer, seul un pont aérien et l'ouverture de la route Thakhek-Vinh lui permettait d'éviter l'étienne, les Khmers rouges ont choisi une triple option divergente de celle des Vietnamiens. L'alliance internationale est avant tout nouée avec la Chine. Une politique de détente est engagée avec Bangkok : le jour de l'incident du Mekong, Chatichai Choonharan, ministre thallandais des affaires étrangères et leng Sary, vice-premier ministre cambodgien, se rencontraient à Poipet.
Un accord de troc était passé entre les deux pays. Enfin, le choix de développement économique du Cambodge, lié à son extrême sous-développement et à son refus d'une fédération indo chinoise, favorise le repli national: limiter l'aide extérieure, assurer une croissance qualitative de la production de riz et importer des biens sur la base des résultats de l'exportation de cette denrée pour éviter l'endettement. L'action internationale du PTVN et de la RDVN se déploie sur plusieurs plans. Leur intervention en direction des pays du tiers-monde est de ce point de vue symbolique. Elle allie le soutien au "bloc des 77" contre les puissances impérialistes (droits maritimes, prix du pétrole...), l'appui à certains des gouvernements de ces pays (tel le régime algérien, Giap, lors de sa visite, ayant qualifié Boumédienne de "compagnon d'armes"') et la solidarité envers les mouvements de libération . Le Vietnam cherche à apparattre là comme l'une des ailes marchantes du combat anti-impérialiste. "Ce que le Vietnam a fait, tous les peuples déterminés peuvent le faire contre les impérialistes de tout acabit" déclarait Giap à Alger. Il ajoutait, expliquant le soutien accordé au F. Polisario saharien "Nous luttons pour l'indépendance et la libération des peuples. Nous avons soutenu toutes les luttes pour l'indépendance et la liberté. C'est dans cet esprit que nous soutenons la lutte du peuple sahraoui pour l'autodétermination, la lutte juste que mène le République populaire d'Angola sous la direction du MPLA, et les luttes des peuples du Moyen-Orient pour les droits nationaux du peuple palestinien" ("'Afrique Asie" N°11). Il aurait pu ajouter, en Asie, le soutien à la fonda -tion de la République démocratique de Timor oriental et à la résistance du FRETILIN à l'invasion indonésienne, dont le ministre de la défense s'est rendu en janvier à Hanol. Dans l'arène internationale, comme en ce qui concerne la dynamique sociale de la réunification (voir "Inprecor" N° 42) le rôle de la révolution vietnamienne reste actif. De l'équilibre que la direction du PTVN déterminera entre les relations inter-gouvernementales et le soutien aux luttes des masses, de la qualité des liens, surtout, qui seront tissés avec la révolution dans le Sud-est asiatique dépendra le maintien de ce potentiel. Le Parti communiste vietnamien se voit aujourd'hui confronté à une triple tâche. Celle de la reconstruction à laquelle il tente de répondre en multipliant les aides sans dépendre pour autant de l'une d'entre elle et risquer de se voir inféoder même à l'un des "pays frères". Des tâches de solidarité envers des mouvements qui représentent la continuité du processus de révolution permanente à l'échelle régionale, tâches renforcées du fait même du succès de la lutte en Indochine. De délicats choix politiques, d'alliances et de soutien internationaux dans la détermination desquels les limites de la direction vietnamienne apparaissent plus nettement encore qu'auparavant.