Le 12 mars 1976, le quotidien de l'après-midi, "A Capital", titre : "Les grèves tendent à s'accélérer". Analysant la relance du mouvement de lutte, il écrit : "La réouverture des négociations pour les contrats collectifs se traduit par une vague de grèves qui s'étend à tout le pays. Ces grèves ne sont pas seulement revendicatives, l'ensemble des conflits du travail exprime l'exacerbation du combat pour le maintien des conquêtes des travailleurs. En même temps, ces heurts révèlent une nouvelle volonté du patronat : beaucoup de grèves ne visent pas à améliorer les conditions de vie, mais tout simplement à imposer au patronat le respect des accords signés"'. Alors que la campagne électorale se prépare fiévreusement, les travailleurs portugais engagent une dure bataille défensive contre les nouvelles prétentions patronales. Pour la première fois depuis des décennies, en 1974 la classe ou -vrière portugaise se dotait d'instruments permettant l'expression indépendante de ses intérêts partis et syndicats. En un laps de temps réduit, elle multiplia les expériences, combinant une première vague de syndicalisation avec l'émerLe représentant de la CIP (Confédération des Industriels Portugais), Vasco de Melo, déclarait le 24 mars : "Le 25 novembre a mis fin à l'avant-gardisme politique, mais la confiance n'a cependant pas été rétablie du point de vue économique!' ("'A Capital"', 25.3.76). En outre, la CIP affirme : "La Constitution met en danger l'initiative privée et la situation est grave : on travaille moins et on gagne plus au Portugal depuis le 25 avril 1974". Quant aux technocrates de la SEDES, ils s'expriment ainsi : "'La situation est toujours marquée par une instabilité profonde, car malgré le 25 novembre les rapports de forces n'ont pas changé au Portugal. " Certes, les rapports de forces d'ensemble se sont modifiés depuis cette date, mais il est vrai que toute relance des investissements comme tout renforcement des positions du capital privé dans l'industrie et l'agriculture exige une attaque qualitativement plus forte contre les masses. Or les réponses des travailleurs à cette nouvelle phase de l'offensive capitaliste furent nombreuses ces dernières semaines et prirent des formes multiples, souvent nouvelles. Grèves avec occupation (Transports Estefania, Tome Feteira, usine de limes à Vieiria de Leira), grève avec piquet et séquestration des patrons (Firestone) reflètent une certaine jonction entre l'expérience passée gence d'organes embryonnaires de dualité de pouvoir (CT - CM). La rapidité de la montée et le manque de traditions politiques, organisationnelles du prolétariat portugais impliquait cependant une certaine superficialité du processus, qu'en négatif, le recul révéla. En outre, la débilité politique de la "gauche révolutionnaire", comme l'orientation des réformistes empêchèrent que les masses assimilent leurs actions et leurs réalisations. Après le 25 novembre, la classe ouvrière fait cette fois l'apprentissage d'une lutte défensive, tout en disposant de ses propres instruments de combat et, même les renforçant. En effet, la période actuelle est marquée par une deuxième vague de syndicalisation qui se développe dans le cadre de larges débats portant sur les statuts. et les plate-formes des syndicats. Le Congrès de 300 délégués des syndicats du textile, de l'industrie de la laine et du vêtement - secteurs qui regroupent 250. 000 travailleurs - indique par les thèmes qui furent discutés (contrôle ouvrier, planification, unité ouvriers-paysans, etc.) aussi comment le renforcement syndical s'interpénètre avec les acquis du passé. et les nécessités de la lutte défensive. A Coimbra les employés des transports publics font la grève du zèle; alors que les aides-pharmaciens déclarent, à l'échelle nationale, la grève des heures supplémentaires. Les travailleurs hospitaliers ont engagé une grève complète puis mirent en pratique la grève administrative dans divers hôpitaux, En outre, des mobilisations surgissent dans des branches décisives (métallurgie, construction) et dans des secteurs qui n'avaient pas engagé de luttes importantes jusqu'ici (employés municipaux, fonction publique). Enfin, dans la construction, à Beja, Braga et Sétubal, les ouvriers refusent de respecter les directives syn -dicales. Face à la tactique de l'arrêt de travail d'une heure, ils proclament la nécessité d'une grève plus dure, mieux organisée, afin de renégocier les contrats et affirment partir en grève le ler Avril sur cet objectif. La convergence entre cette riposte ouvrière et la campagne électorale suscite la crainte chez les directions réformistes. Soarès, le 26 mars, lance un appel au "peuple portugais" : "Pour une trève spéciale jusqu'aux élections". A la même date, la commission politique du PCP déclare : "C'est dans le cadre de ce plan réactionnaire qu'il faut comprendre l'utilisation du mécon-
PORTUGAL tentement, des problèmes et des justes revendications des masses pour provoquer, avant l'ouverture de la campagne électorale, une vague de grèves, une grande perturbation dans les services essentiels du pays. " Se présentant comme le seul parti de gouvernement, le PS veut affirmer sa vocation de "parti responsable", afin d'empêcher le PPD de mordre sur son électorat. Le PCP - qui avance le slogan : "Avec le PCP pour une majorité de gauche" - s'efforce aussi de consolider son image de "parti d'ordre". Tout ceci ne diminue pas les heurts avec le PPD et stimule par contre des tensions internes. Alors que les directions réformistes opposent la lutte contre l'attaque capitaliste à la "'bataille électorale". La bourgeoisie comprend que le potentiel de combat dans la classe ouvrière est loin d'avoir disparu et qu'elle ne peut pousser son avantage sans difficulté. Elle en saisit les conséquences et les crises politiques qui peuvent en découler, d'autant plus que la montée ouvrière en Espagne s'ajoute aux facteurs d'instabilité nationaux. Depuis deux ou trois semaines, elle manifeste moins d'optimisme quant au résultat électoral. A tel point que le chef d'Etat-Major, Eanes, affirme ouvertement que si les conditions de stabilité ne sont pas données par les élections, il lui semble difficile qu'un militaire accepte une charge présidentielle. Il vaut mieux, que les militaires conservent leur rôle d'arbitre. Alors que l'UDP (qui s'est renforcée considérablement dans les derniers mois) fait campagne sur le thème : "Contre la misère et le fascisme, unité du peuple tout entier", et que le MES place la sienne sous le slogan : "Pour l'unité du peuple contre le fascisme, pour le pouvoir populaire", la campagne électorale de la LCI prend d'autant plus d'importance comme élément de clarification politique et de réponse aux besoins objectifs des masses. 2222225 29999959 une PLATE-FORME LCI-PRT candidature révolutionnaire