Résolution politique adoptée par le Comité les 3 et 4 avril 1976. (1)
*les échees
du Pouvoir
LA FRAGILITE DE LA "REPRISE"
I-La crise économique avait déjà porté un coup très dur à l'image de marque de Giscard, construite à partir de ses prétendues qualités de gestionnaire, de technicien de l'économie. L'impression largement répandue parmi les masses d'un pouvoir qui ne contrôle en rien l'évolution de la situation économique et dont les pronostics sont systématiquement démentis, a donc porté atteinte à sa crédibilité.
2- La reprise (de septembre à février, la production industrielle a augmenté de 7%, mais est encore inférieure de 5,5% à celle de janvier 1974) qui pouvait devenir l'atout majeur face à l'Union de la Gauche (UG), demeure fragile.
Elle est essentiellement alimentée par le restockage des entreprises (dont le niveau reste cependant inférieur à celui de 1974), par l'utilisation des facilités financières conjoncturelles accordées par le pouvoir dans le cadre des différents plans de relance, par la reprise de la consommation liée en partie au desserrement du crédit (le ministre des finances, Fourcade, vient d'ailleurs de décider de resserrer le crédit et de relever le taux de base).
3-La fragilité de cette reprise se mesure à certains indices importants :
Central de la Ligue Communiste Révolutionnaire section française de la Quatrième Internationale Les titres et les intertritres sont de la rédaction.
- le redémarrage de l'inflation -1, 1% en janvier, 0, 7% en février (1,2% selon l'indice CGT) - va être accéléré par les autorisations de hausse données aux industriels qui font de cette libération des prix une condition de la reprise de l'investissement; tant et si bien que la courbe du premier semestre tend vers 11 à 12% de taux d'inflation annuel.
- le déficit accentué de la balance commerciale (moins de 95% du taux de couverture en janvier 1976) continuera à s'aggraver sous l'effet de la dévaluation de fait du franc qui entraine une hausse du prix de l'énergie sans amélio rer la compétitivité des produits français sur les marchés étrangers.
- le maintien d'un taux de chômage très important qui n'est pas à moyen terme réductible, même si le chômage partiel, lui, tend à diminuer avec la reprise de l'activité industrielle.
- enfin l'investissement demeure très ralenti et témoigne de la défiance du patronat face à un pouvoir qu'il juge incapable de garantir la paix sociale (en 1975 : - 10% en volume d'investissements par rapport à 1974; pour 1976 on prévoit le même niveau qu'en 1975).
4-Il convient d'ajouter à ces facteurs des éléments qui relèvent de phénomènes plus structurels de l'économie française et qui sont eux aussi des obstacles à la reprise.
- l'endettement très important des entreprises réduit de façon considérable les marges d'autofinancement et les rendent très dépendantes du marché financier.
- la crise, si elle a contribué à accélérer le mouvement de concentration de l'appareil productif en liquidant les secteurs jugés non rentables (augmentation considérable du nombre de faillites) n'a été ni assez durable, ni assez profonde pour "assainir" cet appareil. Si bien que la bourgeoisie doit payer le prix du maintien d'un appareil de production qui demeure dans certains
secteurs encore archaique. De plus, se développe un mécontentement de couches sociales (artisans; commerçants, petites et moyennes entreprises -PME-) lésées dans leurs intérêts, alors que celles-ci étaient jusqu'à présent les plus solides supports du régime. 5-D'autre part, la crise a largement contribué à une quasi complète paralysie de la Communauté Européenne. La dévaluation du franc (qui a coûté 33% des réserves en or et devises), la chute de la lire et de la livre sterling, rendent caduque le projet de l'union monétaire et risquent d'accélérer les tendances protectionnistes dans les différents Etats membres, diminuant ainsi d'autant le niveau déjà bas des échanges internationaux. Le Marché Commun agricole a lui aussi été largement secoué par la crise. Ce sont les paysans qui en ont fait les frais, avec une baisse du pouvoir d'achat qui s'est maintenue depuis deux ans, alors que les problèmes du lait et du vin (secteurs où domine la petite exploitation) deviennent explosifs. L'EFFRITEMENT DE LA BASE SOCIALE DU REGIME
1-Les conséquences au niveau politique sont d'autant plus importantes que le régime avait largement fondé son crédit sur ses capacités économiques; de là découle sa remise en cause par une partie de la bourgeoisie.
- sur le plan économique, l'échec de Giscard se mesure à la perte de la confiance d'une partie du patronat, qui refuse désormais d'accepter toute réforme promulguée par un pouvoir qu'il juge peu efficace.
- le projet européen, qui devait être la grande idée du "giscardisme", l'alliance Paris-Bonn, se trouvent renvoyés aux calendes grecques et le problème de l'élection au parlement européen perdra sa fonction de pomme de discorde au sein de l'UG.
- entin au niveau international, la perspective de la victoire de l'UG contribue à dévaloriser le pouvoir en place. La bourgeoisie internationale, en premier lieu celle des USA, s'interroge sur les conséquences d'une victoire de la gauche et s'apprête à définir une tactique par rapport à elle. 2-La base sociale du régime continue à s'effriter : à la fois conséquence de la situation sociale et économique du pays (restructuration - liquidation de secteurs archaiques, etc. ..) et de la crise sociale politique qui secoue les institutions (évolution dans l'Eglise). Mais ceci n'est pas compensé par un gain d'influence dans de nouvelles couches, contrairement à l'ambition giscardienne. De plus, des secteurs entiers de la petite-bourgeoisie traditionnelle entrent en opposition directe avec le régime et de façon d'autant plus violente que des régions entières vivent aujourd'hui toutes les conséquences de la politique de l'Etat fort, notamment dans la destruction des rapports classiques de clientèle. Les aspirations régionalistes cristallisent ainsi, dans des ensembles régionaux homogènes, la défiance de couches sociales diverses envers le pouvoir giscardien. Cette défiance et ces aspi -rations peuvent prendre un caractère anti-capitaliste durable sous l'influence de deux facteurs - la radicalisation massive d'une paysannerie exploitée face aux projets bourgeois de liquidation accélérée des structures agraires inadaptées à la pénétration du capital - l'alliance de cette paysannerie au travers des structures locales de luttes ou des courants régionalistes, avec le mouvement ouvrier organisé. 3-Alors que le projet Giscard - de capter une partie de ces couches, nées du développement du capitalisme, pour compenser la disparition de points d'appui traditionnels de la bourgeoisie - était issu d'une prise de conscience lucide de l'érosion continue de la base sociale du régime de De Gaulle à Pompidou, l'échec de toute la démagogie moderniste et réformatrice face à un PS qui lui, bénéficie pleinement du développement de ces couches, cantonne Giscard à la base sociale étroite du pompidolisme. Cet échec avive les contradictions au sein de la majorité présidentielle, contradictions qui ne sont pas réductibles à des querelles de cliques ou de clans. Elles manifestent le désarroi profond du personnel politique de la bourgeoisie. C'est dans ce cadre qu'il faut interpréter les résultats des élections cantonales. Cantonales hors du commun, en ce sens que, dans la conjoncture, elles perdraient toute une partie de leur fonction traditionnelle pour devenir un affrontement national entre les deux blocs, cristallisant sur le terrain électoral la polarisation politique croissante dans le pays. Ces élections ont donc servi de révélateur à tous les niveaux : dans l'UG pour faire le point sur les rapports de force PC/PS, dans la bourgeoisie comme sonnette d'alarme face à l'UG, et enfin parmi les masses pour mettre en évidence la faiblesse du régime. Tant et si bien que la prise de conscience qui est née des résultats des cantonales (la majorité est minoritaire), devient un phénomène objectif pesant dans les luttes des travailleurs, compte tenu justement de l'éducation électoraliste du mouvement ouvrier. 4 - La diversité des réponses proposées par la bourgeoisie - de Debré et son gouvernement de Salut National à Chinaud et sa Troika (2), en passant par Faure qui veut excommunier le PS - ne doit pas faire illusion. Les réponses ont toutes un point commun : elles tirent le bilan d'échec de la tentative giscardienne de l'ouverture à gauche (attirer le PS ou une partie de l'électorat de l'UG) et elles mettent en avant la nécessité de revenir aux thèmes traditionnels de la droite (ordre-sécurité) en brandissant l'épouvantail du "collectivisme". Il s'agit donc bien là d'un virage à
droite au niveau idéologique et politique. Le giscardisme décidément ne se défait pas du pompidolisme.
La grande illusion giscardienne d'un parti libéral contournant ou cassant l'UDR Union des Démocrates pour la République, parti gaulliste) part en fumée. Il faut parer au plus pressé. La nomination de Chirac comme coordinateur est aussi de ce point de vue là un retour amer à la réalité et va accentuer encore plus le poids du conservatisme dans la nouvelle politique du pouvoir en faisant dépendre plus étroitement Giscard de l'UDR, même si cette nomination ne va pas pas sans susciter de profonds remous dans la majorité.
5-Le virage à droite était déjà visible dans la pratique, avec le développement de la répression anti-syndicale dans les entreprises; il se trouve confirmé et accentué. Il faut donc s'attendre à un cours beaucoup plus dur de la politique du pouvoir, à l'accentuation de la politique répressive pour tenter de casser, avant 1978, la combativité ouvrière et de faire payer à celle-ci le prix de la reprise.
* PS et PCF
après les élections
LA PERCEE ELECTORALE DU PS
1-Les cantonales ont confirmé l'ascension du PS et le développement de son implantation. On peut cependant relever que dans les cantons où la vieille SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière, ancienne dénomination du Parti Socialiste) était la plus implantée, il y a tassement, voire recul, des voix du PS. C'est aussi en grande partie là que le report des voix sur le PCF a été le plus difficile. Les faits témoignent de la transformation profonde de l'électorat du PS, liée à l'évolution même de la structure sociale, qu'on ne saurait confondre avec l'ancien électorat SFIO. On peut également noter les progrès massifs du PS dans les banlieues ouvrières, qui témoignent également de l'accroissement de son audience sinon de son organisation dans les entreprises.
2-L'accélération des échéances avive également les débats au sein du PS et oblige Mitterand à homogénéiser plus rapidement l'appareil en fonction des élections législatives de 1978. Le congrès extraordinaire prévu pour les 15 et 16 mai devrait lui permettre de développer l'offensive dans ce sens.
Même si le PS continue de répondre aux accusations du PCF, on peut noter la volonté de limiter la polémique.
3-Le rôle et le poids personnel de Mitterand se trouvent évidemment renforcés par ce succès. Il se prépare aux yeux de tous à sa fonction de chef d'Etat en nouant au niveau international les relations nécessaires :
- voyage à Alger en février 1976
- discussion avec l'ambassadeur des Etats-Unis où sont vraisemblablement débattues les conditions et les garanties, en cas de victoire de l'UG, (OTAN, rapports avec l'URSS, etc...)
- dans le cadre même de l'Internationale Socialiste, où sa position se trouve confortée par les résultats, il négocie l'attitude de l'Europe socialdémocrate face à une France gouvernée par l'UG. Mitterand gagne son pari : faire renaitre le PS par l'alliance avec le PCF, gagner dans l'UG une position hégémonique pour arriver au pouvoir. Ceci dit, après les cantonales, le PS s'est empressé de lutter contre tout "triomphalisme" et d'affirmer qu'il n'était pas pour les élections anticipées. Il compte que le temps travaille pour lui et que d'ici 1978 la majorité sera encore plus érodée que maintenant; il compte lui aussi parvenir au pouvoir dans un contexte économique plus serein laissant à Giscard le soin de subir la crise, Enfin, il tient à disposer d'un appareil prêt à assumer les responsabilités de gestion de l'Etat, alors même qu'il en est écarté depuis 20 ans, LE MAINTIEN DE LA TACTIQUE DU PCF
1- Le XXII° Congrès du PCF avait provoqué des remous au sein du parti. La place du parti dans l'UG, les rapports avec l'URSS, les interrogations et le malaise s'étaient cristallisés sur le problème de la "dictature du prolétariat". De ce point de vue, les cantonales représentaient un test important pour la ligne Marchais. Or, le PCF maintient globalement ses positions électorales, même si l'on peut noter une érosion dans ses anciens fiefs, le plus souvent d'ailleurs au profit du PS. Néanmoins il y a un redressement par rapport aux précédents résultats des élections législatives partielles.
2-La réaction du PCF face aux résultats des cantonales est éclairante :
- mise en avant systématique des "bavures" (voir rapport de René Piquet, au nom du Bureau Politique, selon lequel 30% des voix socialistes ne se seraient pas reportées sur le PCF !!!
- sous-estimation volontaire de la victoire électorale de l'UG - amorce d'une politique "italienne" : cette majorité n'est pas suffisante, en conviction politique et en nombre. Marchais déclare : "sans un rassemblement populaire largement majoritaire nous ne gagnerons pas"
On justifie ainsi aux yeux des militants le refus de poser le problème du pouvoir maintenant (refus des élections anticipées) en les mobilisant sur le renforcement du "Parti" et l'''Union du Peuple de France". La politique du PCF se trouve donc purement et simplement reconduite comme si les cantoneles n'avaient pas eu lieu. La direction du PCF refuse d'ouvrir une perspective politique autre que celle des élections municipales de 1977 et celle des législatives 1978. Laurent Salini, dans un éditorial de l'Humanité , écrit : "il n'y a aucun autre moyen d'en sortir que l'action collective, l'action démocratique dont le vote est le moment crucial"'. Dans les luttes, le PCF offre à ses militants comme seul débouché : le renforcement du par-
3-Sur le plan des rapports avec l'URSS, la politique de distanciation continue et devient plus offensive de part et d'autre, sans pour autant remettre en cause la solidarité de fond qui unit les bureaucrates:
- rapport de Souslov dans la Pravda qui condamne les "variantes régionales ou nationales du marxisme'';
- réaction des Jeunesses Communistes (JC) à la visite des jeunes UDR et des jeunes Giscardiens en Roumanie;
- dénonciation par Kanapa de l'''internationalisme russe" qui justifia l'intervention en Tché-
- affirmation publique de Marchais des différends quant à la conférence européenne des PC. Le PCF est en train de gagner un maximum d'autonomie par rapport à la bureaucratie soviétique, suivant en cela le modèle italien. LE REGAIN OFFENSIF DE LA COMBATIVITE OUVRIERE
1- La classe ouvrière française a globalement résisté à la volonté du patronat de lui faire payer la crise. En France, sur le plan de la défense du pouvoir d'achat, la classe ouvrière a mieux résisté que celle des autres pays européens. Le haut niveau de combativité s'est maintenu, comme en témoignent les multiples luttes sur l'emploi qui ont marqué l'année 1975. Cependant, depuis la grève de la Fonction Publique du 9 mars 1976, on assiste à une reprise des luttes relayées dans la SNCF (Société Nationale des Chemins de fer Français) et la métallurgie. Des facteurs traditionnels peuvent contribuer à expliquer ce regain offensif : période de négociations des conventions, premiers effets de la reprise sur la combativité ouvrière. Mais un des facteurs dominant a été le résultat des cantonales, qui, en concrétisant l'alternative politique, a renforcé la confiance des travailleurs et leur volonté de combat. L'attentisme qui caractérisait la période précédente se trouve nuancé : la révélation de la faiblesse du régime suscite le sentiment qu'il est possible d'arracher des revendications tout de suite et en même temps enracine l'idée de la victoire probable en 1978.
2-Ces mouvements (Fonction Publique, SNCF, métallurgie) ont quelques caractères communs :
- le thème de la lutte se déplace : d'une lutte défensive sur l'emploi à une lutte plus offensive sur les salaires et le pouvoir d'achat formulé partout en terme d'augmentation uniforme .
- les mobilisations sont massives et expriment tout le mécontentement accumulé. Elles ne se limitent plus à des mouvements localisés et combatifs, mais entrainent des secteurs entiers de la classe ouvrière;
- du fait même de la participation massive, un fossé risque de se creuser entre l'avant-garde large et les travailleurs combatifs - sceptiques quant aux formes classiques de luttes proposées par les directions syndicales - et la masse des travailleurs pour laquelle la grève, même dans ce cadre, exprime une première prise de conscience.
- enfin, audépart, ces mouvements sont vécus comme profondément unitaires par les travailleurs du fait de la participation, sous leur pression, de tous les syndicats, ce qui contribue largement aux succès de ces mouvements. Le développement des mobilisations étudiantes, les plus profondes depuis 1968, fut un puissant révélateur de l'évolution de la conjoncture. Cependant, les difficultés d'élargissement de ces mobilisations à la jeunesse scolarisée traduisent l'absence de débouché central. tre, les lycéens et les apprentis ne se satisfont plus des simples "explosions traditionnelles de printemps" pour se mettre en mouvement, ils exigent des objectifs et des garanties précis. Dans ce contexte, il faut à la fois :
- continuer à inscrire les luttes des étudiants et de la jeunesse scolarisée (tout en respectant les rythmes propres de la mobilisation) dans la perspective d'une offensive d'ensemble des travailleurs contre ce régime minoritaire;
- jeter les bases d'une mobilisation prolongée contre la politique scolaire du pouvoir et regrouper tous ceux qui veulent mener la bataille pour l'unité, pour la construction de mouvements unitaires, dans les divers milieux de la jeunesse scolarisée, à partir des structures de lutte émergeant au cours des mobilisations.
3_ Les directions CFDT et CGT se refusent à proposer à l'heure actuelle une centralisation des luttes qui poserait le problème du débouché politique, même si après les luttes à la SNCF, les directions sont amenées à nuancer leurs déclarations. Ainsi, la CGT comme la CFDT prennent prétexte du fait que certains syndicats, comme Force Ouvrière ou les syndicats autonomes de la SNCF aient signé isolément un accord, pour stopper des mouvements dont le caractère massif pose objectivement le problème du débordement du cadre qu'ils leur avaient fixé. Les grèves dans la SNCF (fin mars), illustrent le plus clairement ce phénomène. Ainsi, pour la CGT particulièrement, il devient difficile d'assurer le contrôle de ces luttes alors que les travailleurs perçoivent comme parfaitement possible une solution politique que par ailleurs met en avant la direc-
tion nationale de la CGT.
Il est prévisible que les directions CGT et
CFDT tenteront de canaliser cette vague de luttes dans le cadre d'une journée d'action au troisième trimestre en apportant ainsi un semblant de centralisation.
4-Le durcissement de la politique du pouvoir face aux luttes, la mise en place d'un système anti-grève par le patronat (transport de pièces de machines, hommes de main, etc. ..), peuvent oser à tout moment le problème d'une épreuve de force régionale, voire nationale, transformant ainsi un conflit en test dans une période préélectorale et demandant pour la riposte un haut niveau de conscience et d'organisation de la part des travailleurs.
* la bataille pour
l'unité des travailleurs
I-Dans cette conjoncture, la bataille pour le renforcement de l'unité des travailleurs en lutte doit être menée prioritairement par les révolutionnaires, à la fois contre le "sectarismealibi" de la CGT et contre les tentations "gauchistes'' de secteurs de l'avant-garde large. La mise en place de formes d'auto-organisation ne saurait donc être un préalable à l'unité nécessaire même si nous devons tout faire pour développer ces formes. Au niveau politique, les mobilisations en cours doivent nous permettre de mettre en avant les objectifs de centralisation des luttes pour imposer nos revendications. Pour la grande masse des travailleurs, cette perspective n'est d'ailleurs en rien contradictoire avec le Programme Commun et l'Union de la Gauche. C'est en liaison avec les formes concrètes de ce processus de centralisation que nous pouvons passer de la dénonciation propagandiste du refus du PS et du PCF de prendre leurs responsabilités à une formule positive, dans l'agitation, de gouvernement PS-PCF en fonction des formes mêmes de cette centralisation. C'est le seul moyen de briser dans les faits la logique électoraliste dans laquelle nous impliquerait tout autre type de démarche concernant la formule de gouvernement.
2-Mais si l'axe prioritaire doit être le problème de la centralisation des luttes revendicatives et de leur inéluctable affrontement avec le pouvoir (pouvant déboucher soit sur un nouveau Mai 68 soit sur des élections anticipées comme en Angleterre en 1974), parallèlement nous devons dénoncer le respect par le PS et le PCF de la constitution de 1958. Nous devons montrer qu'en refusant de réclamer des élections anticipées à la proportionnelle intégrale, en proclamant leur soumission à la constitution de 58, le PS et le PCF n'entendent pas précipiter les échéances politiques, ni par l'action, ni même par les élections. En fait ils se préparent à gérer l'Etat fort en exigeant une "pause sociale"'. La contradiction du PCF n'en est que plus grande entre ses professions de foi démocratiques, ses critiques. au PS et sa soumission à la constitution de 1958 qui donnera un poids déterminant à un Mitterand, président de la République, dans la gestion de l'Etat fort.
3- Mais si aujourd'hui, nous mettons l'accent sur la dénonciation propagandiste du respect, par le PS et le PCF, de la constitution gaulliste de 1958 et sur le refus des élections anticipées à la proportionnelle intégrale, nous n'avançons pas en positif, le mot d'ordre d'élections anticipées et d'Assemblée Constituante,
- le mot d'ordre d'élections anticipées pourra éventuellement être avancé par nous, avec y compris une campagne d'agitation, si rous nous trouvons devant une deuxième défaite politique du pouvoir (élections partielles ou municipales). Le refus par le pouvoir de recourir à des élections immédiates pouvant d'ailleurs, dans ce cas, être le point de départ d'une grève générale qui nous amènerait à poser directement le problème du gouvernement PS-PCF.
- le mot d'ordre d'Assemblée Constituante ne pourra devenir compréhensible pour les larges masses que lorsque la gauche empêtrée dans le respect de la constitution de 58 utilisera cette constitution contre les exigences des masses (par exemple en gardant Giscard; en préservant l'arsenal répressif de la cinquième République, ou à l'occasion du conflit entre le président-bonaparte Mitterand et les partis ouvriers, PCF surtout, mais peut-être aussi PS ou fraction du PS).
4. Bien sûr, on ne peut écrire à l'avance le scénario de la lutte des classes. Les étapes peuvent être brûlées et d'une grève générale peuvent surgir les embryons de conseils ouvriers. Le mot d'ordre de Constituante serait alors en retrait de la mobilisation des masses et pour -rait au contraire servir la "contre-révolution démocratique". Mais nous ne pouvons pas aujourd'hui décider à la place des masses elles-mêmes des rythmes de leur radicalisation et des expériences qu'elles devront faire. Nous devons au contraire par nos mots d'ordre, par l'exigence de la "démocratie jusqu'au bout" les amener à perdre leurs illusions démocratiques bourgeoises et à faire l'expérience de la supériorité de la démocratie ouvrière, NOTES (1) voir INPRECOR n°45 J. Renaud: "Les travailleurs l'arme au pied". (2) Il s'agit d'une majorité reconstituée, avec ses trois composantes : l'UDR de Chirac, les Républicains Indépendants de Poniatowski, et le Centre pour la Démocratie et le Progrès (CDP) de Lecanuet. CGT : Confédération Générale du Travail (syndicat majoritaire dirigé par le PCF). Secrétaire Général : Georges Séguy. CFDT : Confédération Française Démocratique du Travail (dominée par le PS ). Secrétaire Général : Edmond Maire. FO : Force Ouvrière (syndicat très minoritaire dirigé par les sociaux-démocrates de droite liés à l'ancienne SFIO). Secrétaire Général André Bergeron.