Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOCUMENT DP

Appel de Démocratie Prolétarienne

· Inprecor (première série) n° 54, 24 juin 1976 · p. 6-9 · 2 505 mots

Italie Femmes Syndicalisme

AO PDUP MUS LDC

VIGI CCIL MINISTERO OSA CGIL DE Le 30 et 31 mai 1976, les deux organisations, l' "Organizzazione Communista Avanguardia Operaia" (AO) et le "Partito di Unita Proletaria per il Communismo" (PDUP), qui se trouvent à l'origine de "Démocratie Prolétarienne" (DP) - regroupement électoral qui prit naissance lors des élections législatives et administratives du 15 juin 1975 (voir Inprecor No. 30 du 3 juillet 1975) - lancèrent une plate-forme commune devant servir de base à la campagne électorale de DP. Ce texte devait être discuté parmi les organisations regroupées sur les listes portant la dénomination DP.

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Le 8 juin, le "Quotidiano dei Lavoratori" -quotidien d'AO - publia un document, reprenant de très larges parties de la plate-forme initiale, signé par quatre organisations : AO, PDUP, MLS (Mouvement des Travailleurs pour le Socialisme de tendance mao-stalinienne), LdC (Lega dei Communisti, organisation née en 1972 de la fusion entre la "Lega dei Communisti di Toscana' e "Unità Operaia"' de Rome). Ce texte n'a pas été reproduit dans "Il Manifesto", quotidien du PDUP ! Lotta Continua a demandé à le signer mais, en date du 18 juin, elle ne l'avait pas encore fait. Les quatre signataires précisent ainsi le sens et la fonction de cette plate-forme : "La ligne qui s'y exprime et les objectifs qu'elle présente sont ceux sur lesquels DP doit developper sa propagande durant les derniers jours de la campagne électorale, et sur lesquels elle devra mettre l'accent après la campagne électorale. En plus, elle fait la démonstration concrète des déformations de cette presse (avant tout celle du PCI) qui cherche à présenter DP comme un rassemblement de forces hétérogènes, ne disposant d'aucune orientation commune et réunies seulement par les pressions électoralistes. Pour cette raison, le texte que nous publions- et qui doit être distribué comme tract national de DP - doit être utilisé le plus possible non seulement pour le débat politique, mais aussi comme instrument de propagande. "

Citoyens, camarades, Il est finalement possible de mettre un terme au régime de la Démocratie-Chré -tienne. Il est possible d'ouvrir une nouvelle phase, de mettre à la tête du pays les forces représentatives de la classe ouvrière et des masses populaires, d'entrer dans une période de lutte pour le pouvoir aux travailleurs. Voilà la signification des élections du 20 juin : battre la Démocratie Chrétienne non seulement pour remplacer l'actuel personnel politique du gouvernement par des personnes nouvelles et honnêtes, mais pour donner vie à un nouveau mode de gouverner, à un système dans lequel le gouvernement soit sous le contrôle et la pression constants du mouvement de masse et ait un programme fondé sur les besoins des masses et non pas sur les exigences du capital. Démocratie Prolétarienne (DP) est la seule formation électorale qui avance clairement l'objectif de donner un débouché positif à la crise du régime à travers un "gouvernement des gauches'' (governo delle sinistre), dans lequel disposeront d'un poids déterminant les partis historiques de la classe ouvrière, le PCI et le PSI, ouvert aux forces catholiques qui s'émancipent de la domination du catholicisme politique de la DC, ouvert avant tout à tous les mouvements de lutte au sein de la société, dont la force peut imposer un programme fondé sur les intérêts populaires et en assurer la réalisation. DP considère illusoires et dangereuses les propositions qui sont faites pour assurer en quelque sorte la continuité de la présence démocrate-chrétienne dans le gouvernement : - la proposition du PCI d'un gouvernement de coalition qui verrait paralysée l'initiative de la gauche et attaqué le mouvement ouvrier, laissant ainsi la liberté de manœuvre au pouvoir capitaliste du pays et offrant un espace à la réorganisation de la droite; - la proposition du PSI qui, derrière un rideau de fumée, se réduit à un gouvernement DCPSI accepté et toléré d'une certaine manière par le PCI. Ce gouvernement serait simplement une réédition du centre-gauche, quels que soient les démentis. Comment répondre à la crise par l'action La crise de la DC est le produit, en dehors de sa désagrégation interne et des effets de la crise de l'impérialisme, du mouvement de lutte impétueux issu des fabriques étendu sous des formes nouvelles et originales à de nombreux secteurs de la vie sociale. C'est de ce mouvement que nait aujourd'hui l'exigence d'un "gouvernement des gauches", qui empêche la Démocratie Chrétienne de provoquer d'autres maux à l'économie et à le vie politique de notre pays, d'organiser le terrorisme financier et de tenter de prendre des revanches obscurantistes et réactionnaires sur le terrain de la vie communautaire. Pour affronter avec force et cohérence tant les problèmes immédiats comme ceux à long terme, il est indispensable d'effectuer un tournant subs -tantiel, une rupture avec le système politique qui nous régit depuis 30 ans.

Juin et avec une pression ininterrompue des luttes, une progression de la gauche, de toute la gauche est aujourd'hui nécessaire. Mais à l'intérieur de cette avance généralisée ilest indispensable que s'affirme une pers -pective politique claire. Seule DP est à même de l'offrir : la progression des gauches ne doit pas se conclure en perpétuant, avec des compromis - qui seraient de toute manière néfastes, même si de brève durée -, le gouvernement démocrate-chrétien. Elle doit avoir pour but la prise en charge totale, par les forces de gauche unies, de la responsabilité d'assumer le gouvernement de l'Etat, sur la base d'un programme convergeant avec les objectifs du mouvement de masse en lutte. (...) Ce qui distingue Démocratie Prolétarienne des Partis Communiste et Socialiste n'est pas uniquement l'objectif du "gouvernement des gauches", mais le type de programme et également le type de mobilisations qui doivent appuyer ce programme. Le "gouvernement des gauches" naitra en fait dans un contexte où tous les centres de décision, économiques

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et administratifs, sont aux mains des capitalistes. Seule une pression constante des masses peut amener le "gouvernement des gauches " à refuser un quelconque rôle de normalisation tion des luttes ouvrières et de stabilisation du système capitaliste; seulement ainsi il est possible de développer le contrôle populaire sur les centres de décision afin d'ouvrir à la classe ouvrière la voie du pouvoir. Nos objectifs Les objectifs de DP sur le plan international sortie de l'OTAN et politique de non-ali-

1 gnement qui réalise des rapports plus étroits avec les pays du Tiers-Monde et favorise la construction d'un nouveau regroupement international. Refus des blocs opposés dirigés par les super-puissances et de l'augmentation des dépenses militaires qui dérivent de leur existence. Retrait de la flotte américaine et soviétique de la Méditerranée.

Mise en œuvre d'une nouvelle division internationale du travail, dans laquelle l'Italie établit des rapports économiques non seulement avec les pays industriels, mais aussi toujours plus avec les pays du TiersMonde, leur garantissant des conditions d'échange qui favorisent le développement des pays les plus arriérés.

Radicale renégociation de la politique agricole communautaire afin de pouvoir assurer un développement autonome de l'agriculture, limitant la pénétration des multinationales, atteignant ainsi l'équilibre de la balance agricole; utilisation des fonds publics et du crédit pour réaliser cet objectif.

Introduire des éléments de sélection et de contrôle des importations en maintenant ouvert le marché vers l'extérieur empêchant les spéculations des grands importateurs, limitent l'importation de biens de luxe et superflus, garantissent en quantité et égalitairement les biens de consommation populaires et les matières premières nécessaires à l'appareil de production.

Encadrement des investissements étrangers (multinationaux) afin de préciser leur utilisation en relation avec la stabilité de l'emploi et utilisation des nationalisations contre toute décision arbitraire de désinvestisseSur le plan intérieur, DP propose :

Priorité absolue à l'objectif du plein emploi, à partir de la défense intransigeante des postes de travail, grâce à l'interdiction des licenciements et à l'intervention de l'Etat et des institutions locales, pour empêcher le démantèlement d'unités productives. Elargissement de l'appareil productif soumettant à cet objectif le contrôle et l'utilisation des investissements industriels privés, du crédit et des dépenses publiques. Orientation de la production privée et publique dans la direction prioritaire du développement de l'agriculture, de la production des biens de consommation populaires (visant ainsi à substituer une grande partie des importations), des services d'utilité publique (logement, hôpitaux, écoles, transports), des initiatives d'assainissement des grandes villes du Sud; tout ceci afin de réaliser une politique qui vise au plein emploi et à l'élimination du gaspillage des ressources humaines et matérielles et qui modifie la qualité même des besoins collectifs.

Développement du contrôle ouvrier et )populaire sur les conditions de travail (nocivité, utilisation de la main-d'œuvre dans la perspective d'une contestation radicale de l'organisation capitaliste du travail), contrôle sur la fixation et la désignation des postes de travail (...); extension des 150 heures (revendication d'heures libres par les syndicats pour la formation - Inprecor), non seulement dans la direction de la transformation de l'école, mais aussi comme fondement pour une mise en question concrète de la division technique du travail. Défense intransigeante du salaire réel individuel et social et introduction des prix politiques pour les consommations indispensables et pour des quantités données de subsistance. Réduction drastique du revenu comme élément déterminant de cette politique (dans le sens de distribution gratuite des biens - Inprecor).

Mobilisation des structures locales et des institutions démocratiques périphériques (conseils de fabrique, de zone, conseils de quartier, etc.) pour soutenir une réorganisation radicale du système des contributions fondée sur la taxation directe et progressive. Seulement de cette façon il est possible de rénover les méthodes d'évaluation fiscale et de frapper durement les grands fraudeurs, de bloquer la fuite des capitaux (...).

Elargissement maximum de la démocratie, partant de sa mise en pratique dans le cadre de l'ordre actuel constitutionnel. Abolition des lois fascistes liberticides (code Rocco, loi Reale - loi anti-casseurs, Inprecor), texte unique de loi sur la police,, code militaire de paix. Droits démocratiques dans les forces armées et dans la police. Ouverture, au niveau local, de la magistrature à des représentants populaires et processus identique sur le plan des institutions locales. Contrôle démocratique et populaire sur les moyens de communication de masse (radio-tv, radios libres - il existe en Italie de nombreuses radios privées - Inprecor, liberté de presse, etc.).

Engagement à prendre en charge les revendications émises par le mouvement de femmes et acceptation de la contradiction homme-femme comme expression d'affrontements politiques, création des conditions favorables à la généralisation des luttes, à l'or-

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ganisation autonome des femmes, à l'expression de leurs revendications (contrôle sur leur corps et leur vie propres; dans ce sens, développement de la médecine de la femme, l'avortement libre, gratuit et assisté, consultants contrôlés par les femmes).

Engagement à soutenir tous les mouvements (étudiant, jeunes, femmes) qui visent à peser sur les rapports sociaux, sur les manifestations idéologiques de la culture, sur la morale et l'idéologie cléricales ainsi que réactionnaires. Cette bataille qui tend à proposer aujourd'hui des aspects d'une profonde révolution culturelle prolétarienne est un élément spécifique, une condition essentielle pour les transformations politiques, sociales et économiques qui sont à l'ordre du jour. Quelques-unes des revendications indiquées ci-dessus doivent être matérialisées immédiatement: - contrôle politique sur le système bancaire pour diminuer au maximum l'exportation des capitaux et soumettre le crédit à l'objectif du plein emploi et du développement; - destitution immédiate des prévaricateurs et des réactionnaires des centres de décision stratégiques, avant tout dans le domaine bancaire, le commerce extérieur et l'administration financière; - développement d'une politique d'investisseque nous avons indiqués comme prioritaires; - arrêt de tout licenciement; - renégociation des clauses limitatives du Marché Commun, avant tout en ce qui concerne l'agriculture; - prix politiques pour les biens de large consommation populaire; - contestation de la péréquation des rétributions; - mesures d'urgence et mobilisation des masses contre l'évasion fiscale; - abrogation de la loi Reale et des codes fascistes. Aucune de ces mesures immédiates, même des plus modestes, n'est réalisable sans une mobilisation populaire étendue et profonde. Ceci vaut, a plus forte raison, pour les objectifs à moyen et à long terme. DP affirme la nécessité d'appuyer sans réserve les mouvements de masse qui, partant des besions et des espoirs populaires et prolétariens, visent à une modification des rapports de forces entre les classes, à la construction d'organismes de contrôle et de contestation du pouvoir capitaliste.

Développer le contrôle ouvrier Ce sont précisément ces instruments de contrôle ouvrier et populaire (contrôle ouvrier dans la fabrique, sur l'organisation du travail et des investissements; contrôle des locataires sur la distribution des logements; contrôle ouvrier sur l'école dans le cadre des 150 heures; contrôle populaire sur la reconstruction du Frioul; etc.) qui préparent et rapprochent la réelle conquête du pouvoir par les masses. DP défend fermement une stratégie et une tactique qui construise sans délai l'unification du prolétariat des grandes et moyennes entreprises avec les couches de travailleurs ayant des emplois marginaux et précaires, avec la grande force que représentent les chômeurs, avec l'énorme masse des personnes qui sont hors du marché du travail, uniquement parce qu'elles savent ne pas pouvoir trouver d'emploi. Les jeunes chômeurs, intellectuels ou non, les émigrés qui rentre:t, la grande masse de travailleurs licenciés des petites industries, les larges couches d'ouvriers ayant un emploi précaire sont, avec les ouvriers, les techniciens, les employés disposant d'un emploi stable, les agents de la transformation de la société. Pour cela, DP, considérant le syndicat comme l'intermédiaire nécessaire entre le mouvement de masse et le "gouvernement des gauches", se déclare engagée à fond dans la lutte pour un syndicat qui se lie aux masses, n'opère pas comme un instrument de stabilisation sociale, prenne la tête des luttes, accomplisse son unification à partir de la constitution de conseils, un syndicat devenant toujours plus capable d'intégrer les poussées issues du mouvement de masse et non pas de les freiDP, tout en se distinguant des autres partis de la gauche par la diversité de ses analyses de la période actuelle et par la différence de volonté politique dans le processus de lutte pour le socialisme, s'engage à mettre en avant une politique d'unité des gauches dans le mouvement et les institutions et répète ses propositions - tout en étant ouverte aux débats - à toutes les composantes politico-sociales du mouvement des travailleurs, dans la mesure où elle a la conviction profonde que le champ de la révolution ne comprend pas seulement les avant-gardes mais aussi les grandes masses populaires, comme potentialité concrète. DP se bat pour le "gouvernement des gauches"' , non pas pour en faire une pure couverture à l'égard du mouvement de masse en lutte ou pour démystifier la ligne révisionniste, mais comme un instrument actif d'un processus général de transformation de la société. DP se sentira engagée à appuyer un "gouvernement des gauches" et à stimuler en même temps les luttes vers des objectifs toujours plus avancés. Elle se pose donc comme force autonome, dans un cadre unitaire. Le vote à Démocratie Prolétarienne est un vote pour la rénovation de tout le mouvement ouvrier, pour la construction, à partir des besoins et des expériences des masses, d'une ligne plus avancée qui est nécessaire pour mettre, comme cela est possible aujourd'hui, le socialisme à l'ordre du jour.

AO, PDUP, MLS, LDC

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