Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

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Gruppi Comunisti Rivoluzionari

· Inprecor (première série) n° 55, 8 juillet 1976 · p. 16-19 · 2 662 mots

Italie

... Le 20 juin a exprimé plus que toute autre élection des trente dernières années, une polarisation sociale et politique croissante dont les prémices remontent à 1968. Les deux classes antagonistes ont fait bloc respectivement autour de la DC et du PCI comme leurs expressions politiques fondamentales. L'usure et l'effritement des formations dites intermédiaires en ont été la conséquence inévitable (...). La DC a pu réaliser une récupération supérieure à ses espérances, justement parce qu'elle a été à nouveau considérée comme le seul pôle valable ou relativement valable, par toutes les couches d'exploiteurs, par tous ceux qui ont ou croient avoir quelque chose à défendre, qui craignent de faire les frais des transformations plus ou moins profondes qui pourraient se produire dans l'éventualité d'une victoire des partis ouvriers. Dans le cadre de cette offensive généralisée, des arguments idéologiques traditionnels, exerçant une action mystificatrice à l'égard de certaines couches populaires qui ne sont pas objectivement intéressées à la défense du statu quo, ont retrouvé un certain écho. Le nouveau succès du PCI, qui a progressé presque partout, même par rapport au 15 juin, exprime, sur le plan électoral taire, deux phénomènes convergents. Le premier est l'homogénéisation et la maturation politique croissantes de la classe ouvrière et la recherche d'un instrument d'unification politique et organisationnelle, y compris par des couches jusqu'ici non politisées ou sous l'influence idéologique de l'adversaire. Le deuxième est la tendance de plus en plus nette à une polarisation autour de la classe ou -

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vrière de couches plus amples de travailleurs et de secteurs importants de la petite-bour -geoisie. Ce sont la contemporanéité et l'ampleur de ces deux phénomènes qui expliquent aussi bien l'extension du succès électoral du PCI que des bonds en avant particulièrement spectaculaires (le cas de Naples est exemplaire en la matière). Le Parti Socialiste qui, historiquement a joué le rôle de force modérée du front ouvrier (malgré des poussées périodiques pseudomaximalistes d'une nature par trop transparente) a payé le prix de cette radicalisation et polarisation qu'il s'était efforcé d'éviter pendant de longues années par sa stratégie de centre-gauche. Au demeurant, son secrétaire lui-même a déclaré : "Si la radicalisa -tion a été la caractéristique de ces élections, il faut reconnaitre qu'elle n'a pas été utile au PSI, comme elle ne lui a jamais été utile dans aucun autre moment de son histoire.' La DC a réussi à éviter un recul électoral ultérieur en maintenant, entre autres, sa position de majorité relative. Elle a obtenu un résultat important parmi les jeunes, non seulement à la suite des tendances déjà indiquées, mais aussi de l'effort accompli pour organiser et mobiliser activement une partie au moins de couches sociales sur lesquelles elle s'était limitée, pendant une longue période, à conserver son hégémonie, par le jeu des instruments institutionnels et par le clientélisme (l'effort réalisé par l'organisation "Comunione e liberazione" - organisation de jeunesse - est typique à ce sujet). Le résultat de la DC représente un point important en faveur de la bourgeoisie. Mais cette constatation ne doit pas faire oublier que : a) la reprise de la DC a été assurée, dans une très large mesure, au détriment des formations qui, pendant les trente dernières années, à des échéances différentes et dans diverses combinaisons, furent des éléments intégrants du bloc politique hégémonique autour de la DC. b) Malgré le recul du PSI et la stagnation de DP, le front des formations qui se réclament du mouvement ouvrier a accompli un nouveau pas en avant. Somme toute, celui-ci est l'indication la plus significative sur l'évolution du rapport de forces entre les classes qui ne cesse donc d'être favorable à la classe ouvrière, même dans le miroir déformant d'une consultation électorale. Pourquoi l'échec de Démocratie Prolétarienne? Les résultats globaux des listes de DP, plus modestes de ce qu'es comptaient même les pronostics les plus sobres, représentent incontestablement un échec pour l'extrême-gauche dans son ensemble. Cela est d'autant plus vrai que, dans certaines circonscriptions de l'Emilie et de la Toscane, et dans les circonscriptions de Calabre, il y a eu des reculs particulièrement sensibles et des fléchissements se sont produits, même dans les citadelles milanaise et lombarde. Des progrès limités ailleurs, le plus souvent dus à la spécificité de certaines situations (par exemple à Turin où, l'an passé, la liste n'était présentée que par AO), la conquête du quorum dans la circonscription de Milan-Pavie et l'élection de 6 députés, ce qui n'est pas négligeable et qui peut offrir des marges d'action politique nouvelles, ne contrebalancent toutefois pas l'échec global. Des facteurs objectifs ont eu incontestablement un poids déterminant. Fondamentalement, la constatation s'impose que la polarisation aiguë dans la campagne électorale a joué au détriment de DP, dont une partie des électeurs potentiels ont préféré renforcer le PCI (cela s'est passé surtout dans les zones où, en 1975, seul le PDUP était présent). Mais, à moins qu'elle n'accepte pas d'être reléguée parmi les formations "intermédiaires", DP doit avoir pleine conscience de la signification de ce fait. Dans une période de crise sociale et politique, une formation révolutionnaire devrait être favorisée par la polarisation et croitre au lieu de régresser. Si le contraire se produit, comme cela fut le cas le 20 juin pour DP, cela signifie que la formation en question n'est pas apparue en situation d'accomplir ses tâches, soit parce qu'elle n'est pas apparue comme une force véritablement prolétarienne, soit parce qu'elle a commis des erreurs telles à compromettre sa propre crédibilité comme pôle alternatif aux formations réformistes. La vérification électorale a fourni effectivement des éléments nouveaux p›ur l'analyse de la composition sociale de DP et de l'extrême-gauche en général. Le fait qu'une partie non négligeable de la base de DP a été attirée par les listes du parti radical confirme l'ampleur de la composante petite-bourgeoise radicalisée sur laquelle l'extrême-gauche a pu et pourra même dans l'avenir exercer une influence, non pas grâce à sa capacité d'exprimer une stratégie révolutionnaire globale, mais grâce à des batailles démocratiques conséquentes que les partis ouvriers traditionnels n'ont pas déclenchées, ou ont déclenché avec beaucoup de retard et d'hésitations. L'exode d'une partie des électeurs du PDUP - d'origine politique PSIUP et de composition sociale même prolétarienne ou populaire - démontre d'autre part la nature précaire d'une certaine influence gagnée par des prises de position équivoques. Plus important encore : même les électeurs qui ont voté pour DP le 20 juin sont en majorité petits-bourgeois. Une analyse plus détaillée du vote permettra des appréciations plus précises. Toutefois, aussi bien à partir d'une analyse sommaire du scrutin sur une base territoriale, que l'hypothèse fondée se-

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lon laquelle une partie non négligeable du million d'électeurs étudiants a voté pour DP, il en découle que seulement un pourcentage extrêmement modeste, sinon insignifiant, de la classe ouvrière, a choisi la liste unitaire de l'extrême-gauche. Il n'y a pas de doute que l'attitude prise pendant la lutte pour le renouvellement des contrats par le PDUP et dans une moindre mesure par AO, qui n'ont voulu à aucun moment et à aucun niveau contribuer à construire dans les syndicats et dans les conseils une alternative réelle aux directions bureaucratiques, et l'incapacité de l'extrême- gauche en général à apparaitre comme point de référence crédible à tous les militants et les cadres qui critiquaient les plate-formes et les méthodes de lutte, ont représenté un obstacle très sérieux et, dans le contexte donné, probablement décisif, à l'élargissement de l'influence de l'extrême-gauche dans la classe ouvrière et à l'amélioration de sa composition sociale. La situation qui s'est produite au cours des dernières années dans le mouvement étudiant à également pesé. Les incertitudes sur la stratégie et la méthode, les oscillations opportunistes pendant la bataille contre les décrets du gouvernement et surtout après sa conclusion négative, ont contribué à affaiblir le mouvement qui, pendant la dernière année, ne s'est développé que sectoriellement et pendant une période limitée. La conséquence en a été non seulement l'élargissement de l'influence des réformistes, mais aussi l'affirmation de composantes réactionnaires telles que "Comunione e Liberazione" (...). Les formes dans lesquelles la liste unitaire a été réalisée et les orientations de la campagne électorale ont accru les difficultés, en contribuant à l'échec. Une réflexion critique et auto-critique, qui est absolument nécessaire, doit se baser sur les éléments suivants : a) Le refus initial de la liste unitaire par le PDUP et l'acceptation restrictive de la solution unitaire, y compris par AO, ont rendu moins crédible l'opération dès le départ. L'argument d'après lequel la liste unitaire était beaucoup plus un apparentement pour éviter une dispersion des voix qu'une convergence politique, à joué dans le même sens. De plus, les composantes originaires de DP, malgré leurs efforts, n'ont pas réussi non plus à adopter un programme commun, en confirmant ainsi l'image de DP comme une formation peu homogène. Tout cela a eu d'autant plus d'influence que la composante PDUP a exploité, d'une façon de loin prépondérante, les grands moyens de communication de masse. b) La formation des listes a été réalisée par des méthodes clairement discriminatoires envers LC en premier lieu, mais aussi envers d'autres composantes comme les GCR, et par de véritables tracasseries bureaucratiques, sans une utilisation de critères objectifs. Même le critère verbalement proclamé par tout le monde de la priorité aux candidats peu appliqué ou ignoré, selon la convenance du PDUP et de AO : des candidatures significatives n'ont pas été retenues alors que d'autres, beaucoup plus discutables, à en juger par les résultats aussi, ont été imposées sans trop de scrupules. Les accords au sommet sur les voix préférentielles et la conséquence qui en est découlée, ont complété le tableau. Résultat : aucun des candidats du "mouvement" n'a été élu, et un seul a pu obtenir un siège à la suite de la renonciation d'un des dirigeants PER IL PARTITO COMUNISTA ITAI LAND c) Dans la quasi-totalité des cas, le PDUP et AO ont refusé toute forme de campagne électorale commune, de façon que DP est apparue comme une formation soutenue par deux, trois et même quatre campagnes qui n'étaient pas nécessairement convergentes. L'organisation de la campagne à la base, par les comités de DP, n'a réalisée que très partiellement. Même sur ce terrain, le PDUP et AO ont imposé leur volonté monopolisatrice, en stimulant, dans la meilleure des hypothèses, les comités de DP comme les instruments de leur unification politique et organisationnelle. d) Les efforts d'élaboration programmatique qui ont été incontestablement faits par les différentes formations et qui, conjointement aux débats qui ont précédé la formation des listes unitaires, représentent l'un des éléments les plus positifs du processus qui se déroule dans l'extrême-gauche, n'ont pas donné lieu à des confrontations réelles et ne se sont reflétés que fragmentairement et marginalement dans la campagne électorale. e) Toutes les composantes de DP - GCR y compris - se sont avérées insuffisamment capables d'utiliser un langage accessible aux larges masses, en rendant par conséquent beaucoup plus difficile le dialogue indispensable avec les militants ou les électeurs des partis ouvriers traditionnels.

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Tout cela a sérieusement compromis la possibilité, pour DP, d'apparaitre comme un pôle crédible aux secteurs des masses influencés par la bureaucratie réformiste. Au moins une des composantes de DP a même renoncé à la tentative de gagner à DP des électeurs du PCI et du PSI (avec le résultat que dans certaines zones, de vieux électeurs du PDUP ont été gagnés par les polémiques du PCI). Plus généralement, il y a souvent eu la combinaison d'une opposition stratégique insuffisante et des polémiques banales, souvent tirées par les cheveux, parfois même incorrectes, en tout cas stériles. La bourgeoisie dans l'impasse La bourgeoisie italienne, de même que la bour. geoisie internationale, peut se féliciter d'avoir échappé au danger d'une majorité des partis ouvriers. Plus concrètement, elle peut considérer comme positif le fait que la DC ait surmonté l'épreuve la plus difficile de son histoire et ne cesse de représenter un instrument politique décisif, l'élément central des futures formules de gouvernement. Dans ce sens, la déception pour les résultats du 20 juin éprouvée non seulement par le militant de l'extrême-gauche, mais aussi par des militants du PCI, a une base objective. Il est clair que cela détermine à échéance immédiate un contexte moins favorable de celui que l'on escomptait avant le 20 juin. Toutefois, la situation objective et sa dynamique potentielle n'autorisent pas l'hypothèse d'un renversement de tendance ni d'un changement important. Après tout, les résultats du 20 juin ont révélé une évolution ultérieure du rapport de force global en faveur de la classe ouvrière, même après le 15 juin 1975, qui avait pourtant déjà marqué une évolution très nette dans la même direction. La conséquence principale est que la bourgeoisie ne dispose pas, plus qu'auparavant, d'une formule de gouvernement réalisable à court terme et susceptible de cristalliser un nouveau bloc politique hégémonique. Sur le terrain par -lementaire, et à plus forte raison au niveau des rapports sociaux, les possibilités de choix se sont rétrécies. En effet, une majorité du centre n'est plus possible, une majorité de centre-droite incluant le MSI non plus. Théoriquement, n'est possible qu'un retour au centre-gauche ou une forme de compromis historique. Des solutions de gouvernement monocolore et autres élucubrations ne seraient que des variantes des deux alternatives principales. Si on rappelle que la paralysie d'avant les élections s'était produite parce que le centre-gauche était épuisé, et que la DC et ses alliés repoussaient résolument le compromis historique dans toutes ses variantes possibles, l'impasse qui subsiste apparait de toute évidence. A échéance immédiate, cette impasse est aggravée par l'opposition confirmée du

PSI à la relance du centre-gauche et par l'attitude de la DC qui, après avoir mené une campagne électorale avec une orientation précise, aurait de toute façon des difficultés énor -mes à opérer un tour nant de 180 degrés en acceptant les ouvertures du PCI. (Dans une telle éventualité, il pourrait se produire des révoltes dans les groupes parlementaires, voire des ruptures organisationnelles dans le parti). La conclusion à tirer est que la crise de la direction bourgeoise n'est pas sur le point d'être résolue, et que la période qui s'ouvre ne cessera pas d'être une période de grande instabilité, de contradictions internes persistantes dans le front de la classe dominante (...). De toute l'analyse précédente, de même que de l'analyse d'ensemble des tendances des dernières années découle que le mouvement ouvrier pourrait se trouver dans une situation sous plusieurs aspects contradictoire. L'état d'esprit des masses, du moins à échéance rapprochée, sera influencé par l'effet combiné de la déception relative à cause de la reprise de la DC et de la conscience de la force accrue du principal parti ouvrier. Plus généralement, le stimulant des besoins fondamentaux qui peuvent être réduits, en dernière analyse, à la sécurité du poste de travail et à la défense du niveau de vie, ne sera pas atténué, mais par contre il pourra se renforcer si les tendances économiques actuelles se confirment. Dans un tel contexte, il y aura donc des conditions pour de nouveaux mouvements de masse vigoureux de la classe ouvrière, susceptibles d'impliquer des couches travailleuses plus amples. L'obstacle pour un développement effectif de tels mouvements - et à plus forte raison pour un aboutissement positif - continuera à résider dans la difficulté de développer des moavements d'une telle ampleur avec les objectifs imposés par tendanciellement de nature de transition, en l'absence d'une direction décidée à relancer la confrontation et à favoriser une dynamique anti-capitaliste du mouvement. Encore plus que par le passé, le rôle des organisations syndicales et politiques du prolétariat sera décisif, même pour la relance de larges mouvements de masse. De nouvelles possibilités s'ouvriront pour les nouvelles avant-gardes et les organisations de l'extrême-gauche, et il y aura de nouvelles épreuves sévères. Objectivement, il existera la possibilité de faire ces pas en avant, qui n'ont pas été faits durant la dernière campagne pour le renouvellement des contrats. Des succès sur ce terrain dépendra dans une large mesure la possibilité de relancer effectivement, d'une façon crédible, des luttes pour des objectifs politiques d'ensemble.

Résolution du Comité Central des GCR 27 juin 1976.

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