Inprecor 1974–2004

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ALLEMAGNE

La grève dans l'imprimerie : un tournant dans la lutte de classe

· Inprecor (première série) n° 52, 27 mai 1976 · p. 7-13 · 5 164 mots

Syndicalisme Allemagne Stalinisme Économie mondiale

DRUCK ARBEITER bei SPRINGER

LA GREVE DANS L'IMPRIMERIE

UN TOURNANT DANS

LA LUTTE DE CLASSE

R.E.A im STREiKtur 9%

La lutte des ouvriers de l'imprimerie d'Allemagne occidentale, qui s'étend du 29 avril au 13 mai 1976, représente un tournant dans la lutte des classes en RFA. Depuis la grève des services publics au printemps 1974, il n'y avait plus eu de confrontation ouverte entre Capital et Travail jusqu'au début de 1976. La ligne de remontée des luttes ouvrières, qui avait débuté avec les grèves sauvages d'automne 1969, semblait interrompue. La vague de grèves d'avertissements de 400. 000 métallos qui, au cours des négociations sur le renouvellement du contrat collectif de mars-avril 1976 exercèrent ainsi une forte pression sur "leurs" patrons, avait déjà signalé qu'un tournant était en train de se préparer. La lutte des imprimeurs et des typographes, qui s'est terminée par le référendum du 18 mai, constitue le tournant à proprement parler. Le fait que la lutte ait eu lieu lui donne déjà en elle-même une signification historique. Mais cette constatation prend d'autant plus d'importance si l'on tient compte de la forme concrète de la lutte et des expériences rassemblées à cette occasion. Tout cela donne à cette lutte un caractère de lutte exemplaire.

W.WOLE Dieser Betrien Dieser Betriet wird bestreikt wird bestreik! Plus d'un million de chômeurs depuis 18 mois Il est nécessaire d'esquisser rapidement l'arrière fond de la reprise des luttes de classes Allemagne occidentale, sur lequel se dessine la grève des ouvriers allemands de l'imprimerie (1). La principale expérience que la classe ouvrière ouest-allemande a faite avec la récession 197475 est la suivante : la République fédérale allemande ne constitue pas un îlot dans l'océan capitaliste. La récession économique en RFA, en 1966-67 ne fut pas un "accident de parcours". On ne peut pas l'attribuer à des "erreurs d'administration" du gouvernement chrétien-démocrate (CDU-CSU) de l'époque. Au point culminant de la crise économique de 1974-75, il y eut 1,2 millions de chômeurs complets, et près d'un million de chômeurs partiels. Mai 1976 est, pour la classe ouvrière ouest-allemande, le 18ème mois consécutif avec plus d'un million de chômeurs. Comme au printemps 1975, tous les porte-parole de la bourgeoisie continuent à clamer : "La reprise vient, la reprise est là". Il faut reconnaitre que cette année, ces prophètes ont eu raison. Mais ils ne proclament qu'une demi-vérité. Il est vrai que la reprise de la croissance des chiffres d'affaires, des ventes, de la production, des profits, a commencé. Déjà l'année 1975 fut celle des plus-values boursières les plus impor-

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R.E.A tantes depuis de longues années. Pour l'année 1976, on s'attend à une croissance réelle du Produit National Brut d'au moins 5, 5 %, et d'après les estimations officielles, à une augmentation des profits d'au moins 14,5 %. Du côté de la classe ouvrière, il y a cependant peu de raisons d'applaudir à une reprise comme celle qui est en train de se produire actuellement. Le chômage recule lentement au cours des derniers mois. Mais il reste encore supé-

Get toutes les prévisions concordent pour établir que la moyenne des chômeurs pour l'année 1976 oscillera autour d'un million. Au cours des années 1975-76, de larges secteurs de la classe ouvrière ouest-allemande ont perdu en moyenne annuelle de 2 à 4 % de leur salaire réel. Fondamentalement, cette situation n'est pas changée du fait des luttes qui ont eu lieu au cours des dernières semaines, dans la métallurgie et dans les imprimeries. Seule une reprise des luttes de couches plus larges de la classe ouvrière, au cours de l'automne de cette année, pourrait provoquer un retournement de la situation sur le front des salaires réels. Expériences de lutte limitées La crise économique avait frappé la classe ouvrière ouest-allemande à un moment où elle n'y était pas préparée - manque de préparation supérieur à celui de la plupart des autres pays capitalistes d'Europe. La classe ouvrière ouest-allemande a déjà accumulé moins d'expériences de lutte que d'autres classes ouvrières au cours des deux dernières décennies, pour des raisons historiques bien connues. Des éléments d'une direction de lutte de classe lui font encore plus cruellement défaut que dans d'autres pays.

de la période 1948-1952, les premières grandes luttes - si l'on fait exception de la grève des métallos de 1963 - se sont produites dans la période 1969-1973, au cours d'un boom ininterrompu de l'économie ouest-allemande. Il en résulta qu'en opposition avec d'autres pays, la classe ouvrière ouest-allemande ne fut pratiquement pas confrontée avec le problème du chômage massif pendant cette période. Même la question de la fermeture d'usines ne joua pas un rôle important. Le boom permit à beaucoup d'entreprises petites et instables de se laisser flotter sur les vagues de la croissance économique. En plus, le changement de gouvernement qui s'est produit en 1969 avait troublé la situation sur le terrain politique. L'impression pouvait être créée (et les sociaux-démocrates firent tout pour présenter les choses de cette façon et. pour renforcer cette impression !) que le gouvernement CDU était responsable de la récession de 1966-67 et qu'un gouvernement socialdémocrate, "ami des travailleurs", suivrait une politique capable d'éviter des crises de cette nature et pourrait, de toute façon garantir, ou du moins rendre possible, une croissance continue des salaires réels.

En fait, au cours de la récession 1971-1972, la RFA constitua un ilot exceptionnel au sein du monde impérialiste. Alors qu'il y avait 10 millions de chômeurs pendant cet hiver-là dans les pays impérialistes, en RFA il y eut non seulement un chômage fort limité (en moyenne, 200.000 à 250.000 chômeurs), mais il y eut encore, pendant ces années, une augmentation sensible des revenus réels de la classe ouvrière. Les travailleurs avaient donc réappris à lutter, mais ils avaient réappris à lutter dans des conditions de boom uniquement . La direction qui commença à se cristalliser dans ces conditions, avait des expériences limitées à ce genre de luttes. Et surtout, cette direction était encore étroitement liée à la bureaucratie syndicale, qui avait réussi pendant la période 1970-1974 à conserver son contrôle sur les luttes ouvrières, grâce à une politique syndicale active (à l'exception des grèves "sauvages" de 1973). Aussi longtemps qu'une certaine marge de manoeuvre exista pour la bu-

SIPAD

BUNDESTHaS KOALITION WAHLEN 1976 reaucratie syndicale, et que le gouvernement dirigé par le SPD la lui accorda, le problème d'un conflit entre la nouvelle direction des luttes ou -vrières à la base et la bureaucratie syndicale ne pouvait pas apparaitre immédiatement à la Avec le début de la récession économique internationale, et l'éclatement d'une crise économique plus grave en RFA elle-même, cette période tou-

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cha à sa fin. Le patronat dicta les règles du jeu et les transmit à la direction syndicale qui lui est étroitement liée. La grève des services publics de 1974, et la manière dont Brandt y intervint, manifesta cela clairement et publiquement. Le tournant fut trop brusque, et la lutte syndicale éclata néanmoins à cette occasion encore et fut couronnée de succès. Mais ce fut le point final de toute la phase 1969-1974. A par -tir de ce moment-là, la direction syndicale capitula devant le gouvernement SPD. La classe ouvrière fut entrainée, sans riposte organisée, dans le tourbillon du chômage massif. La direction des luttes, qui s'était cristallisée au niveau des entreprises et des cadres syndicaux moyens, était désarmée devant cette situation nouvelle. De ce fait, il y eut un arrêt prolongé des luttes ou -vrières. Il serait pourtant erroné de juger la période 1974-début 1976 comme signifiant que le développement de nouvelles directions au niveau des entreprises, et l'assimilation des expériences faites, soit lui aussi arrêté. Souterrainement, la fermentation s'est poursuivie. A certains endroits - l'occupation d'usine à Erwitte (en Westphalie) en était le signe le plus net - des changements importants s'annoncèrent, Dans certains cas, cette évolution souterraine conduisit de la fermentation au sein des entreprises et des syndicats jusqu'au seuil d'éclatement de luttes ouvertes (DVA à Stuttgart; Audi/NSU à Neckarsulm; VFW à Speyer). Mais en général, la classe ouvrière n'était pas prête à s'écarter du bouclier syndical. Vu la faiblesse d'une direction de rechange, elle n'était pas non plus capable de risquer une lutte ouverte. Et pareille lutte ouverte aurait été nécessaire pour passer outre à l'alliance bureaucratie syndicale-gouvernement sous direction social-démocrate. Une comparaison: 1966 - 67 et 1976 La rapidité avec laquelle la classe ouvrière a riposté dès la fin de la récession, en 1976, et la comparaison avec ses réactions à la crise de 1966-67 permettent de préciser les changements qui sont intervenus entretemps dans la combativité et la conscience des travailleurs ouest-allemands. La crise de 1966-67 était terminée pour le patronat dès le début de 1967. Une comparaison en termes purement économiques permettrait d'identifier février 1976 avec février 1967. Mais les accords salariaux des années 1967 et 1968 restèrent extrêmement bas, liés en partie à des contrats d'une durée particulièrement prolongée. Simultanément, il y eut un boom de profits capitalistes qui ne pouvait plus être camouflé. Mais c'est seulement en septembre 1969 que la classe ouvrière répondit sous forme d'une vague de grèves sauvages, qui a sans aucun doute une importance politique exceptionnellement grande, mais qui, en ce qui concerne le nombre des combattants, ne représente qu'une fraction des mobilisations du printemps 1976.

Cette année-ci, les choses se passent déjà fort différemment. A peine la crise des profits capitalistes est-elle terminée, et à peine les chiffres de la croissance économique prévue_pour cette année-ci sont-ils publiés, que les luttes éclatent déjà. Mieux encore : une large couche de syndicalistes affirme déjà qu'en automne, il faudrait du "rabiot" pour que les secteurs de la classe ouvrière qui ont dû conclure leurs négociations tarifaires trop tôt, et à un niveau trop bas, puissent être satisfaits, eux aussi. Il faut reconnaitre que de leur point de vue, les capitalistes n'ont pas tort de se lamenter que, ce faisant, on risque de tordre le cou aux profits, même si cela est en contradiction avec la théorie "keynésienne de gauche" qui exerce une certaine influence dans les milieux syndicaux ouest-allemands. Ce qui inquiète le patronat, ce sont moins les chiffres absolus d'accroissement des salaires nominaux que les travailleurs pourraient arracher. Ce qui l'inquiète, c'est surtout le fait que les luttes ont redémarré dès maintenant. Ce fait représente pour les capitalistes ouest-allemands une entrée en matière négative pour la prochaine étape de la lutte de concurrence inter-capitaliste sur le marché mondial. Ils avaient beaucoup misé sur cette étape : une nouvelle poussée des exportations, tant des exportations de marchandises que des exportations de capitaux, toutes les deux rendues possibles par le recul des salaires réels des travailleurs ouest-allemands et un taux d'inflation fort bas, si on le mesure à celui des principaux concurrents de l'impérialisme ouest-allemand. Mais des luttes ouvrières qui redémarrent dès le début de la reprise économique, et les perspectives qui peuvent être dégagées d'une telle dynamique, pourraient remettre en question les prévisions capitalistes, ou du moins les rendre plus problématiques. La bureaucratie syndicale oscille La relance des luttes fut initiée en RFA par la bureaucratie syndicale, d'abord par le syndicat des métallurgistes. Dans ce cas, la direction du syndicat, autour de Loderer, était opposée à une ligne combative au cours des négociations salariales. Mais cette ligne lui fut imposée par la bureaucratie régionale, sous Steinkühler (Bade-Wurtemberg) et la mobilisation de la base qui s'en suivit. Sans doute pas mal d'observateurs superficiels et ayant perdu la mémoire seraient tentés d'entonner des panégyriques des dirigeants syndicaux, après les grèves d'avertissement des métallos et les grèves des ouvriers de l'imprimerie. N'ont-ils pas éte malins d'attendre la fin de la crise, et d'avoir déclenché des luttes dès que celle-ci eut pris fin ? Pareil jugement serait erroné. Cela se dégage justement d'une analyse de ce qui s'est réellement passé cette année.

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R.F.A Il est par contre juste de souligner qu'au sein de la classe ouvrière et de ses cadres dirigeants au niveau des entreprises, l'expérience de la crise économique a été assimilée, et que cela a conduit à certains endroits, à une prise de conscience de ce que la lutte pourrait être menée également, fut-ce dans des formes et avec des buts différents, en période de crise. Il est même juste de constater que la fin de la crise économique a été le signal, pour de larges couches de la classe ouvrière, de ce que la pause qui leur avait été imposée était terminée.

HELMUT SCHMIDT La bureaucratie syndicale a suivi cette évolution. Elle a constamment tâté le pouls de la classe ouvrière, même si pas nécessairement dans de bonnes intentions. A cela s'ajoute que la direction syndicale a tiré ses conclusions des grèves sauvages de 1969, et qu'elle n'a pas voulu revivre un deuxième exemple de de redémarrage des luttes sous forme de débordement, alors qu'elle s'était efforcée, pendant de longues années, de regagner la confiance perdue en 1969. Il serait évidemment exagéré d'affirmer que la bureaucratie ait saisi la nouvelle situation en tant que telle et dans son entièreté. Pareille interprétation impliquerait une vue statique de la bureaucratie syndicale. Il n'y avait que des parties de la direction syndicale qui comprirent le danger de poursuivre la pratique de signer des contrats collectifs représentant des réductions des salaires réels, dans des conditions de fin de crise économique et de début de reprise. Cela s'applique à la direction régionale de l'IG Metall (syndicat des métallurgistes) de Bade-Wurtemberg, conduite par Steinkühler, et à la direction nationale du syndicat de l'IG Druck und Papier_ (syndicat des ouvriers de l'imprimerie et du papier). On a peine à croire que c'est le dirigeant officiel tristement connu pour son attitude répressive au sein du syndicat, qui y ait vraiment représenté cette prise de conscience. En fait, alors qu'il apparut en tant que tel au cours des négociations salariales, il n'occupe qu'une position symbolique même au sein de la direction de son syndicat. L'influence décisive dans le sens d'une attitude combative fut exercée, au sein de la direction de l'IG Druck und Papier par le rédacteur en chef du journal de ce syndicat, Hensche. La presse bourgeoise bien informée l'a d"ailleurs attaqué en tant que "chef d'orchestre occulte" de l'agitation dans l'industrie du livre. Cela reflète une évolution intéressante au sein de la bureaucratie syndicale, évolution qu'on ne peut pas encore évaluer définitivement. Dans les deux cas où une confrontation dure s'est produite entre syndicats et patrons au cours du printemps 1976: - une partie de la bureaucratie syndicale s'est fermement alignée sur la politique du gouvernement à direction SPD. Il s'agit notamment du chef de l'IG Metall Loderer, et en partie également du groupe de la direction de l'IG Druck und Papier autour de Mahlein. Cette fraction s'est, soit ouvertement prononcée contre la lutte (Loderer), soit a adopté une attitude nettement vacillante (Mahlein); - une autre partie de la bureaucratie syndicale, chaque fois impulsée par des "intellectuels de gauche" a soit habilement traduit la poussée de la base (Hensche), soit l'a anticipée (Steinkühler). Elle a de ce fait déclenché des luttes dures qui l'ont conduite au bord d'un conflit avec le gouvernement et surpassé clairement, dans le cas de l'imprimerie, les maxima d'augmentations des salaires sur lesquels les patrons et le gouvernement s'étaient mis d'accord. Il faut être très prudent en ce qui concerne cette évolution. Il ne s'agit pas de divergences ou d'un fractionnement de la bureaucratie syndicale. La pression de la base est encore trop réduite pour provoquer de telles divergences. Il pourrait s'agir, il est vrai, de signes avant-coureurs d'un processus de différenciation au sein de la bureaucratie syndicale. La ligne différente proposée dans les négociations salariales par Loderer et Mahlein d'une part, et Steinkühler et Hensche d'autre part, reflète le caracture double de la bureaucratie syndicale : être liée d'une part à l'Etat bourgeois, et d'autre part à la base ouvrière. Steinkühler et Hensche ont agi fort nettement dans l'intérêt de la bureaucratie syndicale dans son ensemble, peutêtre même plus que Loderer lui-même. Ils ont mieux saisi le danger que l'attaque massive du patronat contre la classe ouvrière représentait pour le syndicat. Ils ont prévu, mieux que Loderer, qu'une capitulation des dirigeants syndicaux devant le patronat pourrait provoquer de nouveau une perte de contrôle sur les travailleurs. La lutte des imprimeurs et typographes "Nous avions discuté avec tous les grands (!) dirigeants syndicaux avant la conclusion des contrats collectifs, mais pas avec le petit (!)

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syndicat de l'imprimerie de Mahlein", déclara le chancelier Helmuth Schmidt, dépité, lorsqu'éclata la grève des ouvriers de l'imprimerie. Abstraction faite de l'arrogance qui s'exprime dans ces paroles, cette interprétation d'Helmuth Schmidt est profondément "idéaliste". Elle réduit le problème de la grève dans les imprimeries à la question de savoir s'il y a eu ou non un tête-à-tête entre Helmuth Schmidt et Mahlein ! Le déroulement de la grève dans les imprimeries démontre cependant à quel point la personnalité de Mahlein, en tant que président du syndicat, a été peu déterminante pour la conduite de ce combat. Ce fut la base syndicale qui, en dernière analyse, a accentué la lutte.

TRÄNENGAS Wir schaffen

Fallen Reichtum GEGEN STREIKPUSIEN Unternehmer argument: Die Unternelmer haben : die Gevane von buts sid de Die Millionen, Jevestionen von mergen und de die Maschinen und die Polizei! TATSACHE /ST: Wir Arbuter haber: die Gemer vie supeun wow and de Fitettles en beste Arbeitsleute anfermst darum:

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Wern virer ore Pedia

La lutte a traversé plusieurs phases qui ont pu semer la confusion chez des observateurs non initiés. Cela s'explique avant tout par l'attitude hésitante de la direction syndicale, et surtout 1. - D'abord, il y eut le référendum légal sur les propositions patronales. Près de 90 % des syndiqués les ont rejetées et se sont prononcés en faveur des mesures de lutte. 2. - Le syndicat a alors proclamé la grève dans les entreprises-clé comportant quelque 15.000 travailleurs. Quatre heures (!) plus tard, les patrons ripostent en proclamant un lock-out national de tous les 140. 000 ouvriers de l'industrie de l'imprimerie et du papier. 3. - Après quatre jours de grève et de lock-out, dirigeants syndicaux et patronaux se mettent d'accord pour arrêter toutes les mesures de combat (arrêt de la grève et du lock-out) et pour reprendre les négociations. La base ouvrière se révolte contre ce compromis pourri.

4. - Deux jours plus tard, le syndicat proclame la grève à l'échelle nationale, et ce malgré le fait que la différence entre l'offre des patrons et la revendication officielle de la direction syndicale avait été entretemps réduite à 0,2 % du salaire. 5. - Cinq jours plus tard, le syndicat passe de nouveau à la grève partielle dans des entreprises-clé. La justification en est que la caisse de résistance serait insuffisante pour financer une grève totale. De nouveau, une partie de la base se rebelle. En Allemagne du Nord, la grève totale est poursuivie. 6. - Deux jours plus tard, le 13 mai, la direction syndicale conclut l'accord qui apporte, si l'on tient compte des avantages indirects, augmentation de 6, 6 %. On fixe la date du référendum légal qui doit décider si ce résultat est acceptable ou non, à six jours plus tard, alors que les ouvriers sont invités à reprendre immédiatement le travail. Deux conclusions se dégagent de ces zigzags de la lutte dans l'industrie de l'imprimerie. La première concerne l'attitude du patronat. Les patrons ont prononcé le lock-out de tous les ouvriers, immédiatement après la proclamation de la grève partielle le 29 avril 1976. Ils ont ainsi apporté leur contribution à la radicalisation de la lutte. Leur plan a échoué. Mais ce n'était pas un plan de desperados. Il visait un but précis. D'une part, il fallait mettre un cran d'arrêt aux augmentations de salaire dépassant ce que le patronat considère comme acceptable dans le cadre de son dessein fondamental d'augmentation des profits. Déjà les grèves d'avertissement des 400, 000 métallos avaient arraché un taux d'augmentation (6 %) qui dépassait quelque peu cette limite. D'autre part, il fallait adresser un avertissement clair à la bureaucratie syndicale dans son ensemble, afin de freiner des espérances excessives concernant un "rabiot" d'augmentations salariales au cours de l'automne 1976. Dans ce sens, ce ne furent pas les industriels du secteur de l'imprimerie qui aggravèrent le conflit. Ce fut l'intervention personnelle du chef du patronat Schleyer, qui poussa les industriels du secteur à faire preuve d'un maximum de fermeté. La violence de la réaction patronale indique clairement jusqu'à quel point il reste important pour les capitalistes de la RFA de limiter toute nouvelle augmentation des salaires pendant l'automne 1976. Il faut ajouter que les patrons de la RFA ont traditionnellement un recours bien plus rapide au lock-out que leurs collègues des pays capitalistes voisins (où le lock-out est d'ailleurs souvent interdit par la loi). Cutte arme a déjà été utilisée dans la métallurgie en 1963 et en 1971. Elle l'est cette fois-ci dans l'industrie

Elle contirme plus nettement que n'importe quelle autre arme de combat "légal" du patronat, qu'il y a une petite classe de possédants qui détient un monopole d'accès aux

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R.E.A moyens de production, et qui défend ce monopole avec becs et ongles. La deuxième conclusion concerne le rapport entre la bureaucratie et la base syndicale. La grève dans les imprimeries a démontré de manière exemplaire la difficulté que rencontre la direction à conserver le contrôle de la base dans une lutte syndicale dure. Lors des phases "arrêt de la grève" et "passage de la grève totale à la grève partielle", il y a eu de nombreux conflits ouverts, au cours desquels la direction syndicale a dû, la plupart des fois, céder Le résultat du référendum légal du 18 mai 1976 reflète ces difficultés rencontrées par la direction syndicale. Seuls 55 % des membres ont accepté le contenu de l'accord final conclu avec le patronat. Et ce qui est encore plus important : la majorité des ouvriers des grandes entreprises, et des entreprises où la combativité fut très prononcée, a rejeté l'accord final et voté pour la poursuite de la lutte. Mais ces conflits ne sont qu'une des faces des rapports entre la direction et la base syndicale. L'autre face est tout aussi significative : il n'y eut aucune apparition de formes d'organisation en dehors du contrôle syndical. Toutes les luttes, dans toutes les phases du conflit, se sont déroulées derrière le bouclier des syndicats. Une phrase parue dans le journal de grève officiel de l' IG Druck und Papier, est fort éloquente à ce propos : "Lundi, lorsque la direction centrale avait décidé d'interrompre la grève, il a fallu souvent attendre des heures avant que les collègues grévistes et lock-outés_ soient prêts à reprendre le travail. 'Les collègues ont pleuré' _ a rapporté un conseiller d'entreprise désespéré". Traduit en clair, cela signifie : les ouvriers ont obtempéré aux instructions de la direction syndicale, mais en grinçant des dents. C'est une caractéristique importante de la classe ouvrière ouest-allemande, qu'elle choisit autant que possible de lutter à l'aide de l'organisation syndicale, et qu'elle essaie d'éviter des luttes non couvertes par les syndicats, des "grèves sauvages", - surtout après les expériences négatives de 1973. La base de ce comportement doit être trouvée avant tout dans la faiblesse des directions ouvrières et des éléments favorables à la lutte de classe décidée au niveau des entreprises. Y contribue également un degré d'organisation syndical élevé, plus élevé que dans la plupart des autres grands pays capitalistes d'Europe occidentale. Les expériences faites dans la grève Les expériences faites dans la grève des imprimeries sont fort importantes. Bien qu'il s'agisse d'une lutte organisée syndicalement, qui est "légale" même du point de vue propre à la classe bourgeoise, il y a eu, au cours de la lutte, des confrontations violentes et physiques entre les grévistes et la police. Dans plusieurs villes (notamment à Berlin, Franckfort, Stuttgart, Reutlingen), la police est intervenue avec des matraquages contre des piquets de grève et des rassemblements de grévistes. Le but de ces interventions était le plus souvent de rendre possible la parution et la distribution de journaux bourgeois, ou bien d'ouvrir la voie aux camions portant des journaux publiés par des briseurs de grève. Souvent, a suffi qu'un contingent important de policiers soit amené et se mette en rangs de manière menaçante, pour que le même résultat soit atteint. Puisque les directions syndicales appelèrent dans tous les cas à ne pas résister à la police, très souvent les piquets de grève se retirèrent passivement. L'intervention massive de la police dans cette grève, la plupart des fois avec casques, bou -cliers, matraques, etc., a profondément impressionné les ouvriers de l'imprimerie. Jusqu'ici cette forme ouverte de répression étatique a été utilisée contre les "anars", l'extrême-gauche ou, dans le pire des cas, contre des grèves "sauvages". Les tentatives de parties de la gauche d'expliquer que toute cette répression se dirigeait en fait contre le mouvement ouvrier dans son ensemble restèrent abstraites pour les masses les plus larges de travailleurs. L'expérience de la grève de l'imprimerie a maintenant provoqué des fissures claires dans l'idéologie qui présente la police comme "amie et aidant " aussi la classe ouvrière. Une deuxième expérience importante pour une partie des grévistes fut la solidarité d'autres secteurs de la classe ouvrière. En gros, cette solidarité se maintint au niveau de résolutions adoptées au sein d'entreprises et de divers organes syndicaux. Mais dans certains cas il y eut un appui direct à la grève (comme dans la région de Stuttgart). Ceci est d'autant plus important que la direction de la confédération interprofessionnelle DGB fit tout son possible pour empêcher pareille solidarité pratique. Une troisième expérience importante de la grève de l'imprimerie fut la collaboration ponctuel-

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le entre les grévistes d'une part et les étudiants et d'autres secteurs non-prolétariens d'autre part. Dans différents cas, de l'imprimerie Mercator à Berlin-Ouest, des piquets de grève étaient composés d'ouvriers et d'étudiants. A Berlin, il y eut même une confrontation massive d'ouvriers de l'imprimerie et d'étudiants avec la police. Des incidents similaires eurent lieu à Reutlingen, dans l'Allemagne méridionale. Il est important d'insister sur le fait qu'à peu d'exceptions près (comme Kiel en 1969 et Merck/Darmstadt en 1971) il n'y a encore jamais eu une telle intervention massive des étudiants dans une grève, intervention acceptée par les travailleurs. La séparation des mobilisations d'étudiants, de lycéens et d'apprentis d'une part et des luttes ouvrières d'autre part, avait justement été une des caractéristiques négatives de la remontée des luttes en RFA dans la période 1969-1973. Une quatrième expérience de la grève fut celle de l'organisation effective des piguets de grève, qui n'avaient pas seulement un caractère symbolique. Par exemple, en certains endroits, des piquets mobiles ont été constitués; dans de nombreux cas, des piquets de grève ont fonctionné jour et nuit; souvent, ils ont été impliqués dans des confrontations physiques. Lorsqu'on connait le "droit social' restaurationniste de la RFA (il y a par exemple des verdicts de tribunaux qui déclarent illégale la formation de chaines de piquets de grève), on peut comprendre l'importance de ces expériences. Le caractère politique de la grève A propos de la grève de l'imprimerie, le chef des patrons Schleyer déclara : "'Il ne s'agit manifestement pas de pour cent de salaire, mais bien d'un conflit à caractère politique" (Der Spiegel, No. 20-21 de 1976). Il a raison. D'un point de vue purement quantitatif, le bilan se solde, pour les travailleurs de l'imprimerie et du papier, par une baisse nette du salaire réel (et les travailleurs le savent. Leur propre syndicat leur avait indiqué, dès le début du conflit, qu'au minimum 9 % étaient nécessaires pour conserver leur pouvoir d'achat...). Il serait cependant tout-à-fait érroné de mesurer cette grève uniquement d'après les résultats matériels. Son caractère politique était plus important. La grève a brisé la politique salariale prévue par le gouvernement, ses "experts"' et les patrons. Cela s'exprima aussi finalement par les tentatives désespérées prises des deux côtés, soit de briser clairement ce cadre salarial (Mahlein, de la direction syndicale, insista au moins une fois par jour durant la grève, sur la la nécessité "qu'il y ait un 6 devant la virgule"), soit de rester au-dessous d'un accord nominal de 6% (durant les dernières négociations, les patrons proposèrent plusieurs fois 5,9 %, en plus de diverses prestations supplémentaires ce qui, tout compris, aurait atteint environ 6,5 %. La direction syndicale refusa toujours). Le fait d'avoir brisé les maxima d'augmentations des salaires fixés par l'accord entre le gouvernement et le patronat est sans aucun doute le succès le plus important des ouvriers de l'imprimerie. Un autre facteur donne également à cette grève une importance politique fort grande. Les ouvriers de l'imprimerie ont démontré qu'il est possible de lutter avec succès dans des conditions de crise économique, même lorsqu'il faut faire face à une alliance entre tous les patrons, le gouvernement et "l'opinion publique" (apparemment indignée de "l'atteinte à la liberté de la presse"). Le fait est que les ouvriers de l'imprimerie étaient fortement isolés : les syndicats des autres branches industrielles ne se sont pas déclarés prêts à appuyer financièrement, avec les fonds de leurs caisses de résistance (strike funds), la grève des ouvriers de l'imprimerie. Mahlein a répété à de nombreuses reprises que le syndicat international du syndicat de l'imprimerie se trouvait derrière la grève ... mais il ne mentionna pas l'aide du DGB... On peut supposer que la classe ouvrière ouest-allemande a compris le signal de la lutte des ouvriers de l'imprimerie. Cela s'applique certainement à la bureaucratie syndicale, Elle commence dès maintenant à jeter de l'eau sur le feu : "Il ne faudrait pas tellement parler de l'automne chaud et en quelque sorte provoquer à l'avance ce qu'on va regretter après", a averti le chef de l'IG Metall Loderer, avec une allusion nette à "l'automne chaud"' de 1969, c'est-à-dire à une vague de grèves sauvages. L'inquiétude au sein de la social-démocratie est tout aussi grande : rien n'est plus désagréable pour Helmuth Schmidt qu'une importante lutte ouvrière à la veille des élections législatives. Cela nuirait à son "image" auprès du patronat, l'image de celui qui a fait sortir les profits de l'impasse en faisant baisser les salaires réels, tout en restant capable de maintenir les travailleurs et les syndicats dans une attitude passive. Les journaux bourgeois ont rapporté, immédiatement après la grève de l'imprimerie, que Schmidt essayait d'amener les patrons à accorder volontairement une nouvelle augmentation des salaires après l'été, afin d'éviter des luttes désormais probables... Quelles que soient les manoeuvres de la part de la bureaucratie syndicale et de la direction social-démocrate, la grève dans l'imprimerie constitue le tournant, après deux ans d'arrêt, des luttes de classes en RFA. D'autres parties de la classe ouvrière interpréteront certainement cette grève comme un signe que la lutte est possible, et qu'elle peut conduire à un succès, même dans des conditions de crise économique et avec de mauvaises conditions de départ. Après deux années de réductions des salaires réels, le mot d'ordre pour les luttes prochaines doit être : "'Il faut regagner ce que nous avons perdu par suite de la crise !''.

Le 22 mai 1976 NOTE (1) Voir, dans Inprecor No. 27-28, l'article consacré à la RFA.

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