ET LES
Nous publions ci-dessous la plate-forme d'accord politique établie entre la LCI et le PRT pour la présentation d'une candidature commune aux élections présidentielles qui doivent se dérouler le 25 juin au Portugal. Ce document est important à plus d'un titre. Il constitue d'abord une base politique claire pour l'intervention des militants révolutionnaires dans la situation portugaise, à l'issue de la victoire des organisations ouvrières aux récentes élections législatives. Il témoigne aussi de la possibilité d'unification rapide de toutes les forces qui se réclament du trostkysme au Portugal: cette activité et orientation commune de la LCI et du PRT pendant la campagne électorale autour d'une candidature d'indépendance et d'unité des travailleurs contre les capitalistes et les généraux appuyés par les directions réformistes, est donc un pas en avant considérable : ers la construction d'une forte section portugaise de la IVème Internationale.
La candidate soutenue par la LCI et le PRT s'appelle ARLETE VIEIRA DA SILVA. C'est une femme, une travailleuse, une révolutionnaire. Arlete est née en 1940. Militante du PCP depuis l'âge de 16 ans, elle fut longtemps dans la clandestinité permanente et l'une des responsables du PCP pour son travail dans la ceinture industrielle de Lisbonne, où elle organisa plusieurs grèves. Cette activité inlassable, surtout après son expulsion de l'enseignement en 1965, lui valut cinq longs séjours dans les geôles de la PIDE, la dernière fois pendant trois ans, soumise à la torture du sommeil et de la bastonnade, dont ses poignets cassés portent encore les traces. Elle sortit de cet enfer sans avoir parlé. Le PCP, après l'avoir envoyée effectuer plusieurs stages en URSS et à Prague, l'investissait des mêmes responsabilités. Arlete démissionna de ses responsabilités après le 25 avril 1974, avant de quitter le PCP à la fin de la même année. "Comment pouvais - je accepter de voir le Parti combattre les grèves et s'asseoir à la même table que Spinola et Sa Carneiro ?" disait-elle.
ACCORD
LCI-PRT
En votant le 25 avril 1976, les travailleurs portugais ont donné massivement leurs voix aux partis et organisations ouvrières et notamment au Parti socialiste et au Parti communiste portugais.
En confirmant les partis bourgeois dans la minorité où ils se trouvaient déjà à l'Assemblée constituante, les femmes et les hommes des classes laborieuses ont clairement montré leur volonté de défendre et d'étendre les conquêtes qu'ils ont arrachées au cours de ces deux années de processus révolutionnaire au Portugal, Ils ont ainsi utilisé le moyen limité que leur fournissait ces élections - le bulletin de vote - pour dire "non" à la terreur fasciste des bourreaux de la PIDE, "non" à la récupération capitaliste des patrons, "non" à la tutelle des généraux réactionnaires, "'non" à la répression contre les travailleurs, "non" à la limitation de leurs libertés démocratiques. Les résultats des élections à l'Assemblée de la République constituent, deux ans après la chute de la dictature, une victoire des masses laborieuses.
En confiant la majorité écrasante de leurs suffrages aux deux grands partis ouvriers dans lesquels ils se reconnaissent, les travailleurs ont aussi clairement montré la voie à suivre pour prolonger cette victoire sur le terrain des élections présidentielles : la présentation d'un candidat ouvrier unique par le PS et le PCP.
Quels que soient ses désaccords avec l'orientation de ces deux partis, tout travailleur, tout militant ouvrier appuierait une telle candidature, parce qu'elle matérialiserait le mieux, au stade actuel de développement de la lutte des
classes, l'unité et l'indépendance du mouvement ouvrier face aux combinaisons politiques avec des représentants de la bourgeoisie civile ou militaire. Mais les capitalistes et les militaires, avec la complicité active ou passive des directions du PS et du PCP, tentent de voler aux travailleurs portugais les fruits de leur victoire du 25 1976. Qu'ils soient socialistes, communistes, d'un quelconque courant du nouvement ouvrier ou dans aucun parti, les travailleurs assistent en ce moment au lamentable spectacle de leurs partis, majoritaires à l'issue de ces élections, se mettant à la remorque d'un général dont tout le passé, tout le présent, toutes les déclarations et toutes les actions sont une profession de foi en faveur de l'ordre capitaliste. Les millions de femmes et d'hommes qui ont voté pour les partis ouvriers, et avant tout pour le PS et le PCP, ont-ils donné leur confiance, ce jour-là, à Ramalho Eanes, à Pinheiro de Azevedo, à Costa Gomes pour leur garantir un avenir sans exploitation ni oppression ? Parce qu'eux-mêmes savent bien que non, les dirigeants du PS et du PCP mènent leurs tractations dans les couloirs du gouvernement et surtout du Conseil de la révolution. Le but de ces manoeuvres ne fait pourtant plus aucun doute pour personne : les dirigeants du PS et du PCP veulent se ser -vir du capital de confiance dont ils jouissent pour le remettre à un général qui n'attendra sûrement pas longtemps avant de l'utiliser contre les aspirations des masses laborieuses. Une telle capitulation, que la Ligue Communiste Internationaliste et le Parti Révolutionnaire des Travailleurs ont combattu pendant la campagne électorale législative, représente une grave menace pour l'indépendance des travailleurs et pour l'avenir de leurs luttes. La LCI et le PRT s'adressent à tous les travailleurs portugais, à toutes les organisations du mouvement ouvrier et par -ticulièrement au PS et au PCP, pour qu'une candidature ouvrière unique soit présente dans ces élections présidentielles. Il le faut absolument pour que les travailleurs portugais puissent, en votant pour leur candidat, continuer à exprimer la volonté qu'ils ont manifestée le 25 avril 1976, en envoyant une maiorité de gauche à l'Assemblée de la République. Malgré leurs divergences probables avec la plate-forme d'un tel candidat, la LCI et le PRT joindraient leurs voix à celles des millions de travailleurs, qui assureraient son élection contre tous ses adversaires bourgeois, en civil ou en uniforme. En présentant dès maintenant leur candidat, la LCI et le PRT n'entendent pas boucher cette voie, mais au contraire la sauvegarder jusqu'à la dernière minute. La présence d'un candidat travailleur constitue une garantie pour tous les travailleurs qu'ils pourront, en l'absence d'un candidat présenté par le PS ou le PCP - ou mieux encore par les deux ensemble -, donner leur vote à un candidat ouvrier non lié à un parti bourgeois, à l'appareil d'Etat ou à la hiérarchie militaire.
Les deux organisations sont disposées à discuter avec toutes les forces du mouvement ouvrier de la plate-forme de cette candidature, ou d'une autre qui pourrait leur être proposée. Mais la LCI et le PRT considèrent les points suivants, défendus par leur candidat commun, comme des conditions minimales pour garantir son, indépendance de classe par rapport à la bourgeoisie et pour fournir une contribution effective au renforcement de l'indispensable unité des travail1. - Le candidat défendra intransigeamment l'indépendance absolue du mouvement ouvrier face à la bourgeoisie. Le candidat défendra la formation d'un gouvernement représentatif de la volonté des travailleurs, telle qu'elle s'est exprimée lors des dernières élections. En votant pour le PS et le PCP, la masse des travailleurs portugais a renouvelé son appui aux deux partis majoritaires de la classe ouvrière et apporté son soutien à la formation d'un gouvernement sans capitalistes ni généraux. Dans ce but le candidat, en cas d'élection, s'engage à charger le secrétaire général du PS, Mario Soares, ou un dirigeant choisi par le PS, de constituer un gouvernement représentatif de la volonté des travailleurs, tel -le qu'elle s'est exprimée lors des dernières élections; c'est-à-dire un gouvernement sans capitalistes ni généraux, appuyé sur la majorité parlementaire de gauche, l'unité du PS et du PCP dans les luttes et la mobilisation de tous les travailleurs. En prenant cette position, le candidat ne donne pas son aval aux programmes du PS et du PCP mais, au contraire, marque sa détermination, malgré ses profondes divergences politiques, de respecter la volonté des travailleurs traduite dans les 53 % obtenus par les organisations ouvrières le 25 avril 1976. 2. - Le respect de cette volonté des travailleurs implique la rupture de toute collaboration avec la bourgeoisie. Par leurs suffrages en faveur des partis ouvriers, les travailleurs ont voté contre la collaboration de classe avec la bourgeoisie, ses partis et ses institutions civiles ou militaires. En appelant le PS et le PCP à rompre toute collaboration avec la bourgeoisie et à déchirer le Pacte anti-ouvrier signé entre le Conseil de la Révolution et les principaux partis bourgeois et ouvriers, le candidat s'engage à lutter pour que ce gouvernement, comme la majorité de l'Assemblée de la République, puisse gouverner et légiférer librement, en dehors de tous les conditionnements et contraintes que le Pacte fait peser sur eux, en raison des pouvoirs de tutelle écrasants qu'il confère au Conseil de la Révolution et au Président de la République. 3. - Le candidat défendra intransigeamment la nécessité de l'unité du mouvement ouvrier et de ses organisations contre l'ennemi commun des travailleurs : la bourgeoisie, en civil et en uniforme.
Pendant sa campagne, il défendra avec force la nécessité d'un tel front unique ouvrier, dont le PS et le PCP portent la majeure part de responsabilité dans les luttes, au Parlement comme au niveau du gouvernement. ment rd-eprendra postati de la granderne- Le candidat masse des travailleurs à travers leurs partis majoritaires. Il expliquera qu'une telle solution peut être un pas en avant important sur le chemin de l'indépendance et de l'unité des travailleurs. Mais la présence de ministres du PCP, pas plus que celle du PS, ne garantissent par elles-mêmes le caractère anti-capitaliste de ce gouvernement. Elles font cependant assumer à la direction du PCP comme à celle du PS leurs responsabilités conjointes face aux travailleurs. Le candidat dira aux travailleurs socialistes, aux travailleurs communistes, à tous les travailleurs, que seule la rupture du PS et du PCP avec la bourgeoisie et avec le pacte anti-ouvrier, que seul le front commun de leurs organisations contre le Capital, et un gouvernement du PS et du PCP appuyé sur la mobilisation unitaire des travailleurs, peuvent ouvrir la voie pour une solution ouvrière à la crise capitaliste actuelle. C'est pourquoi, dans l'hypothèse d'un éventuel gouvernement du PS après les élections présidentielles, le candidat répondra aux prétentions de la direction du PS à gouverner "seule" en la mettant au défi de constituer ce gouvernement sans capitalistes ni généraux. Dans tous les cas, la formation du gouvernement devrait répondre à la condition essentielle que le PS, comme le PCP, rompe avec le Pacte "Conseil de la Révolution - partis" et, qu'au lieu de la collaboration qu'il a pratiquée jusqu'ici avec les forces de la bourgeoisie, il favorise l'unité des travailleurs et de leurs organisations, c'est-àdire avant tout l'accord entre le PS et le PCP pour la défense des intérêts des masses laborieuses, dans les luttes comme au Parlement. 4. - Mais l'émancipation des travailleurs ne peut être que l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes. Leur affranchissement de l'exploitation et de l'oppression ne dépend pas d'un plus ou moins bon président de la république, mais de leurs combats quotidiens contre le Capital, son Etat, ses partis et ses généraux. C'est dès maintenant aux travailleurs des villes et des champs que revient de définir les revendications immédiates qui doivent être satisfaites pour garantir et faire progresser leur niveau de vie face à la crise du capitalisme. Les revendications avancées dans de nombreuses luttes par les syndicats et Commissions de travailleurs doivent figurer au premier plan de l'élaboration d'un plan de lutte d'urgence; ces mesures essentielles comprennent, parmi les plus importantes : - l'augmentation immédiate des salaires de
2000 escudos pour tous; - le salaire minimum garanti pour tous de
6000 escudos;
- contre la hause des prix : l'échelle mobile des salaires; - contre le chômage : la répartition du travail existant entre tous les bras disponibles, l'interdiction de tout licenciement et la mise en oeuvre d'un plan national de travaux publics répondant aux besoins sociaux des travail- contre le retour de l'autorité patronale et des grands propriétaires terriens : la défense et la généralisation du contrôle ouvrier, des nationalisations sans indemnité ni rachat, et de - contre la discipline militaire des casernes :
tous les droits démocratiques d'expression, de réunion et d'organisation pour les soldats; - contre l'exploitation et l'oppression des femmes : à travail égal, salaire égal; - pour la libération des femmes du travail domestique : la création de crèches, de laveries, de restaurants populaires subventionnés par l'Etat; - pour le droit des femmes à disposer de leur propre corps : contraception et avortement libres et gratuits. 5. - Le candidat appuiera la convocation d'un congrès démocratique de tous les syndicats pour discuter et élaborer démocratiquement ce plan de lutte. En outre, le congrès des syndicats doit permettre de consacrer, dans la libre expression du droit de tendance, la transformationde l'Intersyndicale en centrale syndicale unique et démocratique des travailleurs, De plus, le congrès syndical doit exiger du gouvernement qu'il soit responsable devant lui de l'application du plan de lutte élaboré et adopté par les travailleurs. 6. - Parallèlement, pour favoriser l'application du contrôle ouvrier et permettre aux travailleurs de coordonner leurs expériences en vue d'une gestion socialiste de la société au moyen d'une planification socialiste de l'économie, le candidat appellera à la coordination par branche industrielle et par région des commissions de travailleurs, dans la perspective de leur centralisation au niveau national comme organes du pouvoir des travailleurs capables de détruire l'Etat bourgeois et de mettre en oeuvre la construction de la société socialiste. En présentant leur candidat commun aux élections présidentielles, la LCI et le PRT sont conscients de franchir un pas important en avant dans leur activité et orientation communes, qui doit les mener, le plus rapidement possible, à la fusion des deux organisations pour construire la section portugaise de la IVème Internationale. Le 9 Mai 1976 Liga Comunista Internacionalista (organisation sympathisante de la IVème Internationale). Partido Revolucionario dos Trabalhadores.