Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER URSS

Après le XXVème Congrès

· Inprecor (première série) n° 47-48, 1er avril 1976 · p. 22-23 · 812 mots

URSS et Russie Stalinisme

ARISAN

Le XXV° Congrès du PCUS s'est tenu du 24 février - jour anniversaire du rapport secret de Khroutchev devant le XX° Congrès - au 5 mars - jour anniversaire de la mort de Staline. Deux dates marquantes de l'histoire de la bu -reaucratie mais qui, c'est le moins que l'on puisse dire, n'ont rencontré aucun écho durant les 10 jours du Congrès. Un spectacle morne et sans relief à l'image de ses acteurs : tribune de bureaucrates face à un parterre de bureaucrates. Sur les 4.900 délégués, 60 (!) au plus étaient des ouvriers ou des kolkhoziens, ce qui, même du point de vue du "décor" est tout à fait dérisoire. Congrès de l'autosatisfaction et de la bonne conscience bureaucratique. L'activité du Parti est justifiée à tous les niveaux. Les difficultés économiques ? Brejnev a blanchi le Parti de toute responsabilité, rejetant toute la faute sur les ministères qui n'ont pas su mettre en pratique la "juste ligne" et les décisions du précédent Congrès. Congrès de la stagnation. Face aux difficultés économiques, les seules solutions avancées sont la reconduction de la politique antérieure, avec une quasi-stagnation du niveau de vie des masses soviétiques. Congrès de l'immobilisme. La composition du nouveau Politbureau en est l'illustration la plus frappante. Aucun départ, à l'exception de celui de Poliansky - il fallait bien un responsable de la situation catastrophique dans l'agriculture -, malgré l'âge canonique de la plupart des membres du Politbureau (Pelche a 78 ans, Souslov 75 et les autres frisent les 70). Brejnev voit sa position renforcée, et son éloge par certains des délégués a été l'occasion de morceaux de flatterie dignes de la période stalinienne. Seule note discordante à l'intérieur du Congrès la querelle ouverte avec la plupart des PC

URSS

ERIC LAURENT occidentaux, qui a porté un rude coup à l'unité déjà fort branlante du mouvement communiste "international". Autre note discordante, cette fois à l'extérieur du Congrès : la grève de la faim de 80 prisonniers politiques dans les camps. Là encore, la quiétude des bureaucrates n'en a nullement été troublée. Le dossier que nous publions aujourd'hui comprend deux parties. La première est consacrée à un bilan de la politique intérieure durant la période Brejnev. Ce bilan cherche à analyser ce que cachent les eaux dormantes du XX Veme Congrès. Le déroulement du XXVème Congrès est la dernière manifestation de la stabilité apparente qui caractérise la période Brejnev, par opposition à la période précédente qui fut marquée par toute une série de soubresauts. Depuis 1964, le souci premier de l'équipe Brejnev a été de consolider et de maintenir le monolithisme du pouvoir de la bureaucratie. Cette politique a été payante à court terme, mais le prix à payer aujourd'hui est lourd, dans la mesure où cette stabilité n'a été obtenue qu'en repoussant les décisions économiques et politiques fondamentales, le consensus entre les différents représentants de la bureaucratie ne pouvant se réaliser que sur la base du plus petit dénominateur commun. La composition du nouveau Politbureau témoigne du degré de crispation entre les différentes factions, à un moment où le vieillissement de l'équipe dirigeante pose objectivement le problème de la succession. Succession qui risque de se poser dans le cadre d'une remontée massive du mécontentement des masses face à la totale incapacité de la bureaucratie à assurer une quelconque progression de leur niveau de vie. De ce point de vue, le XXV° Congrès marque l'ouverture d'une période de transition, période qui risque d'être beaucoup plus périlleuse pour le pouvoir de la bureaucratie.

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La deuxième partie de ce dossier comprend deux interviews. La première est une interview de Jaurès Medvedev, réalisée à Londres le 23 novembre 1975, à l'occasion de la conférence organisée par la revue Critique. Par ailleurs, nous publions l'intégralité de l'interview de Leonid Pliouchtch, réalisée à Paris début mars, et dont certains extraits ont été publiés dans le premier numéro du quotidien Rouge. Ces deux interviews éclairent sous un jour différent les problèmes et les contradictions de la société soviétique actuelle. La différence des points de vue exprimés par J. Medvedev et L. Pliouchtch tant sur l'opposition démocratique, la classe ouvrière que sur la question nationale, témoignent des débats qui traversent aujourd'hui l'aile gauche de l'opposition soviétique, opposition qui connalt, tous deux s'accordent à le reconnattre, une crise importante. Mais Pliouchtch et Medvedev sont d'accord sur un point fondamental : la nécessité et l'importance de la prise en charge par le mouvement ouvrier international de la défense systématique de tous les emprisonnés politiques aujourd'hui en Union soviétique. La libération de Léonid Pliouchtch est une première victoire remportée contre la bureaucratie. Il importe aujourd'hui de développer une large campagne internationale pour exiger la libération immédiate de tous les oppositionnels encore détenus dans les camps et les hôpitaux psychiatriques spéciaux, tant en URSS que dans les autres pays de l'Est.

BILAN DU

Ford. et Bregnev

BREJNEVISME

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