Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

Une candidature révolutionnaire -- Plate-forme LCI-PRT

Inprecor (première série) n° 47-48, 1er avril 1976 · p. 8-10 · 2 045 mots

Portugal Mexique Syndicalisme

Nous publions ci-dessous l'accord pour une campagne électorale commune passé entre la LCI et le PRT, antérieurement à la légalisation de ce dernier. Le PRT décida, alors, de présenter sa propre liste et rompit cet accord. Pour l'essentiel, ce texte représente l'axe sur lequel les militants de la LCI engagent aujourd' hui leur campagne électorale. La LCI présente 330 candidats dans toutes les circonscriptions du Portugal continental. Son manifeste électoral vient d'être publié; Inprecor en reproduira certains extraits. Cette plate-forme parut dans l'hebdomadaire de la LCI "'Luta Proletaria"' du 10 mars 1976.

Dans la liste présentée par la Liga Comunista Internacionalista (LCI-organisation sympathisante de la IV° Internationale au Portugal) aux prochaines élections législatives du 25 avril 1976, seront inclus des candidats du Partido Revolucionario dos Trabalhadores (PRT). Les élections législatives revêtent une importance tout à fait particulière. Le Pacte représente la modalité que la bourgeoisie cherche à utiliser pour consolider son appareil d'Etat et attaquer les conquêtes des travailleurs (avec la complicité des directions réformistes du PCP et du PSP), en choisissant et en faisant élire un Président de la République tout puis -sant, appuyé sur un gouvernement fidèle et la collaboration de l'Assemblée législative. Dans la lignée de l'offensive développée par la bourgeoisie, le Pacte en est un aspect central que les révolutionnaires dénonceront et combattront de toutes leurs forces,

- conscients de leurs responsabilités face aux travailleurs au moment où la bourgeoisie, ses partis, ses institutions civiles et militaires préparent une offensive contre les masses

- animés par la même volonté de défendre une alternative réelle qui soit à la hauteur des aspirations exprimées par les travailleurs des villes et des campagnes dans les durs et nombreux combats qu'ils ont livrés, surtout les deux dernières années, contre le Capital et son Etat;

- convaincus, à l'instar d'un nombre croissant de travailleurs, qu'une telle alternative ne peut être l'oeuvre des directions du PSP et du PCP qui, en signant les pires compromis avec les institutions civiles et militaires de la bourgeoisie - comme le Pacte de la Révolution/Partis - renoncent à la défense des besoins et des intérêts des travailleurs; la LCI et le PRT organiseront en commun une campagne électorale et appellent les travailleurs à appuyer dès maintenant leur candidature révolutionnaire commune, représentée par la liste LCI et dont les principaux points de la plateforme sont les suivants:

1. CONTRE L'OFFENSIVE PATRONALE ET

GOUVERNEMENTALE, POUR L'ORGANISA -TION DE LA RIPOSTE OUVRIERE ! Le gouvernement et le Conseil de la Révolution, main dans la main avec le patronat, attaquent les droits et les conquêtes des travailleurs. Le pouvoir d'achat des travailleurs et leur niveau de vie sont mis en cause par l'augmentation galopante des prix, en même temps que s'intensifient sans cesse les tentatives d'ingérence de l'Etat bourgeois dans l'organisation du mouvement ouvrier. Les conquêtes arrachées aux patrons et aux latifundiaires par la

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force des mobilisations populaires, comme les nationalisations, le contrôle ouvrier et la réforme agraire sont en danger. Le gouvernement et le Conseil de la Révolution envoient la GNR et la PSP (1) tirer sur les travailleurs et leurs luttes, en même temps qu'ils protègent le retour des patrons saboteurs. Ils répriment les droits et l'organisation des soldats, alors que les chefs du 28 septembre et du ll mars retrouvent leur poste à l'Etat-Major. Ils maintiennent en prison des militaires et des militants antifascistes quand les tortionnaires de la PIDE et les principaux responsables du régime de Salazar-Caetano sont remis en liberté. Face à cette offensive concertée et planifiée de la bourgeoisie, les candidats révolutionnaires défendront, dans leur campagne, la nécessité d'un Plan de lutte d'urgence, c'est-à-dire d'une plate-forme unitaire pour la riposte des travailleurs et de leurs organisations politiques et de masse (syndicats, commissions de travailleurs, unités collectives de production, etc...).

2.POUR POUR L'UNITE DE LA CLASSE OUVRIERE,

POUR LA DEMOCRATIE PROLETARIENNE ! Pour imposer aujourd'hui son plan d'austérité, pour tenter d'attaquer encore plus profondément demain les conquêtes et les luttes des masses travailleuses, la bourgeoisie, quelles que soient ses divergences apparentes, se met toujours d'accord. Contre elle, quelles que soient leurs divergences, quels que soient les partis dont ils se réclament, les travailleurs et leurs organisations doivent s'unir. Jusqu'à présent, en dépit de toute leur démagogie, les directions du PSP et du PCP ont tout fait pour saboter cette indispensable unité. De fait, la direction du PSP et celle du PCP privilégient toujours la collaboration avec la bourgeoisie, le MFA et les institutions bourgeoises en général; leur participation commune aux divers gouvernements provisoires en témoigne avec éloquence. La direction du PCP, qui parle tant de la nécessité de la démocratie et de l'unité des travailleurs, a utilisé et utilise encore les pires méthodes bureaucratiques pour assurer son contrôle sur le mouvement ouvrier, sur les organisations de travailleurs, sur l'Intersyncale. La direction du PSP, qui ne lui cède en rien quant à la défense démagogique de l'unité et de la démocratie, a avalisé et avalise encore aujourd'hui au bème gouvernement une politique ouvertement anti-ouvrière et contre-révolutionnaire. Mais d'importants secteurs de travailleurs luttent aujourd'hui sur leurs lieux de travail pour l'unité de leur classe. Les prises de position des divers syndicats, dirigés tant par des militants du PSP que par des militants du PCP ou d'autres courants politiques du mouvement ouvrier, le prouvent. Cette unité, le

Front Unique Ouvrier est pourtant possible et nécessaire. Mais il exige le respect absolu du droit d'expression et d'organisation de toutes les tendances du mouvement ouvrier, dans et hors les organisations de travailleurs. C'est pour cela que les candidats révolutionnaires se feront les défenseurs intransigeants de l'unité ouvrière et de la démocratie prolé-

Et c'est ainsi qu'aujourd'hui, pour aider à organiser la riposte ouvrière contre l'offensive de la bourgeoisie, les candidats révolutionnaires défendront la convocation d'un Congrès démocratique de tous les syndicats, où puissent s'exprimer librement toutes les propositions de lutte et différences d'opinion, qui approuve un plan de lutte d'urgence et organise la mobilisation des travailleurs dans les syndicats et les CT pour sa défense et son application. Ce Congrès sera aussi le premier pas pour constituer véritablement la Centrale syndicale unique des travailleurs (Intersyndicale) où soit reconnu le droit de tendance. 3.POUR POUR UN QUI QUI DEFENDE LES INTERETS DES TRAVAILLEURS! Les travailleurs portugais ont déjà une trop longue expérience de gouvernements de collaboration de classe (avec les partis de la bourgeoisie et le MFA), dans lesquels les partis ouvriers, utilisant la confiance que leur donne encore une majorité des travailleurs, n'ont fait que sauvegarder les intérêts essentiels de la bourgeoisie. Pour défendre et étendre leurs conquêtes, les ouvriers, les paysans, les travailleurs portugais n'ont rien à attendre de la collaboration ni avec les généraux ni avec les politiciens bourgeois. Il leur faut un gouvernement qui s'appuie sur une centralisation démocratique et nationale des organisations syndicales et de lutte (CT) des travailleurs, un gouvernement qui soit responsable devant eux; il leur faut un gouvernement qui applique un programme répondant à leurs aspirations et à leurs besoins et qui prenne des mesures pour briser le pouvoir du Capital. C'est le sens de la lutte pour ur gouvernement ouvrier et paysan, dont les candidats tionnaires se feront les défenseurs pendant la campagne électorale. Dans cette perspective, ils feront tout pour dénoncer la politique de capitulation des directions des partis majoritaires de la classe ouvrière, qui a sauvé la bourgeoisie de la débâcle dans les moments les plus difficiles. Ils dénonceront devant tous les travailleurs, et particulièrement ceux du PSP et du PCP, la signature par leurs directions du Pacte Conseil de la Révolution/ Partis qui n'est qu'une arme pour construire un Etat entièrement tourné vers la défense des intérêts du Capital et la répression des travailleurs, de leurs luttes et de leurs organisations.

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PORTUGAL Aujourd'hui, ils exigeront des directions du PCP et du PSP, en tant qu'organisations majoritaires dans le mouvement ouvrier, qu'elles rompent avec la bourgeoisie, rejettent ses institutions - particulièrement le Conseil de la Révolution -, déchirent son Pacte et prennent leurs responsabilités en constituant un gouvernement sans représentants civils ou militaires de la bourgeoisie, qui applique un programme de lutte anticapitaliste défini par les organisations de masse des travailleurs (syndicats, CT, unités collectives de production, exploitations agricoles collectives, etc...) et qui soit, en cette phase de la lutte des classes, directement responsable devant un Congrès démocratique de tous les syndicats dont la convocation devra être un pas important pour la réalisation ultérieure d'un Congrès national des Commissions de travailleurs. 4•POUR POUR LE SOCIALISME: POUR LE POUVOIR DES TRAVAILLEURS ! Les travailleurs portugais ont mis à l'ordre du jour l'actualité de la Révolution socialiste. Par leurs luttes et leurs mobilisations, par la combativité qu'ils ont révélé au cours de ces deux dernières années et surtout par les formes d'organisation autonome dont ils se sont dotés dans leurs luttes contre le Capital, la classe ouvrière et les masses laborieuses portugaises ont inauguré un nouveau cycle de luttes ouvrières en Europe et ont clairement montré le chemin à suivre pour la prise du pouvoir : construire dans chaque entreprise, sur chaque lieu de travail, les organes de démocratie prolétarienne pour organiser la lutte des masses exploitées contre le patronat et son Etat - les Commissions de travailleurs. Ce sont elles, démocratiquement élues dans chaque entreprise, qui peuvent représenter et faire valoir la volonté des travailleurs pour appliquer le contrôle ouvrier, pour lutter contre le sabotage et l'arbitraire des patrons dans les entreprises. Et c'est donc à partir d'elles, à partir de leur renforcement, de leur généralisation et de leur centralisation que les travailleurs pourront construire leur futur pouvoir, en opposition complète au pouvoir de la bourgeoisie et de son Etat. Les travailleurs ont besoin de centraliser leur volonté, tout comme la bourgeoisie centralise la sienne dans son Etat. Pour cette raison, les candidats révolutionnaires défendront la perspective que seules les organisations démocratiques dans les entreprises - les Commissions de travailleurs - et leur coordination en un Congrès national des CT qui centralise le contrôle ouvrier et commence la planification de l'économie au service des travailleurs, fournira une réponse socialiste à la crise actuelle. Là est le sens de la lutte pour le socialisme, pour le pouvoir des travailleurs, pouvoir qui n'a rien à voir avec les Etats ouvriers bureaucratisés, comme en URSS, en Chine et en Albanie. Ce seront les travailleurs qui exerceront leur propre pouvoir. Et le pouvoir ne pourra exister que si les masses exploitées et opprimées des villes et des campagnes elles-mêmes, après avoir détruit le pouvoir de la bourgeoisie qui les exploite et les opprime, prennent en mains la direction de l'économie et de la politique, de toute la vie sociale. Voilà la tâche des Conseils ouvriers sur lesquels s'appuyeront la Révolution socialiste et la dictature du prolétariat. 5.CONSTRUIRE LE PARTI REVOLUTIONNAIRE, CONSTRUIRE LA SECTION PORTUGAISE DE LA IV° INTERNATIONALE! La tâche centrale des révolutionnaires au Portugal continue à être la construction d'une direction prolétarienne de la lutte des masses, d'un Parti révolutionnaire. Trahie en permanence par la direction stalinienne du PCP et par la direction social-démocrate du PSP, qui préfèrent la défense des fauteuils ministériels à la défense des intérêts des travailleurs, la classe ouvrière portugaise a déjà démontré et démontre encore aujourd'hui que son combat ne passe pas par les compromis et par la collaboration avec la bourgeoisie, ses partis et ses institutions. Dans les luttes d'entreprise, dans les grèves et les mobilisations ouvrières se forgent et s'éduquent les véritables dirigeants des travailleurs, ceux qui conduiront demain les masses laborieuses vers la conquête du pouvoir. Sans la construction d'un Parti révolutionnaire qui organise les travailleurs les plus conscients et les plus capables de diriger la lutte révolutionnaire des ouvriers, paysans et soldats, aucune Révolution socialiste victorieuse n'est possible. C'est ce que nous enseignent des dizaines et des dizaines d'années de lutte de la classe ouvrière dans le monde entier. Développer tous les efforts pour accomplir cette tâche est l'objectif principal de tous les révolutionnaires portugais. L'unification des forces marxistes-révolutionnaires est un pas décisif dans cette direction. La campagne unitaire organisée par la LCI et par le PRT pour les élections législatives constitue une démonstration concrète du désir des deux organisations de s'engager dans un processus d'unification pour la construction de la section portugaise de la IV° Internationale, selon des modalités qui seront ultérieurement rendues publiques. LCI-PRT Le 8 mars 1976

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