Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

Les présidentielles

Inprecor (première série) n° 54, 24 juin 1976 · p. 23-25 · 2 115 mots

Portugal Syndicalisme

LES ELECTIONS

La campagne électorale présidentielle, au Portugal, se déroule dans un contexte marqué par : la majorité conquise dans l'Assemblée de la République par les partis de la classe ouvrière, le maintien d'une crise de direction politique bourgeoise (malgré le ralliement actuel des partis bourgeois derrière Eanes), une profonde crise économique, la manifestation continue (depuis mars 1976) de la capacité de résistance de la classe ouvrière. La bourgeoisie, après avoir consolidé relativement ses forces de répression, vise, d'une part, à imposer Eanes avec une large majorité, pour neutraliser sa défaite du 25 avril 1976, d'autre part à laminer le PCP. Si les secteurs dominants de la bourgeoisie manifestent leur accord avec le projet de gouvernement Soares - il promet d'appliquer un programme "de dynamisation du secteur privé' et de "rentabilisation du secteur public" (''Opçao", 17-23. 6. 76) -, ils affirment ouvertement, qu'à l'occasion de la première crise de gouvernement, la priorité sera donnée à un "gouvernement d'union nationale". Eanes l'a promis. Car, crise gouvernementale il y aura. Cette rapide description indique les problèmes qui, demain, seront à l'ordre du jour : la formation du gouvernement et ses crises futures, la syndicalisation et la tenue du ler Congrès syndical(afin de mettre en place, pour la première fois, une véritable centrale syndicale), l'ampleur de la résistance ouvrière aux plans d'assainissement du gouvernement, avec sa répercussion dans le PS. Les diverses campagnes menées par les candidats à la présidence doivent être situées à partir de ces questions et, aussi, à partir du processus très inégal de développement de la conscience des masses laborieuses portugaises, comme de la nécessaire conquête de leur indépendance de classe. Pour Eanes et Azevedo, les choses sont claires. Ils sont les candidats des patrons, même si le second gêne le premier par ses déclarations intempestives. Le candidat du PCP (Pato), tout en déclarant à priori son respect pour le futur président, centre sa campagne sur le thème : "Ce qui est aujourd'hui en cause, c'est la même question que celle posée en avril (76) : qui gouvernera le pays ? Une sainte-alliance de droite contre les intérêts des travailleurs ? Une alliance de gauche avec les travailleurs ?". Carvalho affirme que "son parti est le peuple" ("'A Capital" 9.6.76), que les "partis divisent

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PORTUGAL le peuple". Il proclame sa totale indépendance envers ceux qui le soutiennent. Mais, il admire Eanes, le chef d'état-major d'une armée dont il est major :'Eanes est un honnête homme, qui peut être utilisé par les forces de droite. Si Eanes est réellement et honnêtement engagé à construire une démocratie telle que je la veux, alors il sera difficile aux partis de droite de le manipuler" (O Jornal", 9.6.76). La campagne des organisations qui soutiennent Carvalho (UDP, MES, PRP) est tout d'abord désaxée par rapport aux problèmes réels qui se posent et vont se poser aux travailleurs. Ensuite, elle est conduite dans l'illusion d'une victoire électorale d'Otelo (qui fera certes un score important) et reproduit de nombreux mythes pour lesquels les travailleurs portugais ont déjà payé cher. Le directeur d'un hebdomadaire qui soutient la campagne (J. A. Fernandez) doit s'écrier : "Avec le risque de choquer quelques organisations et quelques travailleurs, il est utile de dire qu'Otelo ne va pas gagner les élections ... (Il est grave) de cultiver les illusions d'une victoire électorale qui résoudrait les problèmes du Deunle" T.ac libellés des deux affiches, aux couleurs du drapeau national, sont : "25 avril à la présidence'' (avec Otelo en Uniforme de général) et "Un ami à la présidence" ! Enfin, si elle relance le thème du'pouvoir populaire", la campagne le situe aussi dans les organes mis en place pour ces élections : les GDUP (1). Ceci fait dire au directeur de "Gazeta", pourtant supporter d'Otelo : "'Les révolutionnaires ne possèdent pas une alternative claire à la stratégie et à la "démocratie du PCP"... Au fond, ils se placent aux côtés du PCP, comme s'ils avaient rompu avec sa théorie et sa pratique pour n'en donner qu'une version de gauche" (16-24. 6.76). Dans la première partie du tract national de la LCI, reproduit ici, est défini le projet de Eanes et du PS et avancé le slogan "'Pas un vote pour les candidats bourgeois". Dans ce tract, la LCI explique à la fois ses options politiques centrales et son mot d'ordre de vote pour Pato. NOTE : (1) GDUP : Groupe de Dynamisation d'Unité Populaire. " OTELO : UN AMI ? Face aux candidats du 25 novembre (Eanes et Azevedo), Otelo oppose le 25 avril. Il prétend même mettre "le 25 avril à la présidence" En effet, ce "25 avril des capitaines", Otelo le respecte au point de déclarer : "En vérité, j'admire beaucoup Ramalho Eanes pour sa compétence professionnelle et pour son caractère. Les partis politiques qui l'appuyent cherchent précisément à se servir de son nom et de son prestige" ("'O Jornal", 9-15. 6.76) Il parle aussi de l'"unité, de la cohésion, de la discipline de l'armée , de cette armée avec ses Eanes, ses Jaime Neves, ses Pires Veloso qu'il nous promet de "mettre au service du peuple". Cette armée ne sera jamais au service des travailleurs; le 25 novembre l'a prouvé. Aucune illusion n'est possible. Pourquoi Otelo ne se prononce-t-il pas clairement en faveur de ce qui seul permettrait aux soldats d'être aux côtés des travailleurs dans les futurs combats contre les patrons et leur Etat : -le droit des travailleurs sous l'uniforme de s'exprimer et de discuter librement dans les casernes, ce qui leur est interdit alors que les généraux et les officiers se transforment en clairons de la réaction; - le droit des soldats à s'organiser dans un syndicat (lié aux syndicats ouvriers) et en commissions pour élaborer et défendre leurs revendications. La cause de ce silence réside dans le respect qu'Otelo manifeste pour une armée et un cadre permanent dont il est issu et dont il est le major Carvalho, tout en insistant sur son respect des officiers, ne manque pas de souligner sa complète indépendance par rapport aux organisations qui appuient sa candidature. Ce n'est pas le moindre paradoxe de voir un candidat qui se réclame de la classe ouvrière prendre plus de distance envers les partis ouvriers qu'envers les officiers bourgeois. Mais est-ce vraiment du "25 avril à la présidence" dont les travailleurs ont besoin? Les travailleuses et travailleurs, qui jourd'hui soutiennent la candidature d'Otelo, savent bien que le renforcement des commissions de travailleurs, l'élargissement et l'autonomie des commissions de moradores, le développement des commissions de soldats, la construction d'un syndicat démocratique et indépendant allaient et vont à l'encontre du paternalisme, de la tutelle symbolisée par "l'alliance peuple-MFA". En s'en réclamant encore, Otelo n'indique aux masses laborieuse aucune autre voie que l'impasse dans laquelle les a déjà précipités le MFA. L'unité des travailleurs, il est vrai, est un objectif décisif. Mais cette unité contre la bourgeoisie, son Etat, ses partis, il faut - dans les CT, en assurant leur fonctionnement démocratique, leur élection, la garantie absolue pour tous les courants du mouvement ouvrier de s'exprimer sans aucune exclusive; - dans les syndicats, en assurant leur indépendance, le droit de tendance, en se battant pour un congrès démocratique de tous les syndicats afin de définir un plan ouvrier de lutte contre la récupération capitaliste; - entre les partis du mouvement ouvrier, sur la base d'objectifs précis qui stimułent la mobilisation de la classe ouvrière, la riposte à l'offensive des patrons et de leur Etat. Voilà une réponse concrète à la division ! Par contre, les proclamations "a-partidaires" : - tendent à effacer les différences de classe entre les partis ouvriers et les partis bourgeois et, dès lors, tendent à minimiser,

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pour ne pas dire nier, l'importance de la majorité ouvrière (PS-PCP-UDP), conquise lors des élections à l'Assemblée de la République. - suscitent les illusions dans des solutions providentielles, - mettent au second rang la nécessité d'une réponse propre des travailleurs organisés dans leurs commissions, syndicats et partis, unis autour d'un plan de lutte. C'est seulement en construisant cette unité et en répudiant l' "a-partidarisme" que pour -ront être dynamisés les "organes populaires de base", que pourra être défendu et étendu le contrôle ouvrier, que pourra être approfondie la réforme agraire, ainsi seulement sera battu Eanes et avec lui la réaction. PATO : UNE MAJORITE DE GAUCHE QUI NE SE CONFRONTE PAS A EANES ? Octavio Pato, le seul candidat lié à un parti ouvrier, se réclame de la majorité obtenue aux élections législatives par les candidats de la classe ouvrière. Il est vrai que lesvotes des travailleurs à l'Assemblée de la République expriment leur volonté de mettre en échec le PPD et le CDS, de défendre leurs conquêtes et de continuer la lutte pour le socialisme, pour la démocratie des conseils ouvriers. En votant pour les partis ouvriers, les travailleurs ont voté contre les patrons e: la hiérarchie militaire. Or, aujourd'hui, le candidat du PCP déclare ne pas vouloir "'hostiliser" Eanes et Pinheiro. Il affirme, de plus, son respect pour le pacte entre le Conseil de la Révolution et les partis, qui donne d'avance à Eanes, le candidat des patrons, une matraque pour "pacifier les entreprises", pour imposer, s'il le faut, par-dessus la tête de cette majorité de gauche, ses volontés à l'Assemblée de la République, au gouvernement. L'unité des travailleurs qu'invoque aussi Pato ne peut être le simple résultat d'une addition des députés du PS et du PC, ou le produit de pressions envers le PS. Cette unité de la classe ouvrière ne se constituera: - que si sont mis en avant des objectifs et des méthodes de lutte qui emportent l'adhésion aussi bien des travailleurs du PS, de ceux du PCP que de ceux qui, actuellement, se retrouvent dans la campagne d'Otelo; - que si des revendications unitaires renversant les barrières entre les diverses catégories de travailleurs, entre ouvrières et ouvriers (égalité des salaires) sont défendues avec acharnement; - que si sont éliminées les méthodes bureaucratiques de manipulation des syndicats, ainsi que des CT et si est garanti le fonctionnement démocratique des organes dont se sont dotées les masses laborieuses; - que si, face à l'attaque patronale, se dégagent de clairs projets de dynamiser, d'élargir, de coordonner les CT comme de renforcer et d'unifier les syndicats. Certes, c'est la lutte de classe qui divise le peuple portugais. Mais ce sont les méthodes sectaires et bureaucratiques qui contribuent à diviser les travailleurs portugais; ce sont les déclarations de confiance envers les "officiers fidèles au 25 avril" qui démobilisent les travailleurs (...) PREPARER LES COMBATS DE DEMAIN La bourgeoisie, après son échec lors des élections législatives, reprend courage : avec l'aide de la direction du PS, elle espère rassembler le maximum de voix autour de Eanes (et recueillir indirectement celles qui se porteront sur Azevedo) pour effacer le piteux résultat du 25 avril 1976. - Pas une voix ne doit manquer pour faire échec à l'opération Eanes ! - Tous les travailleurs manifesteront leur opposition radicale à "ce qu'il promet de tenir" et, par là aussi, ils exprimeront leur rejet du programme que se propose de réaliser le futur premier ministre Soares ! - Si les travailleurs doivent avant tout faire confiance à leurs luttes, à leurs capacité de s'organiser plus solidement dans les CT et les syndicats; si les travailleurs ne feront confiance ni aux nouvelles tentatives de compromis proposées par le PCP, ni à "l'a-partidarisme' et aux solutions miraculeuses d'Otelo; si les travailleurs savent que, contre Eanes, leur combat doit se continuer dans les usines après le 27 juin, ils doivent cependant, aujourd'hui, par leurs votes: prolonger la victoire électorale du 25 avril 1976 et préparer ainsi les conditions pour l'affirmation de solutions indépendantes des masses laborieuses. - Contre les projets d'un gouvernement d'unité nationale, par leur vote, les travailleurs se prononceront aussi pour un gouvernement du PS et du PCP, qui traduise la majorité ouvrière issue des élections législatives, un gouvernement qui applique un programme de défense et d'extension des conquêtes obtenues dans la lutte, un programme défini par un congrès démocratique de tous les syndicats et exprimant la volonté d'indépendance des travailleurs face à la bourgeoisie ! - Pour la LCI: - voter pour Octavio Pato, n'implique en aucune façon appuyer son programme; dans le cadre de ces élections, c'est la seule manière de manifester la volonté de lutte des travailleurs pour ces objectifs, pour la volonté d'indépendance des travailleurs, contre la politique de Eanes comme de tous ceux qui le soutiennent;

- voter pour le seul candidat d'un parti ouvrier, c'est aussi la possibilité pour les travailleurs d'exiger de ce parti, dans les CT et les syndicats, une politique unitaire de combat contre les généraux et les capitalistes. VOTEZ OCTAVIO PATO !" Ligue Communiste Internationaliste

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