Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

THAILANDE

Après les élections du 4 avril

· Inprecor (première série) n° 50, 29 avril 1976 · p. 13-16 · 3 215 mots

Paul Petitjean était le pseudonyme de Pierre Rousset, membre de la direction internationale depuis les années 1970 et codirecteur de l'IIRE d'Amsterdam.

Syndicalisme Indochine Philippines et Asie du Sud-Est

Un an après les élections de janvier 1975, l'Assemblée Nationale thailandaise était dissoute. Les tensions sociales et politiques avaient eu raison d'un Parlement instable et sans réel pouvoir. Un gouvernement de gestion assurait la préparation de nouvelles législatives. Le 4 avril, le Parti Démocrate (1) de Seni Pramoj emporte 115 des 279 sièges à pourvoir; il n'en avait que 72 dans la précédente Assemblée. Si le Parti d'Action Sociale passe de 18 à 45 députés, son dirigeant, l'ancien premier ministre Kukrit Pramoj est battu dans sa circonscription. Les partis de la droite militaire traditionnelle stagnent. Le Parti de la Nation Thal (Chart Thal) double certes le nombre de ses élus (de 28 à 56). Mais le Parti de la Justice Sociale tombe de 45 à 25 et le Parti social-nationaliste reste une force négligéable. La gauche - même modérée - est, elle, pratiquement exclue du Parlement. Le Parti Socialiste Thallandais chute de 15 à 2 sièges, le Front Socialiste Unifié de 10 à l et le Parti Force Nouvelle de 12 à 3. Une véritable campagne de terreur avait été déclenchée contre eux. Le trafic d'influences et la corruption restent à l'honneur dans la Thallande "civile et démocratique". Plus de 2000 candidats, présentés par plusieurs dizaines de "partis" briguaient les 279 sièges de l'Assemblée. Les votes, selon Norman Peagan, s'achetaient entre 50 et 100 baths, soit entre 10 et 20 FF (''Far Eastern Economic Review" du 9. 4.76). Le Parti Démocrate aurait, avec le soutien des militaires, fait venir voter en rang, les soldats dans la circonscription de l'ancien premier ministre, pour assurer sa défaite. Le maréchal de l'air Dawee Chullassapya - nouveau dirigeant du Parti de la Justice Sociale - aurait fait donner, dans sa circonscription frontalière, le droit de vote à nombre de Chinois des armées du Kuomingtang et à des membres des tribus montagnardes réfugiés du Laos.

Elections manipulées donc, mais néanmoins significatives. L'éviction de la vie parlementaire de la gauche légale à la suite de la campagne terroriste peut avoir des effets profonds à long terme. Dans l'immédiat, le centre de gravité politique de l'Assemblée Nationale se déplace nettement à droite. La nouvelle coalition gouvernementale comprend, autour du Parti Démocrate (droite bourgeoise pro-américaine), les trois partis de la vieille droite militaire, liée aux propriétaires fonciers (Chart Thal, PJS et PSN). Le sens de la victoire de Seni Pramoj n'en est pas moins ambivalent. Il tend à montrer que la population refuse la perspective, toujours présente, d'un coup d'Etat militaire. On voit là un reflet très déformé des luttes en cours en Thallande, que la campagne électorale n'a pas interrompues.

L'échec de la gauche légale

L'offensive d'extrême-droite, déclenchée voilà un an, se sera brutalement aggravée, alors qu'une partie de la hiérarchie militaire continuait de suivre une "politique de tension". En 1975, une série de meurtres avait frappé les dirigeants de la Fédération des Fermiers de Thailande, tandis que des formations fascisantes cherchaient à s'implanter dans les campagnes (Nawapon) et parmi les lycéens (Buffles Rouges - voir "Inprecor" N° 38 du 20.11,75). Cette fois-ci les assassinats individuels ont pris une ampleur nouvelle à Bangkok même, les attentats se sont faits plus meurtriers, la gauche légale et modérée a été directement frappée, et dans plusieurs provinces l'effort d'encadrement rural s'est fait plus prononcé. Il y aura eu durant la campagne électorale plus de 30 morts, dont trois candidats, et des dizaines de blessés. Le 17 février, le local du Parti Force Nouvelle (Palang Mai) - parti technocratique et libéral - était plastiqué. Le 18, un dirigeant étudiant, Amares Chai-Saard était abattu, ainsi que trois autres étudiants. Le 27, le secrétaire général du Parti Socialiste Thailandais, Boonsanong Boonyothayan était assassiné, ainsi qu'un dirigeant de masse. Le 2 mars, une charge de TNT était placée contre les fondations d'un lycée technique tenu par la gauche. On retirait 5 morts des décombres. Une grenade lancée dans une réunion électorale du Parti Force Nouvelle faisait, le 25 mars, 10 morts. Cinq jours auparavant, une bombe était jetée sur une manifestation de masse anti-américaine. Bilan : 3 morts et environ quatre-vingt blessés... De nombreux candidats auront reçu des cercueils chez eux, en avertissement. Depuis octobre 1973 ce sont en fait au moins 35 dirigeants et personnalités de gauche qui ont été assassinés, dirigeants de masse, leaders politiques, journalistes, un traducteur de Maxi-

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me Gorki... Cette "terreur blanche" n'aura pas été sans effets : les bailleurs de fonds du Parti Socialiste Thallandais ont cessé de souscrire, la gauche a pratiquement renoncé à faire campagne, la Fédération des Fermiers de Thailande semble en difficulté dans quelques districts, certains cadres étudiants ou ouvriers ont préféré quitter la capitale. Les tueurs restent impunis. La responsabilité des "Buffles Rouges" dans les Nawapon dans les meurtres est pourtant con-

Mais leurs liens avec les sommets de la hiérarchie militaire sont publiquement affichés (voir "Inprecor" N° 38). L'extrême-droite continue à s'organiser librement. Le Nawapon vient de fonder un parti politique, le Dhammat Patai ("'Souveraineté Morale"'). Son secrétaire général, Watana Keovimal, trouve appui dans la hiérarchie bouddhique. Il avance un programme mystique plébéien, fascisant. Un "Front Uni contre l'Impérialisme Communiste"(ACIUF) a vi le jour. L'existence d'une série de formations paramilitaires parallèles est maintenant une donnée permanente de la vie politique thalL'échec de la gauche légale, son éviction du jeu parlementaire, rend de moins en moins crédible, dans ces conditions, son projet initial, démocratique et libéral. Le pouvoir reste aux mains de l'armée en Thallande. Dès avant l'assassinat du secrétaire général du Parti Socialiste Thallandais, un clivage était apparu au sein du PST quant à l'utilité et à l'opportunité de la participation à la campagne électorale. Le résultat des élections devrait renforcer les solutions préconisées par le PCP ou les courants les plus radicaux de Bangkok. : la poursuite ou la préparation de la lutte armée. Le vice-secrétaire général du PST a révélé que Boonsanong était sur une "liste noire" de l'ISOC ( Internal Security Operational Command), le centre de la "contre-subversion"'. On y trouve des dirigeants ouvriers (tels que, pour les syndicats du textile, Prasit Chayo), étudiants (notamment Thirayuth Boonmee, actuel conseiller du Centre National des Etudiants Thailandais), le nouveau secrétaire général du PST (Somkid Srisangkom), etc... (voir le "Bangkok Post" du 7.3.76). Dans ces conditions, la "solution parlementaire" parait vide de sens, d'autant plus qu'une profonde désaffection populaire à l'égard de la joute électorale s'est manifestée tout au long de la campagne et dans le taux élevé d'abstentions.

La poursuite des luttes sociales

Le déplacement à droite du centre de gravité politique de l'Assemblée Nationale ne reflète pas un affaissement des luttes sociales en cours depuis 1973. Les conditions dans lesquelles le Parlement a été dissous en janvier le confir-

La classe politique de Bangkok sait qu'il lui faut apporter quelques remèdes à la crise agraire qui frappe durement la paysannerie thailandaise, de plus en plus dépossédée de la terre. Les gouvernements Sanya et Kukrit ont tenté de très timides réformes. Mais leur application s'est faite au profit des intermédiaires ou des propriétaires fonciers, quand elle n'a pas été bloquée. En décembre, Kukrit Pramoj, alors Premier Ministre, décide d'une importante hausse du prix du riz, spécialement importante en ce qui concerne les prix des magasins d'Etat où il était vendu beaucoup moins que sur le marché libre. Il s'agit officiellement de favoriser le fermier dont le revenu est extrêmement bas par rapport à celui du travailleur urbain. La gauche rétorque que cette mesuessentiellement les minotiers (qui transforment le paddy (2) en "riz blanc"), les intermédiaires et les grands propriétaires fonciers, et que par contre elle touchera durement une population urbaine pauvre, pour qui les achats de riz représentent souvent plus de 50 % du revenu mensuel. Le 2 janvier la Fédération de l'Union du Travail de Thallande, soutenue par le NSCT étudiant (Centre Nationaldes Etudiants Thailandais) appelle à la grève générale pour le maintien des prix antérieurs et la poursuite d'une aide financière aux fermiers. Le 5, dix mille grévistes manifestent. L'opposition parlementaire menace alors de censurer le gouvernement; Kukrit remanie ce dernier puis dissout l'Assemblée le 12, après avoir accepté les revendications portées par la grève générale. Or la FLUT (Fédération de l'Union du Travail de Thallande) est un syndicat rompu à la collaboration avec le Département d'Etat aux Affaires Sociales : sa base se situe dans le secteur public, ultra-collaborationniste. Cette fois-ci les travailleurs des entreprises publiques sont descendus dans la rue. La pression sociale conjointe, rurale et urbaine, est elle aussi une donnée actuellement permanente de la vie politique thallandaise. Des expériences nouvelles de luttes ouvrières s'accumulent, parfois très avancées. C'est notamment le cas dans le textile, où les syndicats "réformistes" et "radicaux" se disputent l'influence parmi un jeune prolétariat essentiellement féminin. En mai 1975 déjà, une grève très dure, avec occupation et piquets d'autodéfense face aux attaques des polices patronales et officielles, avait eu lieu à la "Standard Garment". Elle avait été victorieuse. Cette fois-ci, ce sont les ouvrières de l'entreprise "Hara" qui ont engagé une longue lutte avec occupation. Après des négociations infructueuses, elles débaptisent l'entreprise et remettent en route la production à leur propre compte. Leur premier stock est envoyé aux

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paysans du Nord et du Nord-Est victimes d'une vague de froid, en signe de solidarité.

Puis elles organisent la vente, sur le marché, et à un prix très bas : un blue-jeans qui valait auparavant 190 baths est maintenant vendu pour 50 baths. Malgré cela, les ouvrières gagnent beaucoup plus qu'auparavant, L'expérience est très éducative quant à la surexploitation à laquelle le prolétariat thailandais est soumis. D'autres mouvements ont eu lieu cette année : trois mines d'étain, produitant 27 % du minerai thailandais et appartenant à l' "AngloOriental Co. " ont été paralysées; deux "Gunny Bag Factories" (fabriques de sacs), à Bangkok et en province, sont entrées en grève, rassemblant dans la lutte 5. 000 travailleurs, pour les salaires, les conditions de travail et contre la privatisation de l'usine de la capitale; les docks de Bangkok ont eux aussi été complètement paralysés. La campagne électorale n'aura pas interrompu les luttes sociales ! Mais si la grève des ouvrières de l'entreprise textile "'Hara" montre les progrès extraordinai -res accomplis en deux années, du point de vue des luttes sociales, elle confirme aussi la faiblesse du mouvement d'ensemble. Les ripostes centrales ont du mal à s'organiser. Certes, la solidarité étudiante s'affirme régulièrement : des meetings communs et des cours ont été réalisés avec l'aide des militants du NSCT. Mais quand l'annonce de l'intervention policière prochaine a été faite, la manifestation organisée devant la maison du Premier Ministre n'a pas suffi. L'usine a été réoccupée par les forces de l'ordre. En 1975 déjà, l'une des grèves les plus longues de Bangkok, celle du "Dusit Thani Hotel"', avait été brisée par la faute des difficultés rencontrées dans l'élargissement de la riposte (voir "Inprecor" N° 38). La tension sociale rurale et urbaine se double des luttes des minorités ethniques et religieuses. Dans les provinces méridionales du pays, la situation s'est brusquement dégradée, La population y est à 80 % musulmane, Mais la minorité bouddhiste tient le haut du pavé : l'administration, la police et l'armée. En novembre 75, des "marines" en opération "contre-subversive" assassinent 5 villageois. Le gouverneur tente d'étouffer l'affaire. Pendant 45 jours plusieurs milliers de musulmans occuperont la mosquée centrale de Pattani, avant d'obtenir gain de cause : arrestation des coupables, déplacement du gouverneur, venue de Kukrit... La tension reste très vive entre les deux communautés, et la droite bouddhiste, liée à l'administration, devient plus active. C'est à cette montée des luttes de classes et des luttes des minorités que veut répondre, avant tout, l'offensive de la droite militaire. Mais elle n'a pas actuellement les moyens de briser brutalement cette mobilisation sociale. Il lui faut composer, d'autant plus que le poids de la révolution indochinoise victorieuse reste très grand.

"US go home!" La situation géo-politique de la Thailande continue en effet de dominer la vie politique thailandaise ainsi que les choix américains, La à la fois l'avant-poste des positions occidentales face aux développements de la révolution asiatique, et le pays où l'écho social et politique de la victoire indochinoise est le plus immédiat. Alors que les luttes de classes prennent bien souvent le pas, lors des conflits ouvriers ou paysans, sur toute autre considération, à la veille des élections du 4 avril, la présence des forces américaines est redevenue la question de l'heure. C'était en effet le 20 mars que les derniers GI's devaient avoir quitté le Thailande, selon des accords passés avec le Gouvernement Kukrit après son investiture, Or, peu avant la date fatidique, il restait plus de 4. 000 hommes et le haut-commandement militaire thai faisait savoir qu'un contingent de 3, 500 soldats resterait indéfiniment. Une épreuve de force s'engageait alors. Le Gouvernement faisait savoir ses conditions : retrait effectif des troupes et contrôle de toutes les installations américaines, L'ambassade refusait et réclamait le statut diplomatique pour le personnel américain des diverses bases. quait : "Nous devons décider : voulons-nous 4, 000 ambassadeurs américains en Thailande ?" (FEER du 2. 4, 76), Il passait un accord avec le mouvement étudiant. Des manifestations étaient annoncées pour le 20. Le "Front Uni contre l'Impérialisme Communiste" menaçait de contre-manifester. L'armée était mise en état d'alerte, L'ambassade US traduisait complaisamment un communiqué d'un "People's Action Center of Thailand'' ("'Centre d'Action Populaire de Thailande"), qui "exposait" un soi-disant plan du Parti Communiste Thailandais visant à la prise du pouvoir. Le coup d'Etat semblait en cours quand, brusquement, Washington reculait : d'ici au 20 juillet, les troupes seraient parties, 270 "conseillers" resteraient, les installations passeraient sous la juridiction gouvernementale. L'abandon du complexe des bases est gênant à plus d'un titre, mais les USA ont très probablement déjà prévu un redéploiement régional : les bases militaires et aériennes vers la Corée du Sud, le Japon, les Philippines (Clark Field et Subic Base), Guam, les Mariannes; le centre de radio-communication de UTapao (relais entre Diego Garcia et les Philippines) ainsi que la base navale de Sattahip vers Singapour ou l'Indonésie, Il reste à replacer la base électronique Ramasun (écoute radio), la station sismologique de Chiang Mai de l'aviation US, la station de satellites du Kuh Hua, La couverture nucléaire de la région peut être assurée, en plus des bases insulaires, par la Tè Flotte, ou même par l'Australie,

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Néanmoins, vu l'importance stratégique de la Thailande et l'exemple donné qui peut trouver un écho demain aux Philippines ou au Japon, les USA ne démantèlent leur réseau que de mauvaise grâce. S'il le font, c'est qu'ils y sont obligés. Ils ne peuvent se laisser engluer dans une nouvelle confrontation sur le continent et la pression indochinoise, comme celle du mouvement de masse, est trop forte pour être ignorée. Le nouveau gouvernement peut certes remettre en cause les décisions du précédent, mais ce serait apparaitre immédiatement comme l'instrument des USA.

"conseillers" liens entre la hiérarchie militaire et le Pentagone), Washington devra probablement accepter ce relatif retrait. Même dans cette hypothèse, la Thailande restera une base d'agression contre l'Indochine. C'est de Bangkok que le Molinak (un soi-disant "Mouvement de Libération Khmer") fait connaître son existence. C'est dans le Nord et le Nord-Est que sont constitués les commandos qui organisent attentats et sabotages au Laos. C'est en Thailande qu'est regroupé l'essentiel des réfugiés indochinois et c'est de là qu'est lancée la campagne de dénigrement anti-communiste internationale. Les Vietnamiens ne s'y trompent pas, qui viennent de réitérer leur mise en garde. La question anti-impérialiste restera l'une des clefs des luttes de masse en Thailande. Préparer un "coup constitutionnel" Les dernières élections législatives peuvent laisser espérer à la bourgeoisie thailandaise un minimum de stabilité politique temporaire. La perspective d'un éventuel coup d'Etat militaire est en conséquence reportée. Mais une politique de réformes sociales profondes - que ce soit le fait d'un gouvernement "civil"' ou d'un groupe d'officiers - semble très difficile, vu le poids de la bourgeoisie foncière, l'intéressement direct de la hiérarchie militaire les liens entre le commandement suprême militaire et le Pentagone, l'importance des trafics (dont celui de la drogue) et la pression communiste. En conséquence, le problème du coup d'Etat reste

D'autant plus que les mouvements sociaux mürissent lentement et que le PCT conPlusieurs engagements armés ont eu lieu lors de la campagne électorale. La guérilla verrait ses forces croftre à un rythme d'environ 15 à 20 % par an. Les chiffres absolus des partisans du PCT varient beaucoup suivant les sources. Anders Tandrup, dans le "Far Eastern Economic Review" du 27. 2. 76 tente une estimation en partant des trois catégories de villages définies par le PC (village de combat contrôlé à 80 % par le PC, village en expansion comprenant de 50 à 60 % de partisans, village de contact où l'influence du PC touche moins de 50 % des habitants) et des chiffres avancés par les services gouvernementaux ou spéciaux. Il avance l'hypothèse de 10. 000 guérilléros et d'un million de partisans organisés (sur une population de 42 millions d'habitants). L'implantation du PCT reste évidemment très inégalement répartie suivant les régions, le Nord-Est étant sa zone d'influence maximale, et le Centre sa zone d'influence la plus faible. Mais c'est dans le Nord-Est que le retrait américain risque d'avoir les conséquences sociales les plus immédiates (chômage), et l'audience du PCT a indéniablement crû à Bangkok parmi les éléments radicaux. L'impérialisme n'a pas surmonté son dilemme : attendre et laisser de nouvelles forces révolutionnaires s'organiser, précipiter un "coup" et jeter dans les bras du PCT nombre de militants qui lui sont encore politiquement éloignés. Il est probable, dans ce contexte, que les services américains et le commandement militaire thailandais tentent à l'heure actuelle de réunir les conditions d'un "coup d'Etat militaire constitutionnel"' qui, sans remettre en cause une politique étrangère de détente par rapport à la Chine, permette de gouverner par décrets et de renforcer l'appareil de répression. La menace du "coup" à été affirmée à diverses reprises. Lors du départ de Kukrit à la conférence de l'ASEAN (Association des Nations du Sud-Est Asiatique), une tentative aurait eu lieu de la part des jeunes officiers. Le général Boonchai Bamrungphong, commandant en chef de l'Armée, a "avoué" qu'il existe un groupe d'officiers "mécontent de l'indécision du gouvernement, qui sent qu'il doit entreprendre quelque chose" (FEER du 27.2.76). En mars, un "cocktail-party" d'un genre particulier s'est tenu à Bangkok. Le haut-commandement militaire était l'invité de l'amiral Sa-Ngad Chalawyoo, chef des trois armes. Ce dernier y aurait déclaré que les militaires "joueront leur rôle si la Gauche commence à bouger", qu'ils savent attendre : "Je vous avertirai quand le moment sera venu' (''The Voice of the Nation" du 14.3.76). La dissolution de l'Assemblée Nationale était souhaitée par les militaires. La crise du gouvernement Kukrit rendait possible la formation d'une coalition "à gauche". Ils peuvent espérer que la nouvelle équipe aura de meilleurs moyens pour gouverner "à droite". Dans ces conditions, le coup d'Etat peut être le décret de la loi martiale, avec l'appui moral du Roi (qui a déjà accusé le Vietnam de perpétrer une "agression directe contre le pays" - FEER du 2.1.76), le consentement du Parti Démocrate et Seni Pramoj et le soutien américain. Notes : (1) Le Parti Démocrate était le seul parti d'opposition sous l'ancienne dictature et son dirigeant a longtemps bénéficié d'une réputation de probité. (2) paddy : riz non décortiqué

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