DI SOCCUPATI
DI
LUSSO
ET POUVOIR
POPULAIRE
Nous publions ici des extraits de deux documents programmatiques de Lotta Continua, (LC), l'un du 23 mai 1976 et l'autre du 14 juin 1976. Ce dernier est intitulé : "Le gouvernement des gauches et le pouvoir populaire". Lotta Continua indique dans l'introduction à cette déclaration que : "Faire la clarté sur les perspectives politiques est un devoir précis, peut-être le plus important dans cette dernière partie de la campagne électorale, que les révolutionnaires ont envers les masses. " Ce texte apparait donc comme un élément important dans le débat ouvert entre les diverses composantes de la "gauche révolutionnaire" réunies, pour ces élections, sous la dénomination de "Democratie Prolétarienne"
UN TOURNANT HISTORIQUE En Italie, nous sommes à la veille d'un grand tournant politique, que le vote du 20 juin devra rendre définitif. Ce tournant, c'est la liquidation du régime démocrate-chrétien, c'est-à-dire d'un système fondé sur la corruption (Gava -député démocrate-chrétien de Naples - et Crociani - industriel mêlé au scandale Lookheed -, Leone et les pétroliers), sur la maffia, sur le terrorisme (attentat d'extrême-droite de la Place Fontana, 14 morts; l'Italicus - attentat fasciste contre ce train-express nommé Italicus -, services secrets), sur l'ignorance et sur le préjudice (rackett de la télévision, école, intégralisme clérical), sur la répression (code fasciste, loi Reale = loi anti-casseurs; Celere - police de choc - et carabiniers). La Démocratie-Chrétienne a gouverné l'Italie pendant 30 ans, occupant tous les centres du pouvoir et toutes les institutions de l'Etat pour le compte du grand capital (Agnelli -de la Fiat - et Cefis - dirigeant de la Montedison -), des grands spéculateurs et banquiers (Sindona et Carli), de l'OTAN, c'est-à-dire de l'impérialisme américain et allemand. La défaite de la DC, la liquidation de son régime, le "gouvernement des gauches" (governo delle sinistre) avec un programme qui reflète les objectifs des luttes ouvrières et l'affirmation des révolutionnaires, donc des listes de DP et des candidats de Lotta Continua, sont les trois grands objectifs de ces élections. Ce sont trois objectifs liés entre eux : aucun d'entre eux n'est possible sans les autres (...) Avec la lutte et le vote: accroissons la force des révolutionnaires Alors qu'au cours de l'année passée, avec leurs luttes, les ouvriers et les chômeurs, les femmes et les étudiants, les jeunes et les vieux, ont construit la force qui a renversé Le gouvernement Moro et qui a rendu impossible pour la DC la formation d'un autre gouver -nement, les dirigeants du PCI ont élaboré une nouvelle proposition, celle d'un gouvernement d'unité nationale; un gouvernement d'unité avec les partis bourgeois (DC, PRI - Parti Républicain Italien, PSDI - Parti Social Démocrate Italien de Saragat, Parti Libéral), prenant en charge les intérêts et le programme économique de la Confindustria (programme d'urgence) liée à l'OTAN et aux USA, c'est-à-dire à ceux qui ont anéanti dans le sang la liberté et la dé. mocratie au Chili. Un gouvernement comme celui que propose le PCI risque de n'être qu'une mauvaise répétition de ce qu'a été le gouvernement Moro. C'est pourquoi il faut anéantir ce projet, avant tout par la lutte, mais aussi par le vote. Ce qui implique donner le soutien le plus large et le plus actif aux listes de DP, qui rassemble toutes les forces révolutionnaires et toutes les forces organisées qui veulent un tournant réel et radical. Les révolutionnaires ne se présentent pas aux élections uniquement pour se compter : ils veulent aller au Parlement et ils veulent aller au Gouvernement pour y porter les objectifs et les revendications des masses. Ceci seulement à la condition que la lutte des classes crée dans le pays les conditions et les rapports de forces qui leur permettent de jouer un rôle déterminant. C'est pourquoi pour nous, les rapports entre le vote et la lutte sont très étroits. Gouvernement des gauches, élections bourgeoises et pouvoir populaire La société dans laquelle nous vivons est une société capitaliste où commandent les patrons et les exploiteurs. L'Etat italien est un Etat bourgeois, c'est-àdire une organisation des patrons et des exploiteurs, fait pour opprimer les ouvriers et les exploités. Un gouvernement même de gauche, très avancé, comme celui pour lequel nous luttons, ne pourra jamais changer la nature de cet Etat, ne pourra jamais satisfaire entièrement les intérêts des prolétaires. L'Etat n'est pas le gouvernement. Le pouvoir de l'Etat se fonde sur l'armée, sur la police et les carabiniers (gendarmerie), sur la justice et les prisons, sur les grandes banques et les grands groupes économiques qui ne s'élisent pas, qui sont faits pour la défense des intérêts des patrons. Ils constitueront - et ils le font déjà en grande partie - la base sur laquelle comptent la bourgeoisie, l'impérialisme et la réaction, pour tenter de récupérer, même avec la force et avec le sang, le terrain Le pouvoir ouvrier ne se délègue pas, ni dans l'usine, ni dans la société, ni sur le plan gouvernemental. La force nécessaire pour continuer à combattre les patrons et les exploiteurs, pour prévenir et repousser les coups d'Etat fascistes et les manoeuvres de la réaction est et sera toujours et seulement l'unité, l'organisation, la clarté politique des masses. Cette dernière sera la construction et la croissance d'un réseau d'organismes de masse dans l'usine, dans les casernes, dans les quartiers, directement contrôlé par les prolétaires. le est et sera le développement du "pouvoir populaire" aujourd'hui et dans la phase à venir. C'est de là que devra naitre le nouvel Etat prolétarien, après la prise du pouvoir, c'est-à-dire quand l'appareil militaire bour -geois et factieux sera détruit.
Un gouvernement de gauche et politiquement avancé peut et doit être un instrument important pour la construction du pouvoir populaire. Il peut et doit appuyer le programme, les luttes et le développement de l'organisation ouvrière. Il peut et doit servir à désorganiser et à désorienter les rangs de l'adversaire de classe. Il peut empêcher que les patrons et les exploiteurs utilisent les lois et les instruments du gouvernement pour leur spéculation, pour leur attaque contre le salaire et l'emploi. Il peut empêcher que les réactionnaires et les factieux s'insèrent dans les ministères ou utilisent l'appareil d'Etat pour porter en avant leurs projets, comme ils le font aujourd'hui. Il peut empêcher que les exploiteurs et les réactionnaires de toute sorte utilisent l'argent et les moyens de l'Etat (comme la radio, la télévision, l'école, les journaux financés par le budget public) pour calomnier les luttes des ouvriers et faire le consensus autour de leurs projets. Ceci est notre "programme de gouvernement"'. Il peut paraitre fort limité, mais les ouvriers qui ont eu l'expérience directe de lutte savent qu'il est important.
24 mai 1976 1 MASSE ET GESTION INSTITUTIONNEL- AUTONOMIE DES MOUVEMENTS DE
LE DES GAUCHES AU GOUVERNEMENT. La première question sur laquelle la capacité d'orientation des révolutionnaires doit encore beaucoup se développer est celle du rapport entre les mouvements de masse, dans leur autonomie, et la gestion des instruments institutionnels du gouvernement par les gauches.
savons bien que le gouvernement des gauches n'est pas le débouché mécanique des élections du 20 juin et qu'une lutte dure et difficile sera nécessaire pour l'imposer. Les révolutionnaires s'engagent à la mener pleinement parmi les masses et au Parlement. Mais justement, c'est parce que nous mettons au centre des débouchés de la crise la volonté des masses et l'initiative tenace des révolutionnaires dans cette direction, que nous pensons nécessaire et juste de discuter, dès maintenant, des perspectives même les plus générales et celles de nature "stratégique" Jusqu'ici sur le problème du rapport entre la lutte des masses et les instruments du gouvernement, entre la construction du pouvoir populaire et l'intervention dans les institutions, les organisations de la gauche révolutionnaire ont développé un débat, pas toujours clair et explicite. Parfois, il se réduisait à des schématismes faciles entre ceux qui semblaient privilégier "le mouvement" ainsi que le "programme maximum' et ceux qui, au contraire, privilégiaient les "institutions" et le "programme minimum". Nous pensons pouvoir contribuer à faire progresser le débat, en posant le problème à par -tir de son noyau rationnel, qui est celui du pouvoir et des fondements de son autorité.
LA LUTTE POUR LE POUVOIR APRES LE 20 JUIN. Avec la conquête du gouvernement par les gauches (objectif loin d'être atteint au lendemain du 20 juin) s'ouvre la phase de la lutte pour le pouvoir. Ainsi, une période s'ouvre durant laquelle, aussi bien sur le plan social qu'au sein des appareils institutionnels, se développera une accélération de la poussée et des initiatives des classes, dans des directions opposées. Ceci caractérise déjà de façon aiguë la phase dont nous sortons: le contrôle ouvrier dans l'usine (sur l'organisation du travail, sur les cadences, sur le nombre d'emplois, sur les plans de reconversion de l'entreprise) contre la "liberté d'entreprise" et le despotisme patronal; l'affrontement dans les forces armées entre les soldats et les sous-officiers démocratiques et la hiérarchie réactionnaire; les heurts entre les chômeurs et la maffia démocrate-chrétienne sur la gestion des bureaux de chômage, etc. Evidemment, dans cette sorte de "diffusion" de l'affrontement pour le contrôle et le pouvoir - qui investira les principaux lieux de travail, de vie communautaire des masses, de même que les institutions -, les divers "centres" du conflit ne peuvent être mis tous sur le même plan. Et cela, non seulement parce que les révolutionnaires et les masses développent "chez eux" (dans l'usine) l'affrontement social, et "hors de chez eux" l'affrontement au sein des institutions. La raison est plus profonde et plus substantielle. L'approfondissement de la poussée des masses vers l'auto-organisation et vers la construction du "pouvoir populaire" dans les principaux centres de la vie communautaire passent par un affrontement direct avec la liberté d'initiative des patrons et des hiérarchies du régime démocrate-chrétien. Il provoquera une accentuation d'un processus (qui est déjà depuis longtemps) où les centres nerveux de la réaction s'agripperont aux principales institutions exécutives et répressives, en par -ticulier les institutions financières (grandes banques et banques centrales qui constituent le pilier du commandement financier et impérialiste sur notre pays), militaires et judiciaires. L'orientation des révolutionnaires, qui possède son centre de gravité dans le soutien sans réserve à l'initiative autonome des masses et à la construction du pouvoir populaire, peut aussi s'exprimer à l'intérieur des institutions (non seulement dans celles élues mais égale-
ment dans les exécutifs contrôlés par le gouvernement) dans une direction précise. Dans les forces armées, dans la magistrature, dans les institutions bancaires et dans les appareils d'Etat qui contrôlent l'économie (les ministères et les différents organismes centraux et régionaux), on lutte pour briser ces centres de commandement, véhicules de la violence de classe de la bourgeoisie, pour en dénaturer leur fonctionnement, pour paralyser leur capacité de contre-offensive réactionnaire et pour faire avancer le contrôle démocratique et populaire en leur sein. Dans ce sens, il faut "'les plier" au service de la construction du pouvoir populaire. C'est ce que nous entendons quand nous disons que la nouvelle source de légitimité, qui s'affirmera dans la lutte pour le pouvoir, est toujours plus la volonté fondamentale des masses organisées dans les structures autonomes de pouvoir, embryons de "l'Etat ouvrier", est toujours moins le "droit" entendu comme forme d'auto-perpétuation des institutions de l'Etat (à ce sujet, la lutte que le mouvement des soldats démocratiques mène contre le réglement disciplinaire des forces armées est exemplaire).
GOUVERNEMENT ET UNITE DE LA GAUCHE C'est à l'intérieur de ce cadre, qu'il faut placer la discussion sur le rôle des gauches au gouvernement, et, en particulier, celle du rapport entre révolutionnaires et réformistes. Il est évident que ces derniers, majoritaires et hégémoniques dans les possibles formations gouvernementales de gauche, seront soumis à de violentes sollicitations dans un sens ou dans un autre, à la nécessité de faire des choix dans une direction ou dans une autre; c'est-àdire soit la consolidation de "l'efficacité'' intrinsèque des appareils institutionnels (discipline hiérarchique dans les forces armées, sélection dans le contrôle du marché du travail et dans l'orientation des dépenses publiques, efficacité autoritaire dans les lieux de travail, etc.), soit l'utilisation de leurs contradictions internes pour étendre le contrôle prolétarien. C'est sur cette question concrète et décisive qu'il faut poser le problème de l'unité des gauches : quels choix le PCI et le PSI sont-ils disposés à faire ? Les exemples dont nous disposons jusqu'ici (...) annoncent une subordination marquée à la première solution, c'est-àdire une affirmation de la continuité de l'Etat et de ses appareils institutionnels de direction. C'est une ligne qui, au niveau du contenu, correspond à une acceptation d'une sorte de politique des revenus et de trève sociale même aujourd'hui le caractère inamovible de l'échelle mobile des salaires est remis en question), de réduction des dépenses publiques de nature sociale, de la croissance de la productivité gräce à une plus grande discipline du travail, du maintien des liens internationanx de l'Italie (Marché Commun, etc.).
savons très bien que la phase qui s'ouvre sera très mouvementée, que diverses perspecsur le tapis, que la violence des pressions auxquelles seront soumis les partis de gauche traditionnels produiront des contradictions très profondes en leur sein. La lutte pour l'hégémonie d'une ligne révolutionnaire sur le gouvernement des gauches doit être menée à fond en utilisant toutes les marges de manoeuvre et tous les moyens possibles. L'unité politique et programmatique des révolutionnaires est d'autant plus urgente dans cette situation. Nous avons de nombreux exemples de cette capacité d'hégémonie des révolutionnaires, qu'une telle unité réussit à multiplier (l'ample unité qui a regroupé des couches larges et des personnalités connues liées aux partis réformistes lors de la campagne pour la mise hors-la-loi du MSI et lors de la lutte contre la loi Reale; l'unité électorale dernièrement réalisée). Tels sont les termes plus complexes. et dynamiques de la question de "l'unité des gauches" formule qui, dans son aspect général, ne peut être discriminatoire envers aucune force, mais qui doit être en relation avec les contenus concrets de l'affrontement politique au sein des institutions, affrontement reflétant et prolongeant ceux qui se manifestent dans la société. Il ne s'agit donc pas de privilégier "le mouvement", "le gouvernement" , mais l'exigence d'une présence et d'une lutte des révolutionnaires dans les institutions devra être d'autant plus étendue et efficace. La question fondamentale réside dans la façon "d'être" dans les institutions (et d'en concevoir la fonction), ce qui dépend directement de la façon "d'être" dans le mouvement (et d'en comprendre le rôle de protagoniste et de source de toute nouvelle légalité).
QUELS INSTRUMENTS"POUR DA
4 TRANSFORMATION DE LA SOCIETE ? Dans l'appel de DP publié dans le "Quotidien des Travailleurs" il y a cinq jours (que LC s'est engagée à signer - document reproduit ci-dessus : Inprecor ), il est dit que le"gouvernement des gauches" doit être l'instrument actif d'un processus général de transformation de la société. Cette affirmation, acceptable, est insuffisante et reste très générale si on ne la précise pas dans le sens exposé ci-dessus. Pour que le gouvernement soit 'un instrument actif", il est nécessaire que l'hégémonie des révolutionnaires s'impose en son sein sur la base des contenus qui provien-
nent des besoins des masses. Ceci représente une bataille qui reste entièrement à mener, concrètement, sur tous les aspects du programme et de la gesti on institutionnelle, à court comme à long terme. Considérons seulement deux aspects de la crise institutionnelle en Italie, deux aspects absolument centraux pour la gestion de l'économie et pour l'application de tout programme de transformation des structures de la production et de la distribution des revenus : le système bancaire et l'administration publique (...) La dévotion du PCI envers ce centre crucial du pouvoir financier qu'est la banque d'Italie (...) renoue avec les pires mythes de l'efficacité technocratique. D'autre part, l'orientation d'abolition du secret bancaire représente l'axe d'une rupture de la fonction anti-prolétarienne des banques et est la colonne vertébrale du contrôle prolétarien sur le crédit, afin d'assurer la mise en pratique de mesures d'orientation du crédit. Il est velléitaire de demander que le crédit "serve au développement de l'emploi", en dehors de cet affrontement fondamental pour la rupture des mécanismes internes de la fonction privée, séparée et anti-prolétarienne du système bancaire. Fuite des capitaux, évasion fiscale, spéculation frauduleuse, sont accomplies systématiquement à l'ombre du secret bancaire jalousement défendu par les puissantes corporations bancaires, à commencer par le gouverneur de la Banque d'Italie lie. (...) Rendre public et transparent tout le réseau de l'activité bancaire, donner aux organisations des travailleurs le droit d'inspection sur les activités financières d'intérêt national (...), ouvrir au contrôle des travailleurs les réunions du comité interministériel pour le crédit et l'épargne, représentent les préconditions pour opérer une réforme radicale du système bancaire. (...) Il est connu que les entreprises italiennes fonctionnent grâce à des prêts s'élevant à plus de la moitié de leurs avoirs liquides propres et que les institutions de crédits spéciaux contrôlent la majeure partie des crédits pour la reconversion industrielle. Sans revoir les fonctions du système bancaire et le placer sous le contrôle étroit des organisations de travailleurs, beaucoup de revendications sur la défense des postes de travail, sur l'augmentation de l'emploi, sur la reconversion, sont destinées à rester vaines.
Voici donc quelques exemples de la façon dont, à l'intérieur d'un instrument décisif de la politique économique du gouvernement, le système de crédit, la lutte des classes passe et pas -sera toujours plus violemment sous la forme de l'affrontement entre contrôle prolétarien et privatisation de l'institution.
14 juin 1976
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