L'article des camarades de la Ligue communiste Révolutionnaire (Matzpen-Marxiste) sur dans ce numéro d'INPRECOR, nous publions ci-dessous une étude sur les conditions socio- économiques qui sont à l'origine des derniers évènements. Dans notre prochain numéro, situation en Israël ne nous nous publierons l'information des camarades d'Israël. En 1940, M. R. Weitz, un dirigeant sioniste de premier plan, pendant de nombreuses années à la tête du département de l'Agence juive consacrée à la colonisation, fit cette remarque dans son journal : "Entre nous, il doit être clair qu'il n'y a pas place pour les deux peuples dans ce pays ... Nous ne pourrons réaliser notre but d'Etre un peuple indépendant en maintenant les Arabes dans ce petit pays. est une Palestine, au moins une Palestine Occidentale (à l'Ouest du Jourdain) sans Arabes... Et il n'y a pas d'autre moyen que de transférer les Arabes de ce côté vers les pays avoisinants, de les transférer tous : pas un seul village pas
One doivent rester". 27 ans plus tard, en septembre 1967, ce même Weitz, discutant des résultats de la guerre de Juin 67, se reportait à 1948 : " ••. Quand les Nations Unies adoptèrent la résolution décidant la partition de la Palestine en deux Etats, la guerre d'indépendance éclata à notre grand bonheur. Dans cette guerre, un double miracle se produisit : des gains territoriaux et la fuite des Arabes". Mais pas par Jon ROTHSCHILD étant pas parvenu à temps pour être publié de tous les Arabes. Les forces armées sionistes, initialement chargées de la tâche de vider la Palestine des Arabes accomplirent leur travail avec efficacité. En novembre 1947, la population arabe du territoire qui allait devenir l'Etat d'Israel à la fin de la guerre de 1948, se chiffrait environ à 800. 000 personnes. Vers le début de 1949, ce chiffre avait été réduit à 133. 000. Plus de 650. 000 Arabes expulsés furent dispersés dans tout le monde arabe, la majorité d'entre eux s'installant dans des camps de réfugiés misérables, dans la bande de Gaza, en Jordanie, en Syrie, au Liban. Ce sont les réfugiés arabes, "oubliés" pendant quelque 20 années par la majorité de "l'opinion publique", qui rappelèrent leur présence vers le début de 1968, par la montée de la Résistance palestinienne. Le sort des autres 133. 000 Arabes de Palestine fut différent. Ils ne devinrent pas des " réfugiés palestiniens", mais des "Arabes israéliens". Une grande partie d'entre eux se virent accorder la citoyenneté israélienne dans le nouvel Etat
sioniste. Selon les affirmations de la classe dirigeante sioniste et de sa machine de propagande, ces Arabes jouirent d'une vie enviable, contrairement à leurs semblables réfugiés qui seraient soit-disant tombés victimes de la propagande anti-sémite hystérique des dirigeants arabes et qui, de ce fait, avaient abandonné le territoire de l'Etat juif. Il était dit que le niveau de vie des premiers était plus élevé que celui des autres Arabes partout dans le monde, et qu'ils bénéficiaent de tous les droits accordés en Israel, "l'unique démocratie au Proche-Orient"'. C'étaient autant de preuves vivantes que l'hostilité arabe à l'égard d'Israel ne reposait que sur la démagogie raciste des dirigeants des
Etats arabes, car après tout, si les Arabes pouvaient vivre en paix et dans la joie sous cette administration de l'Etat juif, pourquoi les Etats arabes ne pouvaient-ils pas faire la paix avec Israël ? Le calme des Arabes israéliens, au cours des guerres de 67 et de 73 fut donné comme preuve du succès final de l'Etat sioniste. Le mythe de la satisfaction des Arabes d'Israël entra ainsi au Panthéon des mythes qui, pris ensemble, composent l'idéologie sioniste. Au cours de la dernière semaine de mars 76, ce mythe a connu le destin de beaucoup d'autres semblables : la poubelle. Malgré la vague d'arrestations préventives et les attaques contre les premières manifestations, des Arabes israéliens déclenchèrent par milliers une grève générale. pour protester contre la saisie des terres arabes en Galilée au nord d'Israel. C'est le 30 mars qu'eût lieu cette grève, jour décidé par le Rakah, le Parti communiste israélien, et par le Comité pour la protection des terres arabes, une coalition s'opposant à l'appropriation de la terre par le sionisme. Les forces militaires israéliennes s'opposèrent par les armes à la grève. Au moins 6 arabes furent tués par les militaires israéliens, des douzaines blessés et plus de 300 arrêtés. Des affrontements se produisirent dans au moins neuf villages de Galilée; la population arabe pour la première fois en plus d'un quart de siècle, s'était dressée avec détermination contre l'armée sioniste. Le pouvoir donna ordre à ses troupes d'ouvrir le feu sur la foule; à Jérusalem des soldats firent ouvrir de force des magasins qui avaient été fermés en signe de solidarité avec la grève. A Nazareth, un groupe d'une trentaine de soldats israéliens pénétra de force dans l'habitation de Tewfik Zayad, le maire communiste de la ville; ils frappèrentdes membres de sa famille. Le fiasco du mythe de la satisfaction des Arabes israéliens jouissant de droits égaux à ceux des Juifs israéliens soulève une question plus grave : l'Etat israélien eut-il entreprendre une vague de réformes suffisantes pour satisfaire les revendications de sa population arabe tout en maintehant sa nature sioniste ? Ou, en d'autres termes, l'oppression des Arabes israéliens est-elle un trait nécessaire et constitutif du sionisme et de son Etat ou n'est-ce que le résultat d'une mauvaise politique suivie par des dirigeants insensés ? Cette question n'est pas simplement académique. Le Parti communiste israélien qui détient l'hégémonie politique sur les Arabes israéliens répond positivement à la première question. Et son programme se compose d'une série de revendications dont le but, précisément est de réaliser certaines réformes dans le cadre du maintien de l'Etat sioniste. Ainsi, le développement d'une perspective révolutionnaire pour la lutte des Arabes israéliens requiert un examen des fondements essentiels du mouvement sioniste et de l'Etat qu'il a créé. La racine du problème : le sionisme Le noyau central de l'idéologie sioniste repose sur une illusion : que tous les Juifs du monde entier constituent une nation unique et que cette nation dispersée a subie une oppression systématique du fait de sa dispersion; que le problème de l'antisémitisme ne peut être résolu que par le "rassemblement" des membres de cette nation dispersée et l'établissement d'un Etat-nation juif, "aussi juif que l'Angleterre est anglaise"; et donc toute forme de lutte contre l'antisémitisme qui n'a pas pour but l'établissement de cet Etat-nation juif est une tentative utopique, au mieux dévoyée, au pire désastreuse. De plus, les habitants non juifs de la terre sur laquelle cet Etat-nation juif s'est installé, doivent être administrés d'une manière ou d'une autre; tous les moyens nécessaires pour la réalisation de cette tâche sont justifiés dans la mesure où les habitants originels font par définition partie des oppresseurs universels des Juifs. La colonisation de la Palestine réalisée sur la base de cette idéologie prit en conséquence une forme inhabituelle. Selon les formes connues de colonisation, les habitants indigènes sont déplacés par les colons qui détruisent leur société et leur culture et qui en font un prolétariat exploité dans un système économique qu'ils contrôlent. Mais les dirigeants de la colonisation sioniste n'étaient pas initialement intéressés à exploiter la force de travail des Arabes de Palestine; ils avaient comme but leur expulsion pour ouvrir la voie à la "normalisation" de la nation juive, et cela signifiait la création d'une bourgeoisie juive, d'une petite-bourgeoisie juive et d'un prolétariat juif. Les Arabes de Palestine déplacés par les colons juifs ne furent pas réintégrés en tant qu'ouvriers dans les entreprises possédées par les Juifs; au contraire, ils furent délibérément exclus de la vie économique du secteur juif. Les Arabes de Palestine n'étaient pas considérés comme une force de travail potentielle en réserve, mais simplement comme des obstacles à la construction de l'Etat juif. Les 3 mots d'ordre centraux de la colonsation étaient : 1) Kibush hakarka (conquête de la terre), 2) Kibush Haavoda (conquête du travail), 3) Tozteret haaretz (cultiver la terre). Le premier mot d'ordre impliquait que le plus possible de terre devait être obtenu des possédants
arabes et qu'aucune terre possédée par des Juifs pouvait être vendue, louée ou rendue de toute autre manière aux Arabes. Le deuxième impliquait que les usines et les fermes possédées par les Juifs n'emploieraient autant que possible que des Juifs (en fait, la Histadrout qui se présente fallacieusement aujourd'hui comme un "syndicat' , a été formé dans le but de créer un prolétariat juif en imposant le boycott sur la main-d'oeuvre arabe). Le troisième impliquait le boycott de toute production arabe par les colons juifs. Des douzaines de témoignages écrits, de statistiques, pourraient être cités pour démontrer que ces trois mots d'ordre étaient l'expression non seulement de la théorie, mais aussi de la pratique de la colonisation sioniste. Citons uniquement une déclaration faite en novembre 69 au secrétariat du MAPAI (l'ancien nom porté par le Parti travailliste au pouvoir) par David Hacohen, député au Parle ment israélien durant de nombreuses années, et président de la Commission de la Défense et des Affaires Etrangères : "Je me souviens, quand j'étais l'un des premiers parmi nos camarades à aller à Londres après la Première guerre mondiale ... C'est là que je suis devenu sioniste Quand j'ai adhéré aux Etudiants Socialistes - qui regroupaient des Anglais, des Irlandais, des Juifs, des Chinois, des Indiens, des Africains - nous reconnûmes que nous étions tous sous la domination du pouvoir anglais. Et même là, dans ces cercles intimes, je dus combattre contre mes amis sur la question du socialisme juif, pour défendre le fait que je n'accepterais pas les Arabes dans mon syndicat, l'Histadrout; pour convaincre les ménagères de ne pas acheter dans les magasins arabes, pour défendre le fait de monter la garde devant les vergers, pour empêcher les travailleurs arabes d'y trouver un emploi... Pour renverser du kérosène sur les tomates arabes, pour attaquer les ménagè res juives et écraser les oeufs arabes qu'elles achèteraient, pour louer comme Dieu, le keriin Kayemet (le Fonds juif) qui avait envoyé Hankin à Beyrouth pour acheter la terre des effendis (propriétaires terriens) absents et pour expulser les fellahs (paysans) de la terre; si acheter des douzaines de dunams (mesure agraire) à un Arabe était permis, mais vendre un dunam juií à un Arabe était interdit, Dieu le défend... Ce n'était pas facile de faire tout ça. Et bien que nous l'ayions fait, - peut-être n'avions-nous pas le choix - je n'en étais pas très heureux. "
Moshe Dayan
Nous passerons sur les désagréments de Hacohen qui ne sont que des accidents du travail, psychologiques et mineurs, de tout sioniste"socialiste" Le fait est que la réalisation du programme avait pour but de créer une société juive sans Arabes, hermétiquement close; une société avec sa structure de classe propre, sa vie économique propre, son appareil administratif propre, sa presse, ses forces armées. Les Arabes ne pourraient en aucune manière y disposer d'un droit de cité.
Répression systématique des Arabes
Après l'armistice de 49 qui mit fin à la guerre israélo-arabe, la classe dirigeante du nouvel Etat dut affronter un problème sérieux. Les tâches de la construction de l'Etat juif étaient compliquées par la présence gênante de 130. 000 non-juifs : les Arabes de Palestine qui n'avaient pas été obligés de s'enfuir. La direction sioniste ne pouvait sacrifier ses prétentions démocratiques sans sacrifier une arme idéologique essentielle au soutien à Israel dans l'opinion démocratique mondiale. De ce fait, il n'était pas possible de passer une série de lois niant ouvertement tout droit aux Arabes. En même temps, il était nécessaire de mettre sur pieds une structure sociale légale qui réaliserait cela. Le premier pas franchi dans cette direction fut de placer les Arabes israéliens sous gouvernement militaire. La base légale de ce pouvoir, dont le contenu s'applique partout sur le territoire israélien, quand bien même ses formes ont été modifiée et constituées par les Lois d'Exception. Ces lois daten' de la révolte arabe de 1936-39 qui commença en Syrie et s'étendit à toute la Palestine sous domination britannique à l'époque. En 1936, les Britanniques imposèrent les lois d'exception, se donnant l'arsenal légal pour réprimer la révolte. En 1939, furent ajoutées à ces lois, les Lois de Défense, dont le but était de constituer un système de répression durable fondé sur la défaite militaire de la révolte. En 1945 ces deux ensembles de lois se combinèrent et, modifiés, devinrent les Lois de Défense (état d'urgence). Elles étaient alors destinées au mouvement sioniste qui avait pris l'initiative d'établir un Etat juif indépendant en Palestine, alors que les impérialistes britanniques tentaient encore de maintenir leur colonie sur ce territoire. Le fait que les lois de défense de 1945 étaient initialement destinées au mouvement sioniste stimula une forte opposition contre elles de la part de la direction sioniste. En 1946, par exemple, une conférence d'avocats juifs se tint, au cours de laquelle Yaakov Shapira dit : "Le régime construit en Palestine sur la base des Lois de Défense est sans équivalent dans toute autre nation civilisée. Même dans l'Allemagne nazie de telles lois n'existaient pas". Mais il se peut que M. Shapira en vint à regretter cet éclat, car en 1948, le corps intégral des Lois de Défense sans changements ni amendements, fut adopté par le Gouvernement sioniste. M. Shapira devint par la suite ministre de la Justice, et donc l'adminis-
trateur de ces lois devenues entretemps partie intégrante de l' "unique démocratie du ProcheOrient' Les lois d'exception se composent de 170 articles divisés en 15 sections. Elles garantissent les prérogatives suivantes aux commandants militaires: emprisonnement sans limite de tout individu sans procès préalable; interdiction à un individu de voyager dans le pays ou de le quitter; assignation de quiconque à résidence; ordre à quiconque de se présenter plusieurs fois par jour au poste de police; empêchement pour quiconque de chercher du travail,; confiscation de toute propriété; ordre aux habitants de toute région ou village de fournir le gite et le couvert, à leurs frais, à tout membre des forces de police envoyé sous n'importe quel prétexte; imposition du couvre-feu partiel ou total sur toute région ou village. Enfin, l'un des articles les plus communément utilisé, l'article 125, accorde aux commandants militaires le droit de déclarer toute région "fermée" (il est interdit de quitter ou de pénétrer toute région déclarée fermée). Ces lois instaurent une série de tribunaux militaires dont l'objet est de juger les cas d'infraction à la loi. Toute mesure prévue par les Lois d'Exception peut être appliquée par l'autorité militaire locale selon sa volonté; il n'existe aucune procédure d'appel, à l'exception de celle contenue dans l'article 119 qui stipule une procédure d'appel dont l'autorité ultime est le Ministère de la Défense. De surcroit les tribunaux militaires qui jugent les cas d'infraction aux Lois d'Exception sont totalement séparés des tribunaux civils; ils ne doivent pas être confondus avec les cours martiales qui jugent les cas de violation de la loi par des militaires en service. Ces tribunaux militaires ont un pouvoir de juridiction sur la population civile. En vérité ces lois et les tribunaux qui leur sont rattachés constituent un deuxième système juridique en Israël, parallèle et séparé du système civil "normal". En de rares occasions ces lois ont été utilisées pour briser des grèves de travailleurs juifs. Dans l'ensemble elles sont fréquemmentutilisées de manière exclusive contre les Arabes. "Les lois parlent de "personne"; en pratique elles signifient "Arabes". " C'est-àdire qu'il existe deux systèmes de lois en Israël, l'un pour les Juifs, l'autre pour les Arabes. Dans son livre "Les Arabes en Israël", qui présente l'étude la plus claire du pouvoir auquel les Arabes israéliens sont soumis, Sabri Geries donne des exemples d'utilisation des Lois d'Exception pour démoraliser les Arabes : "En janvier 56 un certain nombre d'habitants de villages du Triangle (une région arabe à l'est de Tel-Aviv - Inprecor) furent bannis du village de Beit Jann en Galilée et obligés de se présenter tous les jours pendant 6 mois au poste de police de Ma'una, à 20 kilomètres de leur exil imposé. En septembre 1957 le Gouverneur Militaire ordonna à 5 hommes de Baqa al-Gharbiya de se présenter chaque jour au poste de police de Bardas
Hanna, situé à 15 kilomètres de leur village. De même, deux habitants de Tira dans le Triangle se virent intimer l'ordre de rester chez eux toute la nuit (une heure après le coucher du soleil jusqu'à son lever) et de se présenter deux fois par jour au poste de police de Tiba, à 8 kilomètres de leur village. Un ordre particulièrement cruel et "amusant" fut intimé à un certain Ahmed Hassan, un Bédouin de la tribu El-Wadi, près du village de Araba en Galilée. Le Gouverneur Militaire lui ordonna de s'asseoir chaque jour durant 6 mois, de l'aube au crépuscule, sous un grand caroubier, à l'ouest du village de Deir Hanna. 11 Saisie des terres arabes La fonction des Lois d'Exception dans la répression des mouvements politiques et des militants est suffisamment claire. Ce n'est pas leur seule utilité. Elles ont servi de couverture légale au vol massif des terres et de propriétés arabes. La première manière dont ces lois d'exception furent appliquées dans ce but était simplement pour expulser les Arabes du pays. Cette procédure qui fut particulièrement intense dans les années qui suivirent la guerre de 48 avait pour but de "nettoyer" les régions frontalières et d'ouvrir la voie à la colonisation juive. Par exemple, Ashkelon, près de la frontière avec la bande de Gaza, était un village arabe. Un matin de l'été 1950, l'armée israélienne pénétra dans le village, entassa ses habitants dans des camions, les déchargea à la frontière avec Gaza, et leur ordonna de fuir. La nouvelle ville d'Ashkelon, vide de tout Arabe, s'est alors construite. De 1949 à 1951, les villages arabes suivants ont été vidés de leurs habitants par des méthodes semblables : Rama, Kfar Bar'am, Anan, Kafr Yasif, Qatiya, Hisam, Jauneh, Ghabasiya, Batat, Mijdal et treize autres villages de la région de Wadi Ara.
, des Arabes en appelaient à la législation israélienne pour obtenir des réparations à la suite des méfaits du pouvoir militaire. Dans certains cas ils obtinrent même gain de cause de la part de la Cour Suprême israélienne, mais inutilement, parce que les décisions de la Cour étaient simplement outrepassées par les militaires qui disposaient "du droit'' d'agir à l'encontre des décisions de la Cour, à titre de "sécurité". Deux des plus connus de ces cas concernent les villages de Bir'am et Aqrat. Bir'am fut déclaré région "fermée" d'après les Lois d'Exception. En conséquence les habitants furent expulsés. Ils firent appel à la Cour Surpême qui publia un jugement en septembre 53, établissant leur droit à revenir au village. Le 16 septembre 53 les forces aériennes israéliennes réduisent à néant le village en le bombardant. Les terres du village furent allouées, pour être cultivées, à des colonies juives voisines. Le village d'Agrat fut occupé par les forces sionistes en octobre 48. (Il n'y eut aucune résistance de la population). Le 5 novembre 1948 il fut intimé aux villageois l'ordre de quitter la région pour une période de deux semaines jusqu'à ce
que soient terminées les opérations militaires dans la région. Durant les 18 mois suivants les villageois négocièrent avec les autorités qui leur refusèrent le droit de revenir au village. Les Arabes convaincus finalement que les militaires n'avaient aucune intention d'annuler l'ordre d'évacuation, en appelèrent à la Cour Suprême. Vers la fin juillet 1951, la Cour décida qu'aucune raison légale n'empêchait le retour des villageois. Alors les villageois demanderent aux militaires la permission de revenir. Ils furent orientés vers le Ministère de la Défense qui les renvoya au Gouverneur Militaire. Ils décidèrent une deuxième fois de faire appel à la Cour Suprême et le cas fut examiné le 6 février 1952. Mais le jour de Noël 1951 l'armée israélienne dynamita systématiquement chaque maison du village. Les terres du village furent remises Policier israélien enaction lors d'une manifestation Mais la saisie des terres arabes - pilier le plus fondamental de la tentative sioniste - était trop importante pour n'être entreprise que sous les Lois d'Exception. Ainsi ces lois furent complétées par plus d'une douzaine de décrets sur l'expropriation des terres. Il est à remarquer qu'aucune de ces lois ne se réfère explicitement à la saisie des terres arabes. : ce serait anti-démocratique. Il y a néanmoins des moyens de désigner "arabe" sans mentionner "arabe"', de la même manière qu'on peut persécuter les Juifs en développant une lutte contre "les cosmopolites déracinés". Donnons un exemple : la Loi sur l'acquisiton de propriétés de personnes absentes, adoptée en 1950. Le but déclaré de cette loi était de remettre la propriété d'absents à un "gardien des propriétés d'absents" , appointé selon la loi. En apparence, c'était tout à fait raisonnable. L'astuce résidait dans la définition d'un "absent". La loi stipulait que "toute personne citoyenne de la Terre d'Israël qui avait quitté sa résidence sur la Terre d'Israël" pendant et immédiatement après la guerre de 48 était un "absent". L'intention exacte de cette définition était limpide. En grand nombre, les paysans arabes de Palestine ne furent pas directement impliqués dans la guerre de 48 (c'était le résultat du caractère réactionnaire de la direction arabe de l'époque, opposée volontairement à toute mobilisation massive des Palestiniens). Ainsi, quand la guerre atteignit les villages, de nombreux paysans firent ce que tout paysan non politisé et non armé fit toujours lorsque les envahisseurs pénétraient sur leurs terres: ils les quittèrent, espérant revenir à la fin des combats. Mais il s'agissait d'un nouveau type de guerre. Ces paysans découvrirent, lorsqu'ils tentèrent de revenir chez eux, qu'ils avaient été déclarés "absents'' et leurs propriétés confisquées. En d'autres termes, si un paysan avait fui vers un village voisin durant la guerre de 48, il pouvait être déclaré "propriétaire absent" en 1950; ou alors il pouvait être empêché de retourner dans
"raisons de sécurité' et ainsi être déclaré "absent"' parce qu'il ne se trouvait pas sur sa terre pour la cultiver. Pour assurer une application en douceur de cette loi, les ajouts suivants furent faits : l'absentéisme est déterminé par un décret du gardien de la propriété des absents et le "gardien n'a pas à rendre de comptes sur les sources d'information qui l'ont conduit à prendre une décision en vertu de cette loi"'. En d'autres termes, le "gardien" qui est l'Etat d'Israel, a le droit de déclarer quicorque absent et les raisons de cette décision ne peuvent être mises en question. Un dernier point. Si par une étrange colncidence il apparaissait qu'une erreur avait été commise, que quelqu'un avait été déclaré incorrectement absent, que se passerait-il avec une définition aussi large ? Cette éventualité est prévue, car la loi stipule : "Aucun accord conclu entre le gardien et une autre personne en connection avec la propriété que le gardien croit être une propriété d'absent au moment ou l'accord est conclu, ne peut être invalidé, mais doit être maintenu de force, même s'il est prouvé ultérieurement qu'une telle propriété n'était pas propriété d'absent en ce temps". Au cas où il y aurait un doute sur ce qui est impliqué dans cette structure législative kafkalenne : le vol institutionnalisé à une grande échelle, voici une citation de l'Annuaire de 1959 du Gouvernement israélien "propriété villageoise ment israélien : "La "propriété villageoise" appar -tenant à tous les Arabes absents, qu'ils soient absents du pays ou vivant en Israël, "acquise" par le gardien de propriétés d'absents, comprend quelque trois cent villages abandonnés ou semiabandonnés d'une superficie totale de 3 millions et demi de dunams. La propriété agricole comprend 80. 000 dunams de plantations d'orangers et plus de 200. 000 dunams de vergers... La propriété urbaine comprend 25. 416 bâtiments consistants en 57.487 appartements résidentiels, de 10. 729 magasins et ateliers d'industrie légère. "(Cité par Sabri Geries dans "The Arabs in
Israël" p. 61). Sur les 370 entreprises urbaines et rurales constituées entre 1948 et 53, un total de 350 furent créées sur des terres arabes "abandonnées". Pour 1954 plus d'un tiers de la population juive d'Israël vivait sur des terres confisquées et presque un tiers des nouveaux immigrants vivait dans des quartiers urbains'abandonnés" par les Arabes. La dernière grande vague de confiscation de terres arabes en Israël s'est produite durant les années 60. Alors, le Gouvernement avait garanti que ce serait la dernière vague. Il n'est pas surprenant que les Arabes de Galilée aient réagi avec rage cette année-là, quand le Pouvoir fit connaître les plans de saisie de 1575 acres de terre possédées par les Arabes en Galilée pour la construction d'écoles, d'appartements et d'usines réservées aux Juifs. Les saisies de terres prévues font partie d'un plan du Gouvernement pour "judaiser la Galilée" (c'est le terme officiel), c'est-à-dire pour accroître la population juive de Galilée de 60.000 à 300. 000 habitants dans les dix années à venir. C'est là tout le sionisme : s'assurer que "pas un village, pas une tribu" arabe ne reste sur la Terre d'Israël. une oppression sociale systématigue Les Lois d'Exception et l'arsenal de lois sur la saisie des terres constituent deux des moyens centraux de l'oppression systématique des Arabes en Israël. Mais les institutions sociales qu'elles incarnent étendent cette oppression à pratiquement tous les aspects de la vie. Cette oppression commence au niveau le plus bas. Elle interdit aux Arabes de vivre dans des secteurs entiers de l'Etat : "Tout d'abord, comme dans le cas de toute minorité persécutée,où les non-Juifs sont-ils autorisés à vivre au sein de l'Etat juif ? La réponse est que dans la plupart des lieux ils n'ont purement et simplement pas le droit de vivre. La majorité des terres en Israel appartiennent à l'Etat qui les a soumises au règlement interdisant à un non-Juif d'y vivre. Il lui est inderdit d'y construire une maison, il lui est interdit d'y louer un appartement, il lui est interdit d'y ouvrir une affaire, bref, il lui est interdit d'y vivre. Cela est d'autant plus cruel que la majorité des terres sur lesquelles ces lois ségrégationnistes sont appliquées appartiennent à ces mêmes Palestiniens qu'on définit officiellement en Israël comme non-Juifs, et leur ont été arrachées. Ils sont ainsi privés, même en tant que citoyens de "l'Etat juif" du droit de jouir des terres de "leur" Etat. Ainsi il existe en Israël des villes entières - Carmiel, Nazareth-Illit, Hatzor, Arad, Mitzteh-Ramon, et d'autres - où la loi interdit formellement aux non-Juifs d'habiter. Là où la majorité des terres est propriété privée, comme à Jérusalem, Tel-Aviv ou Halfa, 1' "'Etat juif" fait ce qu'il peut et ne construit que des quartiers ségrégués où les "non-Juifs" n'ont pas légalement le droit d'habiter". (Israël Shahak, président de l'Association de la ligue israélienne des droits de l'homme et du citoyen dans son livre "Le racisme de l'Etat d'Israël", édition Guy Authier, Paris 1975, p 56-57). En fait, dans tout Israël il n'y a que six villes (et quelques villages) avec une population arabe et juive mélangée : Halfa, Jérusalem, Jaffa, Acre, Rameleh et Lod. Dans les cas où le pouvoir trouve indésirable pour des raisons de relations publiques, d'empêcher formellement des Arabes de jouir des bénéfices de lois édictées pour les Juifs, il s'arrange pour inventer des "mots-code", des mots qui définissent un Arabe de manière non explicite. C'est une pratique standard dans le monde moderne, où le racisme est largement discrédité. Par exemple, l'une des préoccupations les plus pressantes de la classe dirigeante sioniste est le fait que le taux de natalité des Arabes est bien plus élevé que celui des Juifs là cause du statut social et économique plus élevé de la population juive). Les 133. 000 Arabes qui restèrent en Israël en 1948 sont devenus au-moins 400. 000 en 1975. L'annexion formelle de la Jérusalem arabe augmenta encore plus la population arabe, et l'annexion graduelle des territoires occupés à la suite de l'agression de 1967 l'augmente encore davantage. A nouveau il y a tout simplement trop d'Arabes. L'un des moyens utilisés par la classe dirigeante pour affronter ce problème était de passer une série de lois garantissant des subsides aux familles nombreuses - un stimulant monétaire pour accroftre le taux de natalité. Il était considéré indésirable de restreindre formellement ces avantages aux Juifs car ce serait trop évidemment raciste. Le problème fut résolu de la manière suivante : les subsides aux familles nombreuses furent liés à une loi d'aide "aux anciens combattants". Un "ancien combattant"' est toute personne ayant servi dans quelque unité des forces armées ou dans quelque organisation para-militaire existant avant 1948. Il se trouve justement que le service militaire est obligatoire pour tous les Juifs en Israël, hommes et femmes, et que 99 % des Arabes (le 1 % restant sont les Druzes) se voient interdire de servir dans l'armée pour "raisons de sécurité". Ainsi les subsides aux familles touchent 99 % de la population juive et excluent 99 % de la population arabe. Une technique identique est utilisée sur une large échelle pour refuser l'emploi aux Arabes. Une lecture rapide des offres d'emploi dans un quotidien israélien démontre que presque toutes les offres d' d'emploi, à l'exception des travaux de manoeuvres (et même souvent dans ce cas) exigent que le demandeur ait "accompli ses obligations militaires". L'oppression s'étend aussi à l'éducation et à la culture. L'enseignement supérieur n'est dispensé qu'en hébreu, bien que l'arabe soit reconnu comme l'une des langues officielles de l'Etat israélien. Sur 40. 000 étudiants en Israël, au maximum un millier sont Arabes. La situation dans les écoles secondaires est à peine meilleure. Là, l'intention est de nier aux Arabes toute connaissance de leur histoire et de leur
culture propres, riches comme elles le sont, et de leur distiller à la place l'admiration pour les réalisations des Juifs. Au cours des quatre années de l'enseignement secondaire un total de 32 cours sont dédiés à l'histoire et à la civilisation arabes; 384 cours sont dédiés à l'histoire juive. Et pour l'enseignement élémentaire, Sagri Geries résume le programme officiel comme suit :"au cours élémentaire de cinquième année, 10 heures sont consacrées à l'histoire des Juifs contre 5 heures à l'étude de la Péninsule arabe.; alors qu'au cours de la sixième année l'histoire de l'Islam se voit consacrer 36 cours sur un total de 64 pour toute l'histoire arabe jusqu'à la fin du XIIIème siecle ... Au cours de la septième année, l'histoire arabe n'est plus du tout enseignée, alors qu'un sixième de l'année scolaire est consacré à l'étude des relations entre les communautés juives de l'étranger avec Israel, tandis que dans la huitième et dernière année 10 cours sont consacrés à l'histoire arabe du XIXème si siècle à aujourd'hui, contre 30 à l'étude de l'histoire de l'Etat d'Israël"'. Une solution révolutionnaire Un certain nombre de conclusions politiques importantes découlent de la situation des Arabes dans la société israélienne. En premier lieu, toute réforme structurelle importante pour améliorer le statut met en question l'existence même de l'Etat sioniste. Aussi longtemps qu'Israël demeure un Etat dont le but est de "rassembler" les "éxilés'' de la "'nation juive" actuellement dispersés dans le monde, il est impossible de redonner leur terre aux Arabes, il est impossible de leur permettre de vivre où ils veulent dans les frontieres de l'Etat. Il est impossible de leur garantir les mêmes droits à l'emploi, il n'est même pas possible de réduire le chauvinisme grossier qui caractérise le système d'enseignement, car cela encouragerait tout simplement le développement de la conscience chez les Arabes israéliens qui appartiennent à la nation arabe et en sont une composante logique de la lutte pour la libération nationale et sociale. Faire des Arabes les égaux des Juifs en Israel reviendrait à priver Israel de son caractère d'Etat juif, c'est-à-dire à le "désioniser". Pour la classe dirigeante sioniste cela équivaudrait à son extinction, ce qui est ouvertement admis par ses représentants les plus honnêtes. "Nous sommes une génération de colons" déclarait Moshe Dayan en 1956, "et sans le casque d'acier et le canon, nous ne pouvons planter un arbre ou construire une maison". Le même Moshe Dayan, dix ans plus tard, parlant devant un groupe d'étudiants juifs américains venus visiter le Golan déclarait : "Pendant les cent dernières années notre peuple s'est engagé dans la construction de la nation, s'est agrandi, a rallié davantage de Juifs, a fondé davantage de colonies pour repousser les frontières. Aucun Juif ne doit dire que ce processus est arrivé à terme. Aucun Juif ne doit dire que ce terme est proche". La manière dont Yosef Almogi, dirigeant de l'Agence juive (qui a tiré les plans pour la "judalsation de la Galilée"), a répondu à la grève générale des Arabes du 30 mars, est symbolique : "Il va nous falloir accélérer la réalisation du projet"'.
Les mains liées par une corde, un jeune Arabe est emmené par des soldats israeliens armés au cours d'une manifestation à Sakhnin. La mobilisation des Arabes d'Israel représente un tournant dans la situation politique israélienne. Elle marque la fin de la passivité politique des Arabes. C'est une certitude que la réponse
de la classe dirigeante sera l'intensification de la répression; il n'y a pas d'autre alternative possible. Jusqu'à ce jour, la direction des Arabes d'Israël a été le monopole du Rakah, le
Parti communiste. La raison de cette hégémonie du Rakah réside dans le fait que la défense systématique des droits des Arabes fut son oeuvre et qu'il a obtenu des victoires limitées dans ce domaine. Mais le Rakah ne met pas en question l'existence de l'Etat sioniste. Fidèle à la diplomatie du Kremlin , il préconise la reconnaissance par les Arabes des "frontières sûres" pour l'Etat d'Israel en échange du retrait israélien de parties des territoires occupés en 1967. L'adoption par la direction de l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine) d'une orientation semblable a jeté les bases pour un bloc potentiel du Rakah avec l'OLP et particulièrement avec les secteurs de l'OLP dont l'orientation politique est la plus proche de celle du Rakah. L'activité politique du Rakah au sein de la mobilisation des Arabes en Israel possède un double but : d'une part, s'assurer que les Arabes d'Israel ne soient pas attirés par une perspective révolutionnaire socialiste telle que celle portée par la Ligue Communiste Révolutionnaire (Matzpen-Marxiste), organisation qui regroupe les militants de la IVeme Internationale en Israël; d'autre part, renforcer ce courant au sein de l'OLP incarné par le Front Démocratique pour la Libération de la Palestine, dirigé par Nayef Hawatmeh. Le projet à plus long terme est un retrait israélien de Cisjordanie et l'installation consécutive d'un Etat-croupion palestinien sur ce territoire. Au cas où cela se produirait, le Rakah en tant que Parti communiste israélien et les représentants des Arabes israéliens établiraient des relations étroites avec l'aile "marxiste-léniniste" autoproclamée par l'OLP (le FDPLP principalement) et cela deviendrait le parti communiste de ce nouvel Etat. Le problème avec cette perspective - mis à part le fait qu'il n'existe aucune indication de la part de la classe dirigeante israélienne qu' elle ait la moindre intention d'un retrait d'une partie substantielle de la Cisjordanie - c'est qu'elle n'offre aux Arabes d'Israel aucune possibilité véritable d'améliorer leur statut actuel dans de notables proportions. Au contraire, elle les conduit dans une impasse, car il n'y a aucun espoir de voir leur situation modifiée en Israël aussi longtemps qu'Israel demeure un Etat sioniste. Une alternative existe. Elle commence avec la compréhension que la caractéristique véritable du sionisme, qui est en fait un colonialisme d'expulsion, a aussi donné naissance à une force qui peut devenir potentiellement une arme décisive dans la destruction du sionisme. L'Etat sioniste combine les aspects de trois types différents d'Etat capitaliste. En tant qu'Etat fondé par des colons, c'est un instrument pour l'obtention et le maintien de privilèges pour les Juifs israéliens de toutes classes (et pour les Juifs qui immigrent de partout) au détriment immédiat des Palestiniens. En tant qu'Etat client de l'impérialisme, c'est un avant-poste dans le monde arabe de la lutte de l'impérialisme contre la révolution arabe. Mais l'Etat sioniste est aussi un Etat-nation capitaliste, un instrument dans les mains de la classe dirigeante juive israélienne pour l'exploitation économique de la classe ouvrière juive israélienne. L'existence d'un prolétariat juif israélien avec des intérêts de classe qui sont en conflit direct avec ceux de la classe dirigeante distingue Israël d'Etats comme l'Afrique du Sud où l'oppression nationale se superpose intégralement à l'oppression sociale. En dernier lieu, l'isolement d'Israel du monde arabe va à l'encontre des intérêts de la classe ouvrière juive israélienne qui paye cet isolement par une crise économique accrue, par la militarisation de la vie en Israël, par la dépendance à l'égard de l'impérialisme et la série ininterrompue des guerres engendrées par l'expansionnisme inhérent à la nature du sionisme. Le développement inéxorable et à long terme de la révolution arabe rendra le maintien du système actuel de privilèges toujours plus coûteux pour les Juifs israéliens, et particulièrement pour le prolétariat de ce pays, du point de vue des pertes humaines comme du point de vue de l'accroissement du taux d'exploitation de la main d'oeuvre nécessaire à l'économie capitaliste militaire, le tout dans le contexte de la crise internationale du système capitaliste. La solution qui s'impose alors non seulement aux Arabes mais aussi au prolétariat juif israélien est le démantèlement de l'Etat sioniste et son intégration dans un Orient Arabe Socialiste. Au cours de la lutte pour cet objectif une série de revendications démocratiques à caractère transitoire dans le contexte israélien peuvent mobiliser les Arabes d'Israel dans une lutte révolutionnaire contre l'Etat sioniste, et qui servent les intérêts objectifs de la majorité des Juifs israéliens eux-mêmes. Elles comprennent l'abrogation de toutes les lois et pratiques conférant des privilèges aux Juifs, à commencer par la Loi du Retour, qui garantit la citoyenneté automatique à tous les Juifs qui veulent immigrer; le rapatriement de tous les Palestiniens au sein du territoire actuel de l'Etat d'Israel; la rupture de tout lien financier et politique avec les communautés juives dans le monde. La revendication du retrait immédiat et inconditionnel de tous les territoires occupés en 1967 doit être rattachée aux précédentes. Il ne fait aucun doute qu'un tel programme représente les intérêts objectifs des Arabes d'Israel et correspond aussi à leurs préoccupations. Il est aussi incontestable qu'un tel programme n'est défendu aujourd'hui que par une très petite minorité de la population juive israélienne. En même temps il possède la possibilité de convaincre un nombre grandissant de Juifs israéliens, car la seule alternative est la guerre sans fin avec le monde arabe et, actuellement, l'extension du conflit violent avec plus de 400. 000 Arabes soi-disant citoyens de l'Etat juif.