Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CHINE

Avant et après Tien-An-Men

· Inprecor (première série) n° 50, 29 avril 1976 · p. 7-12 · 4 102 mots

Chine Stalinisme URSS et Russie Syndicalisme

Un article précédent traitait de l'ébauche de la récente campagne politique en Chine contre Teng Hsiao Ping. Depuis que cet article a été écrit, de nouveaux événements dramatiques se sont développés à Pékin, confirmant mes conclusions initiales. Ils indiquent de nouvelles péripéties importantes dans la bataille. Mais avant de continuer le débat sur le tout dernier tournant de la crise chinoise, je ferai un bref récapitulatif des luttes fractionnelles dans le Parti Communiste Chinois pendant les dix dernières années. A un premier niveau, la Révolution Culturelle de 1966-68 exprimait une confrontation dans les sphères les plus élevées du Pouvoir, entre deux clans rivaux, l'un dirigé par Mao Tse Tung et Lin Piao, Ministre de la Défense et grand-prêtre du "culte de Mao", et d'autre part par Liou Shao Chi et Teng. Ces derniers furent tous les deux secrétaire général du Parti, comme Staline en Union soviétique, et bâtirent une solide base politique dans l'appareil de ce Parti. Le programme politique du clan Liou-Teng traduisait largement le mécontentement des froids "réalistes' invétérés au sein de la bureaucratie face à la politique volontariste et égalitaire déployée par le "romantique" Mao à la fin des années 50. Il est connu que cette politique plongea la Chine dans le chaos économique. Les cadres à tous les niveaux du Parti ont dû partager, indubitablement, les préoccupations de Liou-Teng face à une possible répétition de tels bouleversements. Le groupe Liou - Teng s'opposait aussi à Mao sur certaines questions de politique étrangère. Bien qu'ils partageaient avec Mao la critique de fond du "révisionnisme" soviétique, ils soutenaient par contre un certain degré de coopération avec les Russes contre l'impérialisme américain. Mao face à Liou Shao Chi Vu que la base du groupe Liou-Teng se situait dans les hauts rangs de la bureaucratie, Mao et sa fraction (dont sa femme Chiang Ching, jusqu'à maintenant outsider politique, et Chen-Po Ta, son secrétaire personnel de longue date) constituèrent une nouvelle base au

APRES

LES EVENEMENTS

DE TIEN-AN-MEN

sein des secteurs de la société chinoise qui avaient été réduits au silence pendant longtemps par la bureaucratie, en particulier la jeunesse. En les entraînant dans la lutte, Mao espérait à la fois écarter ses ennemis de la direction et "assurer sa succession'' en mobilisant de nouvelles couches de cadres futurs. Avec une impétuosité caractéristique, Mao escomptait que son immense autorité au sein des masses lui permettrait de contrôler plus ou moins le mouvement et de l'endiguer dans la perspective qu'il lui tracait. Mais le trait marquant et nouveau de la Révolution Culturelle fut la tendance constante des forces mobilisées à échapper au contrôle central. Non seulement de grandes grèves éclatèrent en janvier 67, mais beaucoup d'or -ganisations avancèrent des programmes politiques indépendants, réclamant la démocratie socialiste et la commune. Son alliance ébranlée dans ses fondements, Mao fut forcé de faire appel à l'armée pour rétablir l'ordre. Cette intervention inclut, d'une part, la direction centrale de l'armée autour de Lin Piao et, d'autre part, les commandants régionaux les plus conservateurs, dont la loyauté est inversément proportionnelle à leur importance numérique dans le Parti, Parallèlement, Mao fut contraint d'interrompre les exclusions des cadres du Parti. La désintégration de la base des maoistes dans le mouvement de masse et l'accroissement de la confusion dans l'armée devaient avoir des conséquences d'une grande portée pour l'évolution ultérieure de la lutte fractionnelle au sommet. Le 9ème Congrès du Parti en 1969 institutionnalisa le rapport de forces qui avait émergé de la Révolution Culturelle en expulsant officiellement Liou Shao Chi de la direction et en inaugurant une période de reconstruction des organisations du Parti, détruites par l'assaut des masses. En 1970, Chen Po Ta fut évincé de la direction afin de paver la route du rapprochement futur avec les représentants de la bureaucratie centrale. Peu après, le "proche compagnon d'armes" de Mao, Lin Piao, mourut dans une catastrophe aérienne alors qu'il s'enfuyait en Union soviétique, après une prétendue tentative de coup d'Etat. Les détails de "l'affaire Lin Piao" sont obscurs -et ici ne nous concernent pas directement -mais objectivement cet épisode marqua la

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CHINE première étape du rétrécissement du pouvoir nouvellement acquis par l'armée dans la vie politique chinoise. Peu après la mort de Lin Piao, d'autres chefs militaires furent écartés lors de la campagne visant à restaurer le "'contrôle du Parti sur les fusils". Mais plutôt que d'affronter l'armée dans son ensemble, Mao appliqua son habituelle "tactique de division et d'approches successives" Avant 1960, l'Armée de Libération du Peuple (ALP) était traditionnellement subordonnée à une direction politique unifiée. Son utilisation dans la lutte de fraction, durant la Révolution Culturelle, y introduisit inévitablement de sérieuses divisions fractionnelles. La relati -ve rapidité avec laquelle la direction de l'ALP fut forcée ou persuadée de renoncer au pouvoir politique après 1969 démontra, une fois de plus, que le rôle de l'armée en Chine n'est en aucune mesure analogue à celui qu'elle remplit dans les pays capitalistes ou même en Union soviétique. Il est cependant clair que l'identification de l'armée avec les objectifs de la direction politique centrale n'est plus absolue ni automatique. En renversant le clan central de Lin Piao, Mao était attentif à ne rien faire qui puisse susciter l'opposition des commandants régionaux conservateurs. Il leur fit donc un nombre important de concessions politiques. Le retour des "modéres" La période entre 1970 et le début de 1973 représenta le périgée de l'influence "radicale" dans la direction. La chute des "radicaux'' Chen et Lin Piao refleta et renforça le courant impulsé par l'écroulement de la base de Mao dans le mouvement de masse. L' "affaire Lin Piao" mina aussi sérieusement la crédibilité des maoistes. Dans une tentative de restaurer sa réputation d' "infaillibilité", Mao produisit une lettre adressée à Chiang Ching (soi-disant écrite en 1966) qui insinuait qu'il s'était toujours méfié de Lin Piao. Il lança de même une campagne "philosophique" en soulignant que "un se divise en deux" est une loi d'airain de l'Univers.

Vu le déclin temporaire des forces "radicales", se développa une réhabilitation massive (ou "libération"') des cadres attaqués durant la Révolution Culturelle. Cette "libération"' faisait partie d'une tendance générale à la restauration du statu quo bureaucratique, accélérée par le manque de cadres administratifs de talent parmi l'entourage "radical" de Mao et par le besoin de convaincre les puissants commandants régionaux que le pouvoir politique qu'ils abandonnaient serait transféré en de bonnes mains, de leur point de vue.

"libérés" fournirent la base pour la reconstitution de la fraction "modérée'' ou "conservatrice' dans la bureaucratie. Comme les derniers événements l'ont montré, au centre de ce regroupement, il y avait Chou En Lai et le réhabilité Teng Hsiao Ping, "N°2 des champions de la restauration capitaliste'. Pourquoi Mao fut-il favorable à la "libération" de Teng ? La raison essentielle serait qu'il était considéré comme un élément central pour assurer le succès de la nouvelle diplomatie "au visage souriant" de Chou En Lai, de même que pour la construction économique. De plus cette réhabilitation se voulait être un signe de bonne foi pour le reste de la bureauMais, bien que les "radicaux" battaient en retraite, ils retinrent l'atout du support politique de Mao lui-même. En même temps, ils avaient une base dans des sections du Parti (notamment à Shanghai), dans la presse et la milice urbaine, qui devait faire contre-poids aux militaires conservateurs. La première épreuve de force politique importante après 1969 fut le l0ème Congrès du PCC, en août 1973. C'est ici que les "radicaux" lancèrent de façon inattendue, les campagnes "contre le courant" et "contre Confucius" pour renforcer leur position dans la bataille pour la direction. Les deux fractions semblèrent sortir du 10ème Congrès disposant de forces égales. Mais puisque les "modérés" se retrouvaient aux postes qu'ils occupaient avant le soulèvement de 1966, ces derniers étaient en fait mieux placés pour consolider leur pouvoir. Peu après le l0ème Congrès, on laissa tomber la campagne "contre le courant" et on donna à la campagne "critiquer Confucius" une consonnance fortement "anti-révolution-culturelle", en y ajoutant la facette "critiquer Lin Piao". C'est à ce moment que Chou En Lai tomba malade, en mai 1974. Les "modérés"disposaient de positions suffisamment solides pour bloquer la nomination du "radical" Wang Hung Wen, nommé N° 3 dans la hiérarchie au l0ème Congrès alors que Chou restait en place et assurait que le rôle revint plutôt à Teng Hsiao Ping. Alors qu'ils tentèrent en vain de renverser la vapeur, les "radicaux" lancèrent une offensive contre des pièces de théâtre et des opéras "suspects" au milieu de l'année 1974, et une

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brève campagne d'affiches qui (comme l'ont révélé les journalistes occidentaux) a été réprimée parfois violemment, par des bureaucrates locaux. Le 4ème Congrès National du Peuple (CNP), en janvier 75, marqua une autre victoire importante pour les "modérés", renforçant le pouvoir de Teng et réduisant au minimum la représentation "radicale". Mao était ostensiblement absent du CNP, pour manifester son opposition à ses décisions. Dans son discours au CNP, Chou En Lai qui, au l0ème Congrès de 1973, ne fit qu'une référence fort limitée au "développement économique", put alors établir clairement les objectifs économiques pour les 25 années à venir. Peu disposés à admettre la défaite, les maoistes soulevèrent de plus en plus des thèmes explosifs au cours de la campagne visant à "restreindre les droits bourgeois" en 1975. Ils attaquaient les privilèges bureaucratiques et la corruption, et incitaient les travailleurs à évincer les "potentats bourgeois" de la direction. Mais la vague de grèves de l'été 75 alarma tous les secteurs de la bureaucratie, donnant la chance à Teng de lancer des mots d'ordre plus en accord avec ses méthodes conservatrices de gouverner. Puisque j'ai traité des questions relatives à la campagne anti-Teng dans l'article précédent, je ne vais ici que les résumer brièvement. Vu dans la perspective des luttes des années 60, il y a peu de nouveautés dans le programme politique de Teng. Il insiste sur la nécessité de la stabilité, du professionnalisme et sur le besoin d'un léger élargissement de l'éventail salarial, afin de donner un support à la bureaucratie au travers de la création d'une petite couche sociale privilégiée. En politique étrangère, Teng semble soutenir la normalisation des relations avec l'Union soviétique, bien que des preuves solides manquent à ce sujet. Il est aussi favorable à une certaine libéralisation de la vie politique et culturelle, Très récemment il fut même accusé (New China News Agency, 8.4, 76) de "vouloir un libéralisme bourgeois", et de dénoncer les pièces de théâtre de Chiang Ching comme "'ne laissant éclore qu'une seule fleur". Quant aux "radicaux" - tout en partageant l'objectif fondamental de Teng : moderniser l'économie chinoise avant la fin du siècle - ils insistent sur le besoin de limiter au maximum l'inégalité (par une réduction drastique de l'éventail salarial) et de stimuler la mobilisation politique permanente pour étouffer les manifestations de la dégénérescence bureaucratique. Leur proposition de "dictature totale" équivaut en pratique à l'extinction de tous les éléments de démocratie prolétarienne. Mais si les questions débattues lors des récents affrontements sont similaires en substance à celles de 1966, néanmoins, les différences entre les deux époques sont cruciales, au moins pour comprendre les modalités de développement de la crise, En 1966, l'armée, instruite pendant 7 ans dans l'esprit de "la pensée de Mao" par Lin Piao, se trouvait fermement aux côtés du Président Mao. En 1976, la hiérarchie militaire soutient les "modérés'' dans la direction, non seulement vu les souvenirs traumatisants de la Révolution Culturelle, mais parce qu'ils n'apprécient guère la remise en question de leur pouvoir de commandement pour des raisons politiques. Il est inutile de souligner que l'inexistence d'un soutien actif des militaires réduit sérieusement les perspectives qui s'offrent aux "radicaux". En 1966, le clan Liou - Teng n'était uni que par une opposition mal définie aux aspects les plus extrêmes de la politique de Mao, On ne pouvait alors pas affirmer qu'il constituait un pôle alternatif dans la direction. Au contraire, ils reculèrent dès qu'une pression s'exerça sur eux, En 1976, jouissant de l'expérience des dix dernières années, les "modérés' sont apparemment mieux organisés, plus unis et plus aptes à avancer un programme alternatif; ceci s'est manifesté dans le refus obstiné de Teng de faire le moindre pour ses "crimes". Le poids numérique important des cadres "libérés" dans l'administration donne aux leaders "modérés" un certain degré d'immunité, puisque les menaces dirigées contre eux risquent de stimuler l'opposition d'une couche entière de la bureaucratie. On estime, par exemple, que 12 vice-premiers ministres et ministres, 81 officiels du Conseil d'Etat et plus de 500 personnages-clé dans l'appareil central appartiennent à la catégorie des cadres "libérés". Comme je l'ai signalé dans mon article précédent, voici un autre caractère décisif de la dernière période : bien que les tensions sociales mises en relief si dramatiquement par la Révolution Culturelle continuent de s'exacerber, les masses se tournent de moins en moins vers une quelconque section de la direction bureaucratique pour y chercher des solutions, Elles comptent de plus en plus sur leurs actions propres et indépendantes. Ceci est prouvé, entre autre, par la vague de grèves de Hangchow en 1975 et par l'attitude des Gardes Rouges mobilisés puis réprimés par les leaders "radicaux"' en 1966 : ensemble avec un grand nombre de jeunes chômeurs des villes et des villages, ces derniers sont maintenant prêts à lutter contre le groupe Mao-Chiang Ching. L'émergence de puissants courants révolutionnaires clandestins dans la jeunesse chinoise est démontrée le plus clairement par la célèbre "affiche Li I-Che" collée à Canton à la fin de 1974. J'en discuterai d'ailleurs l'importance dans un prochain article. Pour résumer, ces changements importants consti-

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CHINE tuent la raison essentielle de l'insistance des maoistes sur une stricte réglementation de la campagne anti-Teng et sur l'interdiction absolue de création d'organisations de masse. L'émeute de Tien-An-Men Examinons maintenant la phase la plus récente de la crise politique actuelle, et en particulier les émeutes de la place Tien-An-Men à Pékin. A cette occasion, plus de 100 miliciens furent blessés, dont 12 grièvement, par une foule en colère contre l'enlèvement des couronnes de fleurs déposées en mémoire de Chou En Lai. Les événements de Tien-An-Men représentent-ils la manifestation d'un soutien de masse au programme politique de Teng "contre-révolutionnaire", qui se déchaîna sur la place, fut-elle le fruit d'une machination de Teng et de ses partisans, comme le prétendent les maoistes ? La réponse aux deux questions semblerait être non. Le correspondant de Pékin de l'hebdomadaire de HongKong (''Far Eastern Economic Review"), qui était présent durant quelques heures sur la place, "n'a ni vu ni entendu le nom de Teng une seule fois". Au contraire, tous les reportages indiquent que si un nom suscita le rassemblement des masses, c'était bien celui de Chou En Lai. Ce serait une démarche non seulement peu caractéristique mais absurde, pour Teng, ce maitre de la manoeuvre bureaucratique, d'avoir organisé l'incident qui procure à ses ennemis précisément l'excuse dont ils avaient besoin pour lui retirer tout son pouvoir. De plus, on devrait aussi se rappeler dans ce contexte, que c'était l'allié de Teng, Wu-Teh qui, s'adressant aux masses durant les heurts, les mettait en garde contre "les ennemis de classe et les contre-révolutionnaires". Les faits rapportés aussi bien dans les articles détaillés et sans détours du "Quotidien du Peuple" que dans les comptes-rendus des journalistes occidentaux présents lors de ces troubles, montrent clairement que toute théorie d'un "complot contre-révolutionnaire organisé et prémédité" est absolument sans consistance. Un des principaux thèmes des manifestants - qui chantaient l'Internationale, levaient le poing et insistaient sans cesse sur leur fidélité au marxisme - n'était autre que la revendication des droits démocratiques et l'opposition aux implications totalitaires de la campagne menée par les "radicaux" en faveur du renforcement de la "dictature globale". (Comme l'affiche de Li I-Che l'indiquait à Canton, la principale victime de cette "dictature' n'est pas la "classe privilégiée" mais le "mouvement de masse apparu récemment"). Ceci est démontré très clairement, par exemple, dans le poème "décadent et réactionnaire" reproduit et collé sur la place par des "contrerévoluti›nnaires", poème finalement republié dans le "Quotidien du Peuple" :

Les démons hurlent lorsque nous déversons notre chagrin,

Nous pleurons mais les loups s'esclaffent,

Nous répandons notre sang à la mémoire du héros,

La tête haute haute nous tirons nos épées. La Chine n'est plus la Chine d'autrefois, Et le peuple n'est plus plongé dans l'ignorance absolue,

C'en est fini à tout jamais de la société féodale de Chin Shih Huang.

Nous croyons dans le marxisme-léninisme !

Au diable ces intellectuels qui le châtrent ! Pour l'amour du véritable marxisme-léninisme,

Nous ne craignons pas de sacrifier nos vies ni de verser notre sang,

Et le jour où sera accomplie la modernisation de la Chine,

Nous reviendrons pour offrir libations et sacrifices. La référence à Chin Shih Huang, premier unificateur despotique de l'Empire chinois, est en fait une attaque contre la campagne de la "dictature"', puisque Chin Shih Huang et sa philosophie légaliste de type totalitaire fut récemment l'objet de louanges de la part des "radicaux". Il est intéressant de constater que, après la première publication du poème dans la presse nationale, une directive officielle fut publiée par New China News Agency, interdisant aux rédacteurs en chef de l'imprimer "sous la forme d'un poème" certainement afin de le rendre moins attractif et moins frappant pour les lecteurs.

Wang Hung Wen et Chiang Ching Les manifestants mirent aussi en place un "comité du peuple de la capitale pour la commémoration du Premier Ministre". Ils avancèrent un certain nombre de revendications non spécifiées dans le rapport du "Quotidien

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du Peuple" et, lorsque les hommes de l'ALP entrèrent sur la place, ils lancèrent des mots d'ordre tels que "l'armée du peuple devrait être du côté du peuple" et "ceux qui sont trompés par les autres sont innocents". Dans un tel contexte, les heurts qui eurent lieu ensuite avec la police, l'armée et la milice, laissent entrevoir une autre signification que celle qui leur a été donnée dans la presse maoiste. Cependant, on ne peut éliminer le fait que des "hooligans" et des "mauvais éléments" y étaient pour quelque chose. On voyait aussi des affiches sur la place attaquant la femme de Mao, Chiang Ching comme étant une moderne "Impératrice Douairière", Le fait que les autorités furent contraintes d'envoyer des dizaines de milliers de policiers, dont beaucoup venaient de l'extérieur de la capitale là en juger d'après les plaques minéralogiques), montre que les manifestants étaient beaucoup plus nombreux que la "petite poignée" mentionnée dans le "Quotidien du PeuUn tournant à gauche? La signification des événements de Tien-An-Men est la suivante : les partisans de la fraction Chou-Teng, soit par insousiance ou par erreur de calcul, avaient créé les conditions d'une exacerbation des tensions qui s'exprimèrent dans ce que les maoistes appelèrent très vite un incident "de type hongrois"'. Il est important de préciser que l'agitation déborda les frontières de Pékin. Ainsi, à Honan, un fonctionnaire fut tué par une foule "contre-révolutionnaire'; à Nanking, des manifestations pro-Chou-En -Lai se combinèrent, selon les informations, avec des grèves des chemins de fer. Les références officielles aux "tentatives d'attribuer à Teng le rôle de Nagy, meneur des troubles contre-révolutionnaires en Hongrie", peuvent involontairement être une représentation pas totalement incorrecte de ce "Printemps de Pékin". En effet, l'histoire récente de l'Europe de l'Est montre clairement que, dans de tels soulèvements anti-bureaucratiques, il n'est pas rare que les masses développent des illusions envers une aile "libéralisante' de la bureaucratie. Mais il est tout aussi probable que des forces réellement anti-bureaucratiques utilisèrent ces divisions au sein de la direction comme couverture pour avancer leurs propres revendications pour les droits démocratiques. En terme de lutte de fractions au somnet, la chute de Teng ne peut être assimilée à un tournant décisif à gauche. Aujourd'hui, dans la mesure où la base de masse de Mao est érodée et où une opération identique à celle qui permit d'évincer Liou-Shao-Chi n'est plus possible, la campagne anti-Teng aurait probablement échoué, comme toutes les autres campagnes

"radicales" des derniers mois, si ne s'était manifestée l'insouciance apparente d'un groupe de partisans de Teng. Même après les événements de Tien-An-Men, la crainte des maoistes d'un mouvement de masse les empêcha de mettre à profit leur avantage temporaire contre les "modérés". Le "Quotidien du Peuple'' du 6 avril mit en garde ses partisans contre "l'établissement de liens interunités, l'organisation de groupes de combat, la formation de fractions". Comme pour souligner l'impuissance de l'offensive "radicale" , le même jour que Teng fut dépossédé de ses fonctions (mais, c'est à noter, non de son appartenance au Parti), le leader "modéré" Li Hsien-Nien, lui-même attaqué ces dernières semaines réapparut en public pour la première fois depuis les obsèques de Chou.

Chou En Lai et Teng Hsiao Ping Le principal bénéficiaire de la crise fut en fait un vague regroupement "centriste" représenté par le nouveau premier ministre HuaKuo-Feng, un bureaucrate de province, dont les principales qualifications pour le pouvoir semblent être son indépendance par rapport aux deux fractions principales et ses liens avec la province de Hsiangtan où Mao est né. La rapidité avec laquelle la nomination de Hua fut approuvée évoque une panique et un choc dans la direction après la dernière vague d'agitation. Les tentatives ultérieures d'attribuer une apparente légitimité à cette nomination, en organisant dans tous ses détails des manifestations de masse, tout sauf spontanées, peuvent difficilement masquer le manque total de réel support à la base de Hua. Comme l'a rapporté le correspondant du Times : "'Les masses de Pékin sur les trottoirs montraient une indifférence marquée aux parades des camions et des écoliers brandissant banderoles et affiches".

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CHINE De nombreuses indications montrent que la lutte fractionnelle est loin d'être plus récentes sont fournies par l'éditorial du "Quotidien du Peuple" du 18 avril dernier, qui appelle à l'élimination des autres "gros bonnets bourgeois" comme Teng, toujours actifs dans le Parti, et prétend que les "ennemis de classe", vaincus à Tien-An-Men, sont en train de préparer une contre-attaque "for -cenée". Mais l'absence d'une nouvelle génération de leaders populaires de la stature de Mao et Chou rend très difficile pour l'une ou l'autre des fractions la consolidation d'une base dans le pays. Comme la mort de Mao approche, les pressions en faveur d'une issue rapide de la lutte pour la direction vont se multiplier, d'autant plus que les "radicaux" ont conscience que le puissant soutien de Mao à leur fraction ne peut durer plus longtemps que Mao lui-même. Ceci fournit l'opportunité d'une bataille pour le pouvoir, se développant exclusivement dans le cadre de l'appareil bureaucratique; elle revêtira de plus en plus la forme stalinienne classique des purges policières et des procès mis en scène. Sous cet angle, les appels de Shanghai réclamant l'exécution de Teng peuvent signifier plus que de simples déclamations.

manifestation sur la place Tien-An-Men Les revendications des masses Dans les luttes qui éclateront à l'avenir, les révolutionnaires chinois ne soutiendront aucune des fractions bureaucratiques. Ils se mettront du côté du mouvement ouvrier indépendant. Ils combattront pour un programme indépendant qui incarne et représente les aspirations, les mécontentements et les revendications de tous les secteurs de masse révolutionnaires. Ils prendront en charge dans ce contexte ces éléments radicaux qui s'expriment de façon fragmentaire et déformée dans les programmes des deux fractions (l'égalitarisme des maoistes, les appels timides des "modérés" à la libéralisation). Un tel programme devrait être élaboré à partir des points suivants (que certains trotskystes chinois tentèrent de formuler au plus fort de la Révolution Culturelle, en février 1967) :

1. Lutte contre le culte de la personnalité.

2. Lutte contre les privilèges, la corruption et la dégénérescence bureaucratiques.

3. Soutien aux principes de la Commune de Paris, c'est-à-dire élections à tous les niveaux, à bulletin secret, de comités d'entreprise, de comités de paysans et de comités de communes.

4. Garanties effectives des droits constitutionnels inscrits dans le troisième chapitre de la Constitution de la République Populaire de Chine : libertés d'expression, de publication, d'association, de manifestations et de grève; liberté de croyance; pas de violation de personnes ni de résidence.

5. Non aux réductions des dépenses sociales ou du niveau de vie des travailleurs et des paysans.

6. Garanties des libertés de débat politique avec les opposants.

7. Soutien pour un bilan complet de la politique intérieure et extérieure du régime depuis 1949.

8. Liberté de la création artistique, de la création littéraire et de toute expression culturelle, mais en application de normes politiques claires.

9. Reconnaissance que l'opposition au "révisionisme " des Russes ne doit pas empêcher la formation d'un Front Unique avec l'URSS contre l'ennemi principal : l'impérialisme US.

10. Subordination, aussi bien en théorie qu'en pratique, des intérêts de la construction du socialisme en Chine à ceux de la Révolution Mondiale.

18 avril 1976

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