Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CHINE

La crise politique chinoise

· Inprecor (première série) n° 55, 8 juillet 1976 · p. 22-28 · 5 506 mots

Chine Stalinisme

Depuis les incidents dramatiques de la place Tien An Men à Pékin, le 5 avril dernier, des évènements dans la République Populaire de Chine ont retenu l'attention de l'opinion publique mondiale, particulièrement du mouvement ouvrier et révolutionnaire international. Nous publions ci-dessous une contribution à l'analyse de ces évènements, écrite par un camarade marxiste-révolutionnaire d'Asie, militant sur le terrain. A cause de sa longueur, nous publions cet article en deux parties. Dans ce numéro, le camarade Wu traite de la situation en Chine après la Révolution Culturelle et des tentatives de la fraction maoiste de la bureaucratie chinoise de "poursuivre" la révolution culturelle. La deuxième partie traitera des évènements-mêmes du 5 avril, analysera l'idéologie et l'orientation des fractions opposées du Parti Comuniste Chinois, et examinera les perspectives du déroulement ultérieur de la lutte.

•par WU

C'est au moment où une hypothèse générale supposait que la campagne "anti-droitière" disparaissait de la scène politique chinoise, qu'il y eut un surgissement inattendu : la manifestation violente et spontanée à Pékin le 5 avril (voir Inprecor n°50 du 29 avril), suivie par la décision du Bureau Politique du parti de destituer Teng Hsiao-ping de toutes ses fonctions, ne le maintenant que comme membre du Parti Communiste Chinois. Quelles seront les conséquences de ces deux évènements politiques ? Quelle est la raison de cette campagne "anti-droitière" ? Est-ce simplement une continuation de la Révolution Culturelle ? Quelles sont les sociales qui sous-tendent le conflit récent et comment les masses vont-elles y répondre ? Quelle est la nature des fractions qui s'opposent à l'intérieur du PCC ? Telles sont certaines des questions importantes soulevées par les évènements. Pour essayer d'y répondre, il faut d'abord examiner la situation qui prédominait dans le pays après la Révolution Culturelle. La situation au lendemain de la Révolution Culturelle La période commencée au 9ème Congrès du PCC en avril 1969 et terminée à la mort de Chou En-lai en janvier dernier, fut marquée par deux caractéristiques : d'une part, le pouvoir croissant de l'armée dans l'appareil d'Etat en rapport avec la consolidation de la position de Lin Piao, suivie par son déclin et sa chute ; d'autre part, la réhabilitation discrète de toute une couche de "partisans de la voie capitaliste" qui avaient été écartés pendant la Révolution Culturelle. Ce tournant fut accompagné d'un certain nombre de campagnes politiques exprimant partiellement des luttes fractionnelles dissimulées dans le parti. Alors que d'anciens fonctionnaires regagnaient leurs postes, les "éléments nouvellement apparus" de la Révolution Culturelle disparaissaient ou étaient affaiblis et certains aspects de la politique intérieure d'avant la Révolution Culturelle furent réinstaurés. La mort de Chou En-lai a représenté la disparition du lien indenspensable qui permit au parti et à l'appareil d'Etat de reconstruire leur unité et leurs fonctions, malgré les hostilités temporairement cachées parmi les fractions et groupes divers. En fait, la Révolution Culturelle n'a établi aucune unité à l'intérieur du PCC. Le seul point sur lequel tous les divers groupes et fractions s'unirent fut le besoin urgent d'éliminer le développement politique indépendant qui émergea du mouvement rebelle des Gardes Rouges, et de reconstruire le parti et la machine étatique disloqués pendant la Révolution Culturelle. La fraction maolste ne l'emporta pas politiquement. En mettant un terme à la Révolution Culturelle, la fraction maolste se vit obligée de faire deux concessions. L'armée fut reconnue comme le

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seul instrument effectif pour rétablir l'ordre social et mettre fin au mouvement de masse. Simultanément, des concessions furent faites à la majorité des cadres de l'Etat et du parti, dont de nombreux avaient été combattus en tant que partisans de la "ligne noire" de Liou Shao- chi. Telle qu'elle était, fondée sur un compromis, la nouvelle unité était vouée à une vie courte. Deux ans après le 9ème Congrès, Lin Piao fut soudainement éliminé dans des conditions qui restent mystérieuses. Mais, compte-tenu du changement qualitatif de la politique étrangère chinoise vis-à-vis des puissances impérialistes, de l'Union Soviétique et de l'accusation faite à Lin Piao de s'être rangé du côté des "révisionnistes soviétiques", il est fort possible que se développèrent des conflits à propos de l'orientation de la politique étrangère. C'était là un élément de l'arrière-plan de la liquidation de Lin Piao. L'autre élément fut, que tant que l'armée maintiendrait son contrôle sur la société, le poids du parti dans le fonctionnement de l'Etat serait réduit et les liens étroits entre le parti et les masses seraient par conséquent gravement atteints. Ce serait en contradiction avec les positions, la politique et les intérêts de la fraction maoiste. Mais, hormis les détails de la liquidation de Lin Piao, l'évènement lui-même confirma que la Révolution Culturelle s'était terminée par un compromis sans lequel toute la bureaucratie éclatée se serait trouvée en grave danger. Mais c'était un compromis que la fraction maoiste ne pouvait tolérer que temporairement et pour des raisons purement tactiques. Le retour au "bon vieux temps" A la veille de la chute de Lin Piao, l'ordre d'avant la Révolution Culturelle recommença à apparaltre, comme ce fut manifesté de façon très impressionnante par le retour de Teng Hsiao-ping en avril 1973. En fait, presque tous les "partisans de la voie capitaliste" qui furent épurés, sauf Liou Shao-chi, pendant la Révolution Culturelle, sortirent de leur exil politique et réintégrèrent les appareils du parti et de l'Etat; dans de nombreux cas, leurs nouveaux postes étaient plus élevés que ceux dont ils avaient été démis auparavant. C'était une tendance naturelle. D'abord, qui d'autre pouvait remplir le vide après plusieurs années de contrôle semi-militaire, une fois que l'armée ait été écartée soudainement de la scène politique ? Ensuite, la politique de la fraction maolste devint extrêmement inefficace, incapable qu'elle était de susciter des initiatives de masse sous le contrôle bureaucratique en place. Ainsi, il y avait un mécontentement des masses croissant, et pour le moins, des doutes chez de nombreux cadres du parti. En ce sens, l'ascendant de feu Chou En-lai dans l'appareil d'Etat n'était pas du tout le produit d'un individu seul. Il correspondait plutôt aux aspirations et à l'humeur de secteurs importants des masses et de nombreux cadres qui recherchaient alors la "stabilité". C'était une tendance silencieuse mais très puissante. La fraction maoiste la prit à son compte, puis elle fut renforcée par la suite par le retour de nombreux "partisans de la voie capitaliste". La dernière grande "contribution" de Chou au PCC fut de le guider dans cette "révolution" silencieuse en évitant la confrontation ouverte. La fraction maolste commença à résister prudemment à ce processus par l'organisation des mouvements de masse politiques comme les campagnes "anti-Lin Piao - anti-Confucius"', "contre le courant", "contre les droits bourgeois", la campagne agraire et la campagne "révolution de l'enseignement". A l'exception de la dernière, pourtant, toutes ces campagnes en restèrent au niveau de la propagande et eurent pour fonction principale de mesurer la force de la fraction maolste au sein du parti et parmi les masses. La fraction maolste évita la confrontation ouverte avec les bureaucrates et leurs partisans réintégrés dans le parti, qui, à leur tour, répondirent aux campagnes maolstes en les freinant et en déviant leurs trajectoires. Cela leur fut possible avant tout parce que les éléments principaux de la machine étatique étaient de leur côté et que les campagnes maolstes manquaient de soutien populaire de toute façon. Au mieux, les masses répondirent à ces campagnes de manière formelle, comme à un rite. Aussi, les bureaucrates et leurs partisans réintégrés dans le parti (que par souci de simplicité nous appellerons "partisans du retour en arrière") étaient en bien meilleure position que les maolstes en ce qui concerne le rapport de forces au sein du parti, de l'appareil d'Etat et parmi les masses. Confusion et démoralisation chez les cadres inférieurs Pendant toute la période d'après la Révolution Culturelle, sans doute peut-être aucune force ne fut aussi troublée, aussi confuse et aussi démoralisée que les cadres inférieurs du parti et de l'appareil d'Etat. Leur dilemme était - et reste toujours - enraciné dans le fait qu'ils n'avaient pas d'autre choix que d'exécuter la politique décidée par les autorités supérieures. Défier cette politique signifierait l'extinction politique. Mais, parce qu'ils appliquèrent cette politique, soudainement condamnée pour sa fausseté, ils furent sujets à des punitions ultérieures. C'est une leçon qu'ils avaient tirée de tous les revirements possibles consécutifs aux batailles d'orientation durant la période d'après la libération, qu'ils durent apprendre de la façon la plus pénible au cours de la Révolution Culturelle. Parallèlement, les chan-

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CHINE gements de la ligne politique étaient pratiquement imprévisibles. Hier, l'impérialisme américain était l'incarnation de tous les maux;

aujourd'hui, on devait accueillir le plus chaleureusement possible les chefs de ce même impérialisme. Hier, Lin Piao était l'héritier révolutionnaire infaillible du Président Mao ; aujourd'hui, en l'occurrence, il était de fait devenu un contre-révolutionnaire-né.

Ces cadres trouvèrent pratiquement incompréhensibles les luttes d'orientation se développant au sommet, et cela était plus vrai que jamais après la Révolution Culturelle. Il n'y a pas de mystère là-dessous. En absence de démocratie dans le parti, les divergences internes n'ont jamais été discutées et résolues par décision majoritaire. En fait, les cadres inférieurs n'ont même jamais été tenus au courant que des divergences étaient apparues dans la direction. L'évolution singulière de la lutte interne resta une énigme pour ces cadres qui furent constamment obligés de deviner dans quel sens soufflait le vent. Et la devinette était risquée. On pouvait toujours tomber du mauvais côté puis en subir les consé -quences. Au même moment, ces cadres inférieurs étaient confrontés à un autre dilemme. La Troisième Révolution Chinoise, victorieuse en 1949, ne donna pas naissance à une bureaucratie puis -sante comparable à celle d'Union Soviétique après la réaction stalinienne. Bien sûr, le contrôle bureaucratique a existé - et existe toujours. Mais le mode d'existence de ce contrôle dépend encore jusqu'à un certain point de la confiance du peuple dans le parti, ce par -ti qui le mena à la victoire. Simultanément, la bureaucratie est suffisamment faible pour requérir la coopération des masses pour appliquer sa politique décidée en l'absence de démocratie prolétarienne. C'est pour cela qu'aujourd'hui encore la Chine entretient une sorte de démocratie horizontale. Il est permis aux masses de discuter de la meilleure façon d'appliquer la politique imposée (formulée • hors de leur contrôle); elles peuvent aussi en élaborer tous les détails pour ce faire. A cause de cela, les cadres inférieurs sont contraints de rester étroitement liés aux masses et ils doivent se prêter, d'une manière ou d'une autre, à toutes leurs humeurs. De plus, en appliquant la politique imposée, ces cadres inférieurs sont obligés d'expliquer sa signification aux masses, sinon la prise en charge par les masses de cette application serait impossible. De ce fait, les cadres qui n'ont aucune idée du pourquoi de cette politique ont toutes les difficultés à mobiliser les masses pour la soutenir. Pendant la période d'après la Révolution Culturelle, et spécialement pendant ces dernières années, la façon dont ces cadres ont répondu à ce dilemme se réduisait à éviter en pratique l'application de la politique, en se préservant ainsi une couverture au cas où un tournant ultérieur la déciderait complètement fausse. Ce phénomène était si répandu que le parti et l'Etat devaient encore et toujours faire appel aux cadres pour appliquer la politique expédiée d'en haut. Les cadres n'osaient pas ignorer totalement les diverses campagnes qu'ils avaient l'ordre de développer, mais ils n'y apportèrent que des réponses rituelles et formelles. C'est une des raisons pour lesquelles les diverses campagnes lancées par la fraction maoiste s'épuisèrent sans avoir eu d'effets. La bureaucratie toute entière fut plongée dans une crise réelle par ce sabotage de facto des cadres locaux pendant toute la période d'après la Révolution Culturelle ; cela ne signifiait rien d'autre que l'affaiblissement du contrôle bureaucratique, qui menaçait d'affecter la totalité de la structure sociale du pays. D'autre part, le vide qui survint entre les autorités centrales de Pékin et la base, permit le développement autonome parmi les masses. L'enchaînement des évènements ainsi mis en marche devait atteindre son paroxysme lors des affrontements de la place Tien An Men le 5 avril 1976. La classe ouvrière s'éveille La Révolution Chinoise de 1949, à la différence de la Révolution Russe de 1917, n'était pas un produit de la capacité de la classe ouvrière à cueillir de ses propres mains le pouvoir d'Etat et le centraliser. En ce sens, la classe ouvrière chinoise n'a jamais "été victorieuse" au vrai sens du terme. D'autre part, puisqu'elle servit de base principale au parti pour la transformation de la vieille Chine et de colonne vertébrale à la construction de l'économie socialiste, la classe ouvrière n'a jamais subi de défaite politique. En tant que classe qui profita le plus profondément de la révolution, la classe ouvrière en vint à dépendre du parti et à presque ignorer la bureaucratisation rapide de la révolution. En ce qui concerne le parti, l'application de ses campagnes rendait la soumission de la classe ouvrière d'une importance politique centrale. En retour, la dépendance par rapport au parti était le point politique faible de la classe. Parallèlement, cette relation exprimait un aspect très fragile du pouvoir du parti et de la bureaucratie dans la mesure où la bureaucratie ne pouvait risquer une rupture politique ouverte avec les travailleurs. Par conséquent, tout développement politique autonome au sein de la classe ouvrière pourrait avoir un effet important et direct ainsi qu'un impact sur la caste bureaucratique. Pendant plus de 25 années, le PCC n'eut pas à se soucier de la fidélité politique de cette classe. L'an dernier, pourtant, cet état de choses changea radicalement. La docilité de dizai-

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nes d'années du prolétariat prit fin. Les luttes ouvrières pour de meilleures conditions de travail et pour l'augmentation des salaires auraient commencé pendant la seconde moitié de l'année 1974. A Canton, il y eut des manifestations de soldats du rang retraités qui allèrent jusqu'à mettre en cause les méthodes de direction du parti et à l'attaquer comme étant "bureaucratique". Ces soldats retraités avaient été des travailleurs avant de rejoindre l'armée et sont redevenus des travailleurs après l'avoir quittée. D'après les informations de Hong-Kong, la vague de luttes ouvrières de 74-75 était hautement spontanée et provoqua des réactions en chaîne. Ceci montre que la conscience politique relativement élevée manifestée pendant les mouvements de grève n'était pas seulement un phénomène 1ocal ou régional, mais une expression de la classe ouvrière à l'échelle nationale. La façon dont le PCC est intervenu pour mettre fin à ces grèves fut significative, le cas de Hangchow étant le plus révélateur. Wang Hung-wen, l'étoile montante "radicale" de la hiérarchie du parti, un homme fortement loué pour ses origines prolétariennes, faillit dans sa tentative désespérée pour ramener au calme les travailleurs de Hang-Tchéou. La magie du maoisme, le glorieux appel "révolutionnaire" et l'autorité du PCC ont perdu leur pouvoir de persuasion et leur autorité morale. Pour la première fois, la classe ouvrière a dit "non" - et fermement - au parti qui était censé la représenter et auquel elle avait donné toute sa confiance. La grève se termina enfin quand le régime recourrut à l'intervention de l'armée, grâce à Teng Hsiao-ping, qui entretemps avait réintégré son poste. Le fait que de nombreuses unités de l'armée furent mises en état d'alerte et que le trafic ferroviaire national fut complètement perturbé à cause de troubles du travail, montre à quel point la vague de grèves s'étendit. Ceci a été confirmé plus avant par des informations concernant des réductions substantielles de la production résultant des mouvements de grève. Mais par-dessus tout, les initiatives des travailleurs indiquaient que même la section la plus solide de la base politique du parti a été atteinte et affaiblie peu à peu. De plus, les grèves ouvrières représentèrent la première apparition d'un mouvement de masse complètement indépendant à la fois du parti dans sa globalité comme de toutes ses fractions, quelles qu'elles soient, car même la fameuse tendance ultra-gauche du mouvement rebelle des Gardes Rouges dut son émergen -ce à la fraction maolste Le problème de l'agriculture L'agriculture est un grave problème pour la Chine. Pendant un quart de siècle, la direction du parti a affronté des problèmes tels que : la propriété; comment rendre effective et productive la collectivisation du travail dans l'agriculture; comment réaliser l'accumulation primitive basée essentiellement sur le niveau de subsistance de la production agricole ; enfin, comment entreprendre la mécanisation et la modernisation de l'agriculture. Après 27 ans de pouvoir, le PCC affronte encore ces mêmes problèmes, quoique sous d'autres formes. L'histoire a montré que ce qui est impliqué dans ces problèmes, ce n'est pas uniquement la question de la production, mais aussi des problèmes politiques et sociaux. Avant la Révolution Culturelle, il y avait deux approches différentes de l'agriculture. Celle des maolstes était une sorte d'approche "volontariste", prétextant qu'une conscience politique élevée permettrait aux masses de résoudre tous les problèmes. Cette politique disparut dans les ruines du Grand Bond en Avant et de la catastrophe économique du début des années 60. La politique préconisée par Liou Shao-chi insistait beaucoup plus sur l'augmentation des gains matériels de la paysannerie et permettait même le développement temporaire du capitalisme, jusqu'à ce que la production agricole puisse être remise sur pied. Après la Révolution Culturelle, rien n'a été substantiellement changé ni amélioré à la campagne. Le développement de l'industrie est encore trop faible pour apporter un réel soutien à la campagne. Au contraire, le développement industriel continue à reposer sur la "compression" de la paysannerie. Le marché noir est toujours florissant, au moins en Chine méridionale. Des échanges privés de produits entre des brigades ou des équipes de production existent encore. Des lots privés, distincts des terres collectives, prospèrent toujours, et les paysans continuent à faire plus d'efforts pour cultiver leurs propres champs qu'ils n'en font dans les champs collectifs. Il serait extrêmement difficile d'accélérer la production agricole sans augmenter le niveau de vie de la paysannerie et sans une industrialisation élémentaire de l'agriculture. En même temps, le PCC qui continue à pour -suivre sa politique d'accumulation maximale au prix du maintien du bas niveau de vie des masses, est incapable d'améliorer substantiellement les conditions de vie à la campagne. De surcroft, il existe un autre problème brûlant à la campagne : celui de cette jeunesse urbaine fuyant le travail, souvent envoyée de force dans les villages pour s'y établir la vie durant. D'après des chiffres officiels, ces jeunes sont au nombre de 12 millions. Au début des années 60 et ensuite, beaucoup de jeunes se portèrent volontaires pour aller à la campagne, répondant aux appels romantiques du parti. Mais cet idéalisme perdait toute son attirance quand il se heurtait à la dure réali-

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CHINE té. La vie à la campagne s'avéra misérable, la jeunesse urbaine qui débarquait là rencontra l'hostilité de la paysannerie, trouva difficile de gagner sa vie (sans parler de se ma - rier et de fonder une famille); ces jeunes furent souvent obligés de recourir à une aide mensuelle de la part de leurs parents ouvriers, à court d'argent en tout cas. En fait, nombreux sont ceux qui reprirent illégalement le chemin des villes. Le mécontentement politique enraciné chez ces jeunes (particulièrement parce qu'ils avaient été politiquement actifs et qu'ils avaient connu la montée des mouvements de masse pendant la Révolution Culturelle) est devenu un terrain fertile pour l'extension de la pensée et de l'action révolutionnaires. La "poursuite" de la Révolution Culturelle Bien longtemps avant l'actuelle campagne "anti-droitière", la fraction maolste avait engagé des tentatives avortées contre les "partisans du retour en arrière". Les campagnes "'contre le courant" et "contre les droits bourfurent deux des plus manifestes. avortèrent en ce sens où elles furent émoussées par les "partisans du retour en arrière" et elles en perdirent leur contenu politique. Pour comprendre ces campagnes, il est important de se rappeler que la polarisation politique apparut tout d'abord au sommet de la direction du parti. De plus, le processus de polarisation et les conflits qui en résultèrent survinrent dans une structure bureaucratique dans laquelle il n'y a pas de démocratie interne. De ce fait, il était difficile pour toute fraction formée au niveau de la direction, de juger avec précision l'étendue du soutien qu'elle pourrait obtenir du parti, en partie parce que les cadres hésitaient souvent avant de rejoindre telle ou telle fraction. Parce que leur rapport de forces n'était pas clair, la lutte entre les deux fractions prit une tournure particulière. Le groupe qui prend l'offensive lance généralement une campagne prospective et éducative; campagne prospective en ce sens où les résultats et les réponses à la campagne doivent permettre de déterminer quels secteurs de la bureaucratie ont compris et répondu positivement au message de la campagne ; campagne éducative en ce sens où elle doit servir d'alarme à toute la bureaucratie du parti signalant qu'une autre bataille d'orientation est en cours. En même temps, les positions et argumentations sont transmises aux cadres du parti. Mais la réalisation pratique de la campagne n'est pas encore totalement expliquée. Tel est le mécanisme social des luttes fractionnelles en Chine. Les résultats manqués de ces campagnes montrèrent que la traction maoiste n'était pas en bonne posture dans le parti et l'appareil d'Etat en ce qui concerne le rapport de forces. Mais, à cause du caractère-même abstrait de ces campagnes, leur échec n'entraîna pas la défaite de la fraction maolste dans la lutte. Tout au plus, on peut les définir comme des reculs pour les maolstes. Il y eut beaucoup de reculs de ce genre avant que ne soit lancée l'actuelle campagne "anti-droitière". Néanmoins, en novembre dernier, la fraction maolste a de nouveau lancé une campagne, cette fois de nature plus directement confrontationiste et provocatrice que pour la plupart des campagnes des quelques années passées. La "révolution de l'enseignement" La "révolution de l'enseignement"' explosa en novembre 1975. Son but avoué était de s'opposer à des changements introduits par l'orientation "nouvellement apparue" dans l'enseignement qui suivit la Révolution Culturelle, et d'attaquer en particulier Chou Jung-hsing, ministre de l'éducation. Deux caractéristiques ressortent des "nouveautés de la Révolution Culturelle". D'une part, la dogmatisation et la vulgarisation de l'art et de la littérature - les "opéra-modèles" de Chiang Ching en fournissentla meilleure illustration. Les campagnes "culturelles" ont permis à la fraction maolste d'imposer un contrôle serré sur les moyens de propagande. D'autre part, il s'agit de la révision de la politique d'enseignement. Selon la nouvelle politique, les institutions d'enseignement supérieur ne recrutent plus les étudiants directement des lycées. L'inscription est limitée aux jeunes qui travaillent déjà, et qui ne sont pas nécessairement diplômés des lycées. Ils doivent être recommandés par le comité du parti de l'unité avec laquelle ils travaillent, et ensuite ils doivent obtenir la permission de l'institution à laquelle ils s'a-

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dressent. Le critère principal est l'activité politique docile, et non les réussites scolaires. Les nouveaux étudiants doivent apporter leur soutien aux "nouveautés" dans le domaine de l'enseignement, sinon ils ne pourraient pas entrer à l'université. En d'autres termes, ce sont ceux qui ont bénéficié du système introduit par la fraction maoiste, ce qui explique pourquoi c'était sur la base de ce nouveau système que la fraction maoiste prit une fois de plus l'offensive contre les "partisans du retour en arrière". Dans ce milieu, les maoistes pouvaient compter sur un soutien positif et docile. Même avant la campagne, deux orientations s'étaient heurtées dans les universités. Les diplômés du Collège Agricole de Chao Yang, dont le directeur est le neveu de Mao, adres -sèrent une lettre ouverte à Mao, déclarant : "l'année dernière, pendant les mois de juillet, août et septembre, différentes sortes de discours grotesques et de théories bizarres apparurent en matière d'éducation, et un vent de tentatives droitières s'est levé pour renverser les décisions. " (Le Quotidien du Peuple, 26 janvier 1976). D'après les attaques organisées par les maolstes, il semble évident que les "partisans du retour en arrière" voulaient et peut-être essayèrent de remodeler le système d'éducation parce qu'ils croyaient que l'enseignement actuel était considérablement inférieur à ce qu'il était pendant la période précédent la Révolution Culturelle. La nouvelle campagne sur les campus avait deux traits spécifiques qui la distinguaient des campagnes précédentes. D'abord, un officiel particulier (le ministre de l'éducation) fut choisi comme cible. Ensuite, des rumeurs circulèrent selon lesquelles la fraction maoIste tenterait d'en prendre d'autres dans le filet au cours de la campagne. La cible n'était pas encore Teng Hsiao-ping. Mais ceux qui firent l'expérience du déroulement de la Révolution Culturelle se souvinrent que Liou Shao-chi ne fut pas désigné comme la cible dès le début de ce mouvement. C'est une autre tactique maoiste particulière, qu'il est très facile de comprendre. Si les représentants au sommet de la fraction opposante étaient contestés ouvertement dès le départ, la campagne n'aurait aucune marge de manœuvre, ce qui pourrait lui être fatal s'il ressortait que le cours de la bataille allait dans le mauvais sens. La tactique maoiste permet la flexibilité suivante : si la situation évolue favorablement, la fraction maoIste peut petit à petit encercler la direction centrale du camp opposé et peut éventuellement l'éliminer ; d'autre part, si la situation après le lancement de la campagne n'apparait pas si positive, les maolstes peuvent se retirer sans avoir contesté ouvertement l'autre côté, (rétablissant ainsi une sorte de "coexistence pacifique") et attendre un meilleur moment pour relancer l'attaque.

Avant la mort de Chou En-lai, il apparaissait que la "révolution de l'enseignement" était déjà bloquée par les "partisans du retour en arrière" et qu'elle serait très bientôt diluée dans une autre campagne politique inoffensive et quasiment sans effet réel. Le Quotidien du Peuple du 14 janvier atténua la campagne, en écrivant que "dans la période précédente, le discours grotesque et les théories bizarres des tentatives droitières de renverser les décisions avaient créé une confusion idéologique, et si cette situation n'avait pas changé à temps, elle pourrait définitivement aboutir à des scissions et nuire à l'état de stabilité et d'unité. A travers ce grand débat, les raisons et les torts de l'orientation ont été éclaircis et la pensée du peuple est unie. Aujourd'hui, sur la base de l'orientation révolutionnaire du Président Mao, des camarades qui avaient des divergences idéologiques les derniers mois, s'unissent à nouveau et mènent à bien la lutte côte-à-côte. Ils disent : "nous combattons de nouveau dans la même tranchée". Ici, le message est clair : en tant que "grand débat", la "révolution de l'enseignement"' était terminée. Bien que la campagne avait commencé dans les universités de Tsinghua et de Pékin dès le 3 novembre 1975, dès le 18 novembre elle était déjà sous le contrôle des comités du parti à l'université, lesquels comités étaient sous la direction de ce même minsitre de l'éducation qui était attaqué. De plus, sous la direction de ces comités, la formation de groupes de combat et de viens avec des groupes d'autres universités étaient interdites. Les résultats de cette "révolution de l'enseignement" montrèrent que la fraction maolste ne pouvait pas continuer à approfondir sa campagne et affronter l'autre camp, alors que ce dernier était obligé temporairement d'atténuer son propre discours en matière d'éducation. Ainsi, la fraction des "partisans du retour en arrière" fit marche arrière pendant la bataille, quand au même moment, la fraction maoiste était incapable de pousser plus avant sa propre offensive. De ce fait, le conflit aboutit à une impasse, et si la mort de Chou En-lai n'était pas survenue juste à ce moment-là, la paix aurait pu régner quelque temps. La tension dans le parti s'accentua à la suite de la mort de Chou. Au centre du conflit était une question brûlante : qui succéderait à Chou, comme Premier Ministre de Chine ? Formellement, c'était une question de pouvoir, et non d'orientation. Mais en substance, dans une structure aussi fortement bureaucratisée que le PCC, la question du pouvoir est celle de l'orientation. Les deux camps ont compris la simple vérité que toute orientation pouvait être réalisée par la conquête des postes de direction. La lutte pour la succession semble .

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CHINE avoir été féroce. D'après des dépêches de source étrangère en provenance de Pékin, une session plénière du Comité Central du parti, qui s'esttenue fin janvier-début février, pable de respecter l'ordre du jour prévu après s'être fourrée dans une impasse sur la question du successeur de Chou. Le fait que Hua

Kuo-feng, homme d'une importance limitée, acquit le poste à la place de Teng Hsiao-ping ou de tout autre leader connu de la fraction maolste, prouve qu'aucun camp n'a été capable de s'imposer à l'autre.

Chou jouissait d'un grand soutien parmi les cadres du parti comme parmi les masses. Et sü mort rompit les rapports de force internes au parti à différents niveaux entre les deux camps. Libérée de devoir composer avec la grande influence personnelle de Chou, la fraction maoiste se mit rapidement pour une autre offensive, visant à renverser l'autre côté. La paix instable tomba en morceaux. La campagne "anti-droitière" Le signal de la guerre tomba le 6 février. On ne pouvait le manquer. Un article parut dans le Quotidien du Peuple sous ce titre inquiétant : "Continuation et Approfondissement de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne'. Cet article définit la campagne de janvier sur l'enseignement et la science comme une grande lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie. Il spécifia même que 'les partisans de la voie capitaliste sont encore là, ainsi que les capitulateurs. Ce sont les détenteurs du pouvoir à l'intérieur du parti qui insistent pour suivre l'orientation révisionniste de Liou Shao-chi et de Lin Piao; ils refusent encore de corriger leurs erreurs". L'article se terminait par un avertissement : si ces "partisans de la voie capitaliste" refusaient d'expier leurs péchés, comme il se devait, ils partageraient le sort de Liou Shao-chi. Par cet avertissement, la fraction maolste brandissait à la fois la carotte et le bâton. Une escalade prudente des affiches murales prit son élan, tout d'abord à Pékin puis dans d'autres villes importantes, de manière assez semblable à la phase initiale de la Révolution Culturelle. Les étudiants de Pékin étaient organisés en Equipes d'Etudes; on les envoyait à Shangal pour y promouvoir l'agitation parmi les travailleurs et les étudiants. Des meetings du mouvement furent tenus dans les universités, dans les lycées et dans les usines. Les travailleurs furent transportés en cars dans les campus de l'Université de Pékin pour y étudier les affiches murales. Partout dans le monde, la question était posée : la deuxième Révolution Culturelle est-elle en marche ? La réponse à cette question dépend de la façon dont on perçoit la Révolution Culturelle.

Si on la caractérise simplement comme une lutte pour le pouvoir entre fractions et individus, alors une deuxième Révolution Culturelle est véritablement possible. De notre point de vue, cependant, bien qu'initiée par la fraction maolste, la Révolution Culturelle fut caractérisée par la libération de la spontanéité des masses qui jusqu'à un certain point, parvint à échapper au contrôle de l'une ou l'autre des fractions du parti; elle mena à un assaut massif de la bureaucratie et propulsa un mouvement de masse politique indépendant, qui menaça directement la persistance de la domination du PCC et de la structure bureaucratique qu'il avait construite. C'est précisément ce facteur qui manquait en février et mars derniers. Malgré les activités politiques bruyantes, les actions et organisations de masse indépendantes furent officiellement interdites pendant tout le mois de février. La configuration et les formes du mouvement étaient établies d'avance par la fraction maolste, et les masses n'avaient qu'à suivre les directives tombées d'en haut. Cet état de fait est sans mystère. Avant la Révolution Culturelle, la fraction maolste avait de bonnes raisons pour être confiante dans le soutien de masse, car elle pouvait user du prestige de Mao lui-même, qui incarnait la victoire de la Troisième Révolution Chinoise. Mais la Révolution Culturelle produisit l'antithèse de la bureaucratie : l'extrême-gauche du mouvement rebelle des Gardes Rouges, qui fit appel à la destruction totale de l'Etat. Ce fut une leçon douloureuse pour la fraction maolste. La conclusion évidente était que le mouvement de masse doit être placé à tout prix sous un contrôle très étroit; sinon les maolstes courent le grand risque d'être dépas -sés par les événements. C'est là que réside la faiblesse de la fraction maolste, dans la mesure où elle essaye d'utiliser le mouvement de masse pour faire pression sur les fractions opposées ou sur les détenteurs du pouvoir. D'autre part, alors que les "partisans du retour en arrière" ne semblaient pas se rendre compte de cette faiblesse avant février 1976, à la fin du mois de février, cela leur apparut clairement. Par conséquent, un autre ton fut adopté en mars. Simultanément, les maolstes atténuèrent la campagne en la réduisant à un seul objectif. Ils ne cherchaient plus à extirper du parti tous les "partisans de la voie capitaliste"; ils concentrèrent leurs attaques sur une seule personne, Teng Hsiao-ping. Mais les "partisans du retour en arrière" demeuraient puissants , leur base numérique et les postes qu'ils occupaient n'étant pas encore minés par la fraction maoiste. Le mouvement lancé par les maoistes commença à perdre son élan. Tandis que le sort personnel de Teng Hsiao-ping était encore incertain, tout indiquait que la "continuation" de la Révolution Culturelle s'éteignait.

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