Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ESPAGNE

Plus un seul crime ! -- Déclaration de la Liga Comunista

· Inprecor (première série) n° 47-48, 1er avril 1976 · p. 5-7 · 1 625 mots

État espagnol Syndicalisme

AVANCER AVEC RESOLUTION VERS LE RENVERSEMENT DE LA DICTATURE !

Déclaration de la Liga Comunista

Depuis le 9 janvier, les travailleurs des Forges d'Alava, Mevosa et d'autres nombreuses entreprises de Vitoria ont mené une grève dure et exemplaire pour obtenir la satisfaction de leurs justes revendications. Parmi celles-ci il y avait, comme point essentiels, outre les augmentations de salaires..., la réadmission de leurs camarades licenciés, la libération des détenus et la volonté d'imposer la négociation directe au patronat, par l'intermédiaire de représentants authentiques, élus dans les assemblées, révocables par elles et completement en dehors de la pourriture de la CNS Les ouvriers de Vitoria, en rompant consciemment avec le syndicat vertical ont révoqué les délégués syndicaux et ceux des comités d'entreprises des Forges, de Mevosa, d'Areito et ont élu des comités dans les assemblées d'usines et les ont coordonnés. De cette manière, ils ont constitué leur Comité central de grève, leur "Assemblée des représentants", qui intègraient les Commissions ouvrières, les étudiants... et dirigeaient la lutte. Avant le durcissement du patronat et des autorités, l'"Assemblée des représentants" a appelé la population de Vitoria à une grève générale pour le 3 mars. La classe ouvrière et la population de Vitoria ont répondu comme un seul homme à l'appel, en paralysant la production et en formant d'énormes manifestations à partir des usines et des quartiers jusqu'au centre de la ville. La réponse de la police de Fraga fut un massacre provoquant la mort de 4 camarades et blessant par balles environ 150 autres. Pourtant Vitoria ne se laissera pas intimider. Elle répondra avec courage, en organisant une grève générale hérolque qui entrera en confrontation ouverte avec les forces de répression. Au coude à coude avec le peuple d'Alava, l'Euzkadi entière sera "sur pied de grève", se mettant en grève générale le 8, faisant face bravement aux brutalités policières. Dans tout le pays il y aura des débrayages et des manifestations d'inégale intensité, certaines très marquantes comme à Tarragone. Durant ces mobilisations, la répression fera de nouvelles victimes. Deux camarades de plus seront tués par balles et de nombreux autres seront blessés, dont certains très gravement, continuant la chaîne meurtrière de Elda (1) et du travailleur de la construction mort à Barcelone. C'est aussi à cause de ces crimes qu'il ne faut plus accepter la démagogie "démocratisante". Le travestissement criminel du gouvernement ne doit plus continuer. Si ni les discours ni les déclarations des Arias, des Fraga et Areilza, ne sont suffisants, les mesures économiques, la militarisation, la répression sauvage et les récents assassinats ne permettent plus aucun doute. Pourtant, ces morts et la vigoureuse réponse des masses ne font qu'aiguiser plus gravement encore les déchirements du gouvernement et accélérer de manière décisive la crise d'une dictature souillée de sang et touchée à mort. L'ébranlement de la CNS par les luttes ou -vrières, le débordement de l'appareil répressif par l'action directe des travailleurs et des opprimés, le début de la crise au sein de cet appareil et de l'Armée elle-même, l'accroissement de tensions explosives entre les divers clans du régime ... marquent un moment décisif de la faillite du franquisme couronné. Pourtant ce n'est pas seulement le gouvernement qui se démasque devant les travailleurs... L! "opposition démocratique" bourgeoise, les Ruiz Jimenez, Tierno Galvan, Pujol... qui "font leur nid" dans la Junte, la Convergence et les Conseils, nous montrent également leur vrai visage. Face à l'offensive des ouvriers et des opprimés ils ont appelé à ce que cesse la "pression de la grève sur le gouvernement" pour que "l'eau ne déborde pas". Même après le discours de Arias devant les Cortès, ils ont continué en affirmant la "volonté de dé -mocratisation" de Fraga, en répétant une fois de plus l'appel à la réconciliation et les applaudissements à la Police, ce chien de garde du Capital. Et maintenant, terrorisés par l'avance de la mobilisation ouvrière et populaire, ils font chorus avec le gouvernement, les capitalistes et leur presse et lancent une sale campagne contre les piquets volants de grève et d'auto-défense des masses contre la police. L' "Assemblée de Catalogne", comble du cynisme et de l'insolence, s'opposera ouvertement à la mobilisation après le meurtre de l'ouvrier de Tarragone. Elle appellera les travailleurs et la population tarragonaise à ne pas participer à la grève générale et à ce que ceux qui assisteront aux funérailles ne se réunissent pas, ne fassent aucune manifestation à la fin de la cérémonie, mais retournent à leur travail et dans leurs foyers, arguant qu'il ne fallait pas "provoquer plus d'inquiétu -de" (!!) Avec tout cela, ces bourgeois "oppositionnels" nous montrent de manière évidente la vraie nature de la "rupture démocratique" qu'ils nous proposent. Une rupture qui n'est

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rien d'autre que la tentative désespérée de maintenir les aspects fondamentaux de la dictature franquiste ... de manière à ne pas mettre en danger la propriété des banquiers et des monopoles. Pourtant le problème primordial n'est pas ce que font ou disent ces gens qui, par eux-mêmes, n'ont aucune influence dans le mouvement ouvrier et populaire. Le fait fondamental est que les partis de la classe ouvrière avec lesquels ils sont alliés, au lieu de démasquer leurs manoeuvres, se convertissent en porte-paroles de leurs intentions dans le mouvement ouvrier. Le PCE, par exemple, refusera d'impulser la mobilisation prévue contre les crimes et au lieu de proposer des débrayages et des manifestations il appellera à "une minute de silence" et tout au plus à des débrayages "symboliques". Loin de combattre avec force la croisade réactionnaire menée contre les méthodes d'action directe, ils sont ses plus acharnés défenseurs. Ainsi, les PSUC - branche catalane du PCE - dans une déclaration de son Comité Exécutif, prenant comme excuse indécente la "destruction de quelques cabines téléphoniques", affrontera ouvertement la lutte dure des tra -vailleurs de la construction de Barcelone, dénonçant de manière criminelle et traitre les piquets de travailleurs comme des "groupes de fascistes ou de provocateurs extérieurs au mouvem ent ouvrier' . Cette même position sera adoptée, par l'intermédiaire du PSUC, par la Commission Ouvrière nationale de Catalogne, dans un communiqué public... Pourtant, malgré tout, ce que montrent manifestement les derniers événements , c'est que chaque jour de vie supplémentaire de la dictature signifie un poids douloureux et insupportable pour la classe ouvrière et le peuple. Ils montrent dans le sang, que face à la continuation de la monarchie de Juan Carlos, la seule issue est le renversement de la dictature par la grève générale. Que la dite "rupture démocratique" n'est rien de plus qu'une fraude pour tromper les travailleurs et paralyser leur lutte, un obstacle sur leur chemin. Aujourd'hui, la débilité de la dictature et la conscience que tous les exploités et opprimés ont de cette faiblesse et de leur propre force, rendent possible plus que jamais un saut décisif vers la grève générale. Cela exige de tous les partis et organisations de la classe ouvrière qu'ils abandonnent des positions comme celles mentionnées ci-dessus et consacrent leurs forces à la grève générale, en renforçant l'offensive actuelle des masses, en lui incorporant les précieuses leçons des dernières mobilisations. Sur le chemin de Vitoria et d'Euzkadi Pour les revendications les plus élémentaires, et en premier lieu contre les crimes et en solidarité avec la population de Vitoria. Pour l'annulation des sanctions et des licenciements et pour la libération des détenus. Pour la dissolution des corps répressifs. Pour l'établissement des responsabilités dans les crimes fascistes au moyen de tribunaux élus par le peuple. Tout cela par la voie des conquêtes que nous sommes en train d'imposer. En réalisant des assemblées d'usines et de branches. En élisant des comités de grève comme centres d'organisation et de direction de la lutte. En suscitant des Comités centraux de grève du type de l' "'Assemblée des représentants" de Vitoria. En imposant la négociation directe avec le patronat. En faisant se démettre des "candidatures unitaires" les délégués et membres des comités d'entreprises honnêtes qui en aucun cas ne doivent mettre leur attachement à leur poste au-dessus des tâches posées par la lutte, au-dessus des exigences qui leur incombent en tant que combattants dans lesquels les travailleurs ont mis leur confiance. En convoquent des manifestations de rue. En défendant ces actions et toutes les autres contre la répression, par les piquets organisés par les Commissions Ouvrières, les comités de grève... En mettant le maximun de forces à impulser le puissant mouvement actuel de reconstruction des Commissions Ouvrières. En imposant des assemblées libres dans les locaux de la CNS. Pour prendre le chemin que nous indiquons, il est nécessaire de s'atteler à la préparation d'une Journée générale de lutte à l'échelle de tout le pays, en impulsant des actions générales de branches et de secteurs, en les centralisant au niveau des localités et en les élargissant à l'échelle de chaque nationalité. La réalisation de cette journée chanceler le Gouvernement; elle serait fondamentale pour la conquête des revendications et signifierait un pas de géant vers la grève générale qui en finira une fois pour toutes avec l'odieuse Dictature. Ce plan que nous proposons s'oppose radicalement à celui des bourgeois et des capitalistes de la Junte, de la Convergence et du Conseil. Ceux-ci, terrorisés par l'avance des travailleurs, mènent une bataille désespérée pour la contenir et la paralyser. Au nom des exigences actuelles du mouvement ouvrier, le PCE, le PSOE, les Commissions Ouvrières et les autres partis et organisations de la classe ouvrière doivent rompre avec ces bourgeois. C'est ainsi, par ailleurs, que l'on pourra éliminer les divisions qu'imposent ces organismes de collaboration avec le Capital et arriver à l'unité du mouvement ouvrier.

Déclaration du Bureau Politique de la "'LIGA COMUNISTA" 1l mars 1976 (Organisation sympathisante de la IV ° Internationale) (1) Elda, village du sud de l'Espagne où un travailleur a été tué.

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