CLI OPERAI
FIAT IGNTRY OCHI CONPSOMESSO
CONSIGLIO L
MIRAFIORI M
"GOUVERNEMENT
DES GAUCHES"
Le texte des GCR que nous publions ci-contre précise les positions de la section italienne de la IVème Internationale, non seulement sur la nature des rapports entre le mouvement de masse et les réformistes; mais aussi sur la caractérisation et la fonction du dit "gouvernement des gauches", ainsi que sur l'attitude que les révolutionnaires doivent adopter face à un tel gouvernement. Les GCR présentent des candidats sur les listes de DP. Ils ont participé à de nombreux meetings avec Lotta Continua, durant cette campagne électorale. A cette occasion, leur organe, "Bandiera Rossa"', fut transformé en hebdomadaire.
Bien que les jeux ne soient pas faits et que l'on ne puisse exclure que la mobilisation toujours plus frénétique de toutes les forces conservatrices et réactionnaires ait un impact sur des couches oscillantes de l'électorat, principalement dans la petite-bourgeoisie urbaine et rurale, il est possible que les partis et organisations du mouvement ouvrier obtiennent la majorité absolue des voix, le 20 juin. Ceci refléterait des rapports de forces qu'ont établi les développements de la lutte des classes au cours des dernières années. Face à cette éventualité - et pour l'imposer, une lutte intense doit être menée ces prochaines semaines -, il est nécessaire de préciser une série de points et de définir, même du point de vue des principes, les orientations des révolutionnaires. Un contexte favorable Avant tout, il serait simplificateur de mettre un signe d'égalité entre l'expérience qui pour -rait s'initier en Italie dans quelques semaines ou quelques mois et les expériences d'autres pays - ou de l'Italie elle-même - à d'autres périodes. En fait, des rapports de forces pour -raient surgir, nettement plus favorables aux partis ouvriers qu'ils ne le furent, par exemple, au moment du succès des Fronts Populaires en Espagne et en France, en 1936. Ceci, du reste, correspondrait - et c'est un point essentiel à ne pas oublier un instant -à une crise plus profonde et plus globale de la société capitaliste. Ce ne serait pas l'expression d'une explosion imprévue ou d'une série de luttes circonscrites dans le temps, mais bien d'une longue progression commencée depuis près d'une décennie, sans de véritables inversions de tendance. Elle n'a d'ailleurs pas englobé la seule classe ouvrière et le mouvement étudiant, mais toutes les couches exploitées et opprimées de la société capitaliste. Au cours de cette période, plus que dans n'importe quel autre pays européen, des avant-gardes sociales larges ont émergé et ont joué un rôle de premier plan à diverses occasions. Elles échappèrent au contrôle des directions réformistes bureaucratiques et recherchèrent, même empiriquement et épisodiquement, des solutions alternatives. Enfin, le contexte international parait être particulièrement favorable. L'impérialisme américain paye les frais d'une défaite historique au Vietnam et se trouve dans l'impossibilité, du moins pour un certain temps, d'entreprendre des interventions militaires et peut difficilement assumer des attitudes politiques très sévères. En outre, la crise révolutionnaire qui mûrit en Italie est reliée à des situations potentiellement explosives dans d'autres pays d'Europe méridionale (Espagne, mais également la France, alors que l'on ne peut pas encore parler de restabilisation au Portugal).
Les réformistes, les masses et la crise La première conclusion que l'on doit tirer de ces rappels analytiques sommaires est la suivante : une majorité pour les partis ouvriers s'affirmerait dans un contexte rendant difficile aux directions réformistes de se limiter à remplir des fonctions de gestion du système, de simple rationalisation ou d'actions réformistes modérées, de fixer dès le début les règles du jeu avec les forces politiques de la bourgeoisie, de freiner et de canaliser rigoureusement le mouvement des masses. Dans une période ou le système est en crise aiguë sur tous les plans, où le dynamisme du mouvement des masses est grand, les directions bureaucratiques réformistes se trouveraient contraintes à choisir entre une collaboration de classe systématique - en renonçant au moins à une partie de leur programme modére - et à l'adoption de mesures susceptibles de frapper une série d'intérêts établis, loin d'être marginaux. Dans le premier cas, elles iraient vers une défaite rapide, dans le deuxième, elles contribueraient, bien que contre leurs projets et leurs intentions, à aiguiser et à dramatiser les conflits sociaux ainsi que les confrontations politiques. Le paradoxe de la position des directions réformistes, particulièrement de celle du PCI, réside dans le fait que le succès de leur projet politique pourrait conduire à la situation qu'elles désirent éviter, c'est-à-dire à l'aggravation ultérieure de la paralysie politique. Il est significatif que, vu les exigences de la polémique électorale, aussi bien Lama que Berlinguer ont dû faire allusion, bien qu'avec une grande prudence, à la possibilité qu'une majorité des partis ouvriers soit contrainte d'assumer seule la responsabilité de gouverner, face au refus persistant de la Démocratie-Chrétienne et des autres partis bourgeois, du "compromis historique" et du "gouvernement de coalition démocratique". Ici se définit la première différence entre réformistes et révolutionnaires. Pendant que les réformistes envisagent un "gouvernement des gauches" comme une solution à adopter seulement in extremis pour les révolutionnaires imposer un tel gouvernement doit être l'objectif primordial dans cette phase. Les contradictions économiques et politiques, qui se sont toujours le plus exacerbées dans le cadre de la crise globale du système, peuvent être tranchées seulement à conditión d'investir les structures mêmes de la société capitaliste italienne, produit des 30 dernières années. Les réformistes disent vouloir un changement, mais ils s'obstinent à garantir le profit et le fonctionnement 'normal" des lois du marché, à agir dans le cadre des structures
politiques de la démocratie bourgeoise, à respecter les prétendus accords internationaux, c'est-à-dire l'insertion de l'Italie dans le bloc politique et militaire impérialiste. Quel gouvernement? La position des révolutionnaires est diamétralement opposée. Il s'agit avant tout d'émpêcher que la classe ouvrière et les autres couches exploitées soient les principales victimes de la crise. Tant pis pour les mécanismes économiques du système, si pour satisfaire cette exigence il est nécessaire de les remettre en question ou de les briser, afin que les grandes masses puissent disposer des instruments démocratiques révolutionnaires nécessaires à l'expression de leur volonté et à l'exercice concret de leur hégémonie ! Tant pis pour la constitution républicaine si la réalisation de ce but rentre en contradiction avec le respect formel de son cadre. Il faut, en outre, soustraire le pays à la tutelle de l'impérialisme, lui permettre de se ranger du côté des peuples en lutte pour leur émancipation. Tant pis pour l'OTAN, Si cette exigence ne peut pas être satisfaite en se maintenant dans son cadre ! Une telle orientation exige de définir sans ambigulté la nature du gouvernement qui doit la traduire en pratique. Partant des conditions rappelées, les dirigeants du PCI recherchent non seulement une collaboration générale avec la bourgeoisie ou quelques-uns de ses secteurs, mais spécifiquement avec les partis qui la représentent. Il s'agit de la formule qui privilégie la DC ou de la formule qui envisage une coalition de tous les partis, à l'exception de l'extrême-droite néo-fasciste. Ils pourraient, dans des conditions particulières, être contraints à rectifier le tir, viser à collaborer sur le plan gouvernemental avec un parti mineur quelconque, tel le Parti Républicain, qui plus que jamais jouit secteurs de la classe dominante. Pour les révolutionnaires, l'objectir doit être un gouvernement duquel soient exclus tous les représentants, directs ou indirects, de la classe dominante, qui défende les intérêts de la classe ouvrière et des autres couches exploitées, un gouvernement dans lequel soient seulement présents les représentants de ces dernières. Cela signifie un gouvernement composé par le PCI et le PSI - c'est-à-dire par les partis qui jouissent encore de la confiance de la grande majorité des masses laborieuses -, soutenu par les syndicats et toutes les autres organisations de masse. On ne peut pas exclure à priori la possibilité que participent dans un tel gouvernement des indépendants n'étant pas membres des deux partis ou d'éventuels candidats de nouvelles formations disposées à en accepter le programme et la discipline. Mais, aucun parti ou groupe bourgeois - même, éventuellement, en rupture avec les formations traditionnelles - ne devra y être admis.
L'expérience de l'Espagne et du Chili, une fois les différences soulignées, ont mis en lumière le rôle négatif que peuvent jouer des chevaux de Troie de ce genre, indépendamment de leur consistance. Des objectifs de transition Il n'est pas possible de tracer ici un programme complet pour un gouvernement des partis ouvriers. On risquerait de faire un exercice littéraire, dû au fait qu'il n'est pas possible de prévoir dès maintenant tous les problèmes qui se poseront et les modalités concrètes avec lesquelles on devra les affronter. L'essentiel c'est d'établir les critères avec les -quels devra être défini ce programme. Ce sont les critères qui ont été employés, par exemple, par Lénine, en précisant les objectifs pour lesquels les masses devaient lutter, dans son fameux ouvrage "La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer", de septembre 1917. Ces critères ont été repris dans quelques documents des premiers congrès de l'Internationale Communiste au moment où l'Europe capitaliste se trouvait dans la crise de l'immédiat après-guerre. Ils ont été confirmés et explicités par Trotsky en 1938, lors d'une autre phase critique pour le système impérialiste à l'échelle mondiale. Ils doivent s'exprimer dans un programme de transition partant des problèmes posés par la situation objective et par ses tendances, correspondant aux exigences effectives des masses et à leur volonté de les satisfaire, stimulant une dynamique de mobilisations et de lutte anticapitaliste. Sur la base des expériences -qui dans une situation révolutionnaire peuvent s'accomplir avec une rapidité exceptionnelle -les masses se rendront compte que pour atteindre les objectifs qu'elles considèrent essentiels, elles devront enfreindre le cadre de la société et construire un nouveau pouvoir, imposer un gouvernement ayant un contenu social qualitativement différent de tous les précédents. Donnons l'exemple le plus concret possible. C'est un fait incontestable que la défense de l'emploi et du niveau de vie des masses contre l'érosion inflationniste sont des problèmes primordiaux, compris par l'ensemble du prolétariat comme des exigences que l'on ne peut pas supprimer.
La thèse bourgeoise selon laquelle la solution dépendrait de l'augmentation de la productivité par l'intermédiaire de nouveaux investissements ou, tout au moins, d'une rationalisation du système productif est une mystification.
Derrière ces affirmations se cachent en réalité une augmentation de l'armée de réserve (une diminution de la population active effectivement employée) et une intensification de l'exploitation (entrainant la réduction, tout au moins pendant une période, des salaires réels).
La thèse réformiste n'est pas fondamentalement différente, dans la mesure où elle met l'accent sur les investissements et sur la "rationalisation". A cela, il n'est pas possible d'opposer seulement l'idée qu'une véritable "rationalisation'' - accomplie non pas aux dépens de, mais en faveur des masses - présuppose la mise en oeuvre d'un projet socialiste fondé sur une économie planifiée. Il faut créer les conditions pour une lutte susceptible d'atteindre cet objectif, pour un saut qualitatif révolutionnaire qui doit en être la précondition, en mobilisant les masses pour des objectifs qu'elles ressentent comme nécessaires et dont la réalisation entraînerait une rupture avec la logique du système dans le contexte donné. La lutte pour la réduction des horaires de travail, sans réduction de salaire, et la lutte pour l'échelle mobile intégrale, sous le contrôle des ouvriers à tous les niveaux, sont les objectifs qui s'inscrivent le mieux dans cette perspective. Les 35 heures, sans diminution de salaire, peuvent garantir non seulement le maintien, mais même l'accroissement du niveau de l'emploi. Dans ce sens, elles ont une portée générale et s'imbriquent avec le mouvement des chômeurs. Il est significatif, que même les représentants des chômeurs organisés aient avancé ce mot d'ordre lors de la grande manifestation nationale des métallurgistes, en décembre dernier à Naples. Il est clair que, dans le contexte actuel, lutter pour cet objectif équivaut à enfreindre le prétendu seuil d'adaptabilité du système, autrement dit, à s'attaquer aux profits et au pouvoir patronal. La portée de l'échelle mobile qui compense intégralement et immédiatement la totalité du pouvoir d'achat n'a pas besion d'être démontrée. Tous les travailleurs la comprennent parfaitement. Il reste à souligner en premier lieu la nécessité de réviser le "panier de la ménagère" (listes de produits inclus dans le calcul de l'indice des prix à la consommation) avec l'introduction des produits devenus desormais de consommation courante. Ceci serait une façon concrète de lutter contre la régression du volume de la consommation imposée à la classe ouvrière, étant donné l'énorme augmentation des prix. En deuxième lieu, il faut souligner l'importance d'introduire, en relation avec la revendication de l'échelle mobile, l'idée du contrôle ouvrier lors du relevé des prix et face aux décisions de hausse des prix, etc... Le programme du PCI pour la campagne électorale a insisté sur l'abandon par les réformistes des nationalisations, c'est-à-dire de l'expropriation de la propriété capitaliste. Pour les révolutionnaires, il ne s'agit pas de souligner en termes généraux la nécessité de frapper les grands groupes monopolistes en les expropriant sans indemnités, mais de déterminer sur quel terrain concret le problème peut se poser à courte échéance, soit par rapport aux problèmes urgents actuels, soit au niveau de l'assimilation de certaines exigences par les larges masses. Les exemples ne font pas défaut déjà maintenant; ils ne manqueront pas non plus dans le proche avenir. Il y a des patrons qui déclarent ne pas pouvoir continuer leur"activité. Ils menacent de faire faillite; ils veulent, avec ces chantages ou avec ces pressions, outenir le feu vert pour licencier, ainsi que des subsides de l'Etat. Eh bien, si ces messieurs ne s'en sortent plus, ils n'ont qu'à partir. Que leurs entreprises soient nationalisées et, pour éviter que ne se créent de nouvelles fonctions parasitaires, source de corruption et de gestion désastreuse, qu'elles soient mises sous contrôle ouvrier ! Un autre exemple : les trusts du pétrole et les grands réseaux de distribution des produits de consommation spéculent honteusement, ils réalisent des profits fabuleux et favorisent le processus inflationniste, alors que les travailleurs doivent se serrer la ceinture. Un gouvernement des partis ouvriers, au lieu de pleurnicher ou de se limiter aux dénonciations, doit les frapper impitoyablement en décrétant des mesures de nationalisation, sous contrôle ouvrier également. Un raisonnement analogue doit être valable pour le secteur de la construction dans lequel une spéculation effrénée continue à sévir pendant que les prix des logements grimpent jusqu'aux étoiles et que la majorité des travailleurs ne peuvent pas satisfaires leurs besoins élémentaires de logement. Ici aussi la nationalisation, sans indemnisation , de la propriété des spéculateurs immobiliers est une mesure qui s'impose, combinée bien évidemment à d'autres mesures concernant plus directement l'industrie de la construction, et sans lesquelles tout projet de réforme urbaine reste une vaine parole. Il est certain que, dans le cas d'une victoire des partis ouvriers et de leur avènement au gouvernement, la fuite des capitaux et les spéculations sur le change, qui se sont produites au cours des derniers mois, atteindront des dimensions fantastiques, provoquant la désorganisation de l'ensemble de l'économie. Il est illusoire de penser que l'on évitera le danger en donnant des garanties à droite et à gauche et en proclamant haut et fort le respect des profits, des lois sacro-saintes du marché, des mécanismes de la Communauté Européenne. La réponse devra comprendre des mesures drastiques contre les exportateurs clandestins de capitaux, contre les contrebandiers de valeurs, contre les spéculateurs. Ces messieurs devront être expropriés et frappés juridiquement. Mais tout cela ne pourra avoir qu'une efficacité limitée si d'autres mesures ne sont pas prises: tel le contrôle exercé avec la participation directe des travailleurs sur les activités des banques (l'expérience de la lutte des employés de banque portugais fournit à ce propos des indications utiles) et l'introduction du monopole étatique sur le commerce extérieur (en vue d'éviter les opérations spéculatives sur le change, des gros exportateurs et importateurs).
Les révolutionnaires et le "gouvernement des gauches" Les défenseurs de la politique du compromis historique ou de la coalition nationale objectesi l'on agit de cette façon, la majorité de 51% finirait par provoquer une situation caractérisée par des tensions, des conflits graves, avec le risque de ruptures dramatiques. Mais est-il possible de sortir d'une crise aussi profonde - que les réformistes mêmes doivent l'admettre -, plongeant ses racines dans les structures du système, sans porter atteinte aux intérêts multiples et puis -sants, sans rencontrer l'opposition des privilégiés, sans grandes confrontations sociales ? En réalité, nous répétons ce que nous avons dit depuis le début; le gouvernement ouvrier devra effectuer, à échéance presque immédiate, un choix net : se limiter à gérer la crise dans le statu-quo, c'est-à-dire la fonction de stabilisateur ou de normalisateur, inévitablement aux dépens des larges masses qui en ont rendu possible sa constitution; ou bien chercher à défendre les besoins élémentaires des masses et donc commencer à frapper au moins une partie des intérêts existants, développant inévitablement une situation conflictuelle, mais avec la conscience que seule cette voie permettra non seulement de maintenir mais d'élargir l'appui des masses mobilisées. Les révolutionnaires devront faire tout ce qui est possible pour créer les conditions de la deuxième alternative. A ce point se pose le problème de l'attitude des révolutionnaires face à un gouvernement. des partis ouvriers à direction réformiste. Pour définir une telle attitude, il faut tenir compte de deux éléments essentiels. En premier lieu, les révolutionnaires, sur la base des leçons de toute l'expérience historique précédente, repoussent l'hypothèse des partis ouvriers traditionnels, selon laquelle le passage au socialisme - après la phase de la "2ème étape de la révolution démocratique antifasciste" - pourra se faire graduellement, grâce à une succession de réformes et à la transformation des structures politiques de la démo -cratie bourgeoise depuis l'intérieur. Ils ne confondent pas la formation d'un gouvernement des partis ouvriers avec la prise du pouvoir par le prolétariat. C'est pour cela qu'ils ne pourront en aucun cas s'identifier avec un gouvernement PCI-PSI après le 20 juin, quel que soit le résultat direct des élections, ni réduire leur propre rôle à celui d'un instrument de pression (de l'extérieur ou de l'intérieur, ceci avec leur présence dans un quelconque ministère ou sous-secrétariat). La tâche des révolutionnaires consistera à se situer toujoursdu point de vue des intérêts de la classe ouvrière, de la nécessité de la construction et du renforcement du mouvement de masse, de son organisation démocratique révolutionnaire.
Ceci n'exclut pas de fait l'appui, même formel, à toutes les décisions politiques d'un gouvernement des partis ouvriers, qui frappent effectivement les intérêts des classes dominantes du pays ou des impérialistes étrangers et qui représentent des conquêtes concrètes de la classe ouvrière et de ses alliés. Ceci n'exclut pas la défense du gouvernement qui jouit de la confiance de la majorité des masses contre chaque opération réactionnaire, fasciste ou para-fasciste. Mais cela ne doit comporter ni la moindre confusion de stratégie, le moindre renoncement à sa propre autonomie politique. Une victoire éventuelle de la gauche le 20 juin s'accompagnera sans doute d'un grand enthousiasme des masses, d'une confiance croissante dans leurs propres forces, d'une volonté de profiter des nouveaux rapports de force sanctionnés aussi au niveau institutionnel. Les conditions favorables à des mobilisations de masse de portée politique et à l'émergence de nouveaux organes de mobilisation et d'organisation pourront ainsi être
La problématique des organes de démocratie révolutionnaire de type soviétique devra être mise à l'ordre du jour. Sa traduction dans des termes concrets devra constituer l'élément central d'une stratégie révolutionnaire. Par l'intermédiaire de ces organes - comme par l'intermédiaire d'autres organes de masse, tels les syndicats - , le problème crucial de l'autodéfense ouvrière face aux attaques des forces répressives et des bandes fascistes et para-fascistes devra être posée, parmi d'autres. L'organisation systématique de l'autodéfense devra être liée à un saut qualitatif dans l'intervention au sein des forces armées, pour les droits démocratiques des soldats dans les casernes et à l'extérieur de celles-ci, pour leur organisation autonome à la base. Ce n'est que de cette façon, et non pas en diffusant les illusions sur "l'esprit démocratique" des Forces Armées - officiers et généraux inclus -, ou en ajoutant un quelconque vété-. ran sur une liste électorale, qu'il sera possible de couper l'herbe sous les pieds, dès le début, à ceux qui songent à répéter dans la Péninsule l'entreprise criminelle du dictateur Pinochet. Nous avons insisté sur la nécessité qu'un gouvernement des partis ouvriers refuse la collaboration avec des organes militaires de l'impérialisme et nous avons mis à l'ordre du jour , comme objectif immédiat, le retrait du Pacte Atlantique. Plus généralement, sur le plan international également, il sera nécessaire de renverser l'optique des dirigeants réformistes. Personne ne nie qu'un gouvernement ouvrier doit, le moment venu, manoeuvrer, choisir le moment le plus opportun pour agir, s'impo-
ser également des limites (le refus, pendant une longue période, d'expulser les USA de la base de Guantanamo n'a pas empêché les révolutionnaires cubains de développer une courageuse action anti-impérialiste). Mais la logique qu'il s'agit de repousser c'est la prétendue incompatibilité. Il est vrai que l'impérialisme américain, et plus directement certains capitalismes européens, pèseront sur la situation italienne et ne seront pas très tendres dans le choix des moyens. Mais il n'est pas moins vrai que la formation d'un gouvernement ouvrier et l'éventuelle explosion d'une crise révolutionnaire en Italie auraient des répercussions énormes dans toute une série de pays européens. A long terme, la solution sur laquelle insister ne pourra qu'être l'explosion de situations révolutionnaires dans d'autres pays du continent, avec l'instauration d'autres gouvernements ouvriers avec une dynamique possible de conquête du pouvoir par le prolétariat. A court terme, la politique internationale d'un gouvernement ouvrier italien devra savoir combiner n'importe quel compromis tactique inévitable avec des accords économiques et politiques en direction des pays où le capitalisme a été renversé et des appels aux masses et aux partis ouvriers d'autres pays à manifester leur solidarité avec les masses italiennes. Par exemple, la proposition d'un congrès de toutes les organisations syndicales et politiques ouvrières d'Europe, pour combattre l'éventuel sabotage économique contre l'Italie, pourrait avoir un écho extraordinaire même dans les pays où la situation objective reste relativement en retrait. L'avènement d'un "gouvernement des gauches"' et une évolution ultérieure des rapports de forces entre les classes pourront créer des conditions plus favorables pour la construction d'un parti révolutionnaire prêt à lutter pour éliminer l'hégémonie des bureaucraties réformistes. Il ne s'agira pas d'un processus facile ni linéaire, étant donné les différences et les divergences, même très graves, qui existent actuellement entre les formations les plus importantes et les moins importantes de l'extrême-gauche. Mais la nouvelle situation pourra pousser à vérifier et à réexaminer des hypothèses stratégiques, des conceptions générales et des méthodes à la lumière d'exigences surgies concrètement au sein des mas -ses. Les débats du mois d'avril et de la lère semaine de mai - non limités aux problèmes de l'opposition électorale - peuvent et doivent se poursuivre, acquérir une plus grande ampleur, devenir plus rigoureux, dépassant les aspects scolastiques, brisant les cristallisations sectaires et balayant le chauvinisme d'organisation. A cette condition, dans le cadre d'une dynamique ascendante du mouvement, des situations nouvelles pourraient se créer et s'affirmer les conditions d'une redistribution des cartes, avec. de nouveaux processus d'unification et de polarisation.
Rome, le 28 mai 1976