Inprecor 1974–2004

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SUEDE

Les raisons de la chute de la social-démocratie

· Inprecor (première série) n° 59, 7 octobre 1976 · p. 13-17 · 3 469 mots

Syndicalisme

SUEDE Après quarante-quatre ans de règne socialdémocrate, la Suède est à présent dotée d'un gouvernement ouvertement bourgeois. Le moment est donc historique. D'aucuns présentent d'ores et déjà le 19 septembre comme une des journées les plus sombres de l'histoire du mouvement ouvrier. Si cela s'avérait juste, le jugement porté sur les quarante-quatre ans de gouvernement social-démocrate n'en serait que plus sévère. Comment est-il possible, en effet, que les sociaux-démocrates n'aient pas assuré au "socialisme démocratique" un soutien plus massif? Comment est-il possible qu'après ces quarante-quatre ans, ce soient les pariis bourgeois qui aient gagné de tels appuis dans la jeunesse, parmi les travailleurs et les cols blancs ? A quelques exceptions près, les commentateurs sociaux-démocrates tentent de mettre la défaite sur le compte de plusieurs phénomènes de nature objective : "Nous avons été vaincus par un vent de droite". Combien de fois n'avons-nous pas entendu ce refrain ! Mais pour -quoi ce vent de droite, et pourquoi ce changement de direction ?"Le bien-être relatif de la vie urbaine a favorisé l'individualisme et atténué le sentiment de solidarité". "La bourgeoisie domine les mass media". Des incidents sans rapports les uns avec les autres ont été amalgamés au cours du débat public, de façon à porter préjudice à la social-démocratie. "Le train électoral de la social-démocratie avait pris du retard sur l'horaire. Avec une semaine de plus, nous aurions réussi à l'emporter". Voilà donc quelques - unes des explications fournies par les éditorialistes du Parti social-démocrate (PSD) ces dernières semaines. Il existe, bien sûr, une base objective à cette défaite; mais elle doit être recherché ailleurs; cette base objective n'explique pas tout. On doit se demander également quel rôle a joué le facteur subjectif - à savoir la politique de la socialdémocratie et son rapport à la réalité. En fait, le facteur subjectif a joué un rôle décisif. La chute de la social-démocratie est due, dans une large mesure, à ses propres er-

Tom GUSTAFSSON & G.I. JOHNSSON reurs. Ce sont les quarante-quatre ans de gouvernement social-démocrate qui sont à la base de la défaite. L' "économie mixte" sous laquelle une forte proportion d'électeurs suédois a grandi (ceux de moins de 50 ans ne connurent jamais de gouvernement dirigé par des partis bourgeois) n'est pas parvenue à répondre aux aspirations de la jeunesse.. La politique de la social-démocratie en matière d'éducation a, en fait, favorisé les enfants des classes supérieures, réduisant par là la possibilité de constituer un mouvement ouvrier uni et fort. La politique de la social-démocratie en matière de mass media n'est pas parvenue à contrer efficacement l'assimilation passive des canons généraux de l'idéologie bourgeoise. Le système politique autoritaire en vigueur sur les lieux de travail, dans les écoles et à l'armée a affaibli la position du mouvement ouvrier. Les sociaux-démocrates n'ont rien fait pour contrer la commercialisation croissante de la culture. Tout cela a eu pour résultat un déclin général de l'enthousiasme des masses envers le PSD Les partis bourgeois ont pu tirer profit du mécontentement exprimé au sujet d'une série de problèmes plus spécifiques et provoquer un faible glissement des voix en leur faveur, suffisant pour évincer le gouvernement social-démocrate. Quoi que puissent dire les dirigeants sociaux-démocrates, sur la "revitalisation'' du parti au cours de la campagne électorale, il demeure que le mouvement ouvrier traverse une mauvaise passe. L'appareil du PSD et le mouvement syndical sous direction social-dé -mocrate sont bureaucratisés; dirigés verticalement, du haut vers le bas, d'orientation procapitaliste, ils se sont consacrés à la défense de la société actuelle. La responsabilité essentielle de la défaite électorale est celle du PSD et de la social-démocratie en général. Il est temps de se préparer à intervenir dans le débat sur les perspectives, qui se déroulera au sein du parti, de son organisation de jeunesse et des syndicats. Il s'agit de présenter un plan de restructuration et de démocratisation

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SUEDE du mouvement ouvrier. Si une telle discussion et un tel plan avaient vu le jour plus tôt, les résultats électoraux auraient été différents. La campagne sans dynamisme menée par la socialdémocratie aurait pu être différente. La démagogie anti-socialiste de la bourgeoisie aurait pu être dénoncée et son influence limitée. Rien dans les commentaires des dirigeants du parti et des syndicats sociaux-démocrates n'indiquent soient prêts à ouvrir le débat de fond et traumatisant qui s'impose. La véritable question est de savoir de quelle manière ce débat prendra forme à la base, surtout dans les syndicats; et comment la direction tentera d'y répondre. Enfait, certains signes montrent déjà que des courants au sein des syndicats ne sont pas prêts à prendre pour argent comptant les explications purement "objectivistes' Des voix critiques se font entendre "Afonbladet" (le quotidien syndical du soir) titrait ainsi son premier éditorial, après les élections : "La défaite électorale déclenchera un processus de réflexion dans la social-démocratie". Il reste à voir si ce sera le cas. Il est clair dès à présent que la direction du parti devra admettre l'ouverture d'un débat sur son orientation. Ce débat créera d'emblée des tensions entre les fonctionnaires de l'appareil du parti et de celui de l'Etat d'une part, individus ou groupes au sein ou en liaison avec la bureaucratie syndicale (dont le rapport au parti est plus passif) d'autre part. Voici ce qu' "Afonbladet" disait des résultats électoraux : "'Le pouvoir de la bourgeoisie va maintenant croftre dans des proportions considérables; les pouvoirs politique et économique sont actuellement en voie de fusion. La social-démocratie doit lutter contre ce bloc au tout en effectuant une réévaluation nécessaire en son propre sein. Il est nécessaire pour le parti - et c'est là que son retour dans l'opposition peut avoir des effets bénéfiques - de recommencer à jouer son rôle de critique social, comme ce fut le cas durant les grandes campagnes sur l'égalité (1). Le 'socialisme démocratique' a été présenté plus comme une idéologie de bien-être que comme une idéologie dont le but est de libérer les salariés de leur dépendance du capitalisme. La socialdémocratie n'aura pas la tâche facile comme parti d'opposition. Sa structure organisationnelle n'est pas adaptée à cette fonction. C'est dans le secteur gouvernemental bien plus que dans la direction du parti que se trouvait la source du pouvoir". Deux des principaux journalistes d' "Afonbladet", Olle Svenning et Macke Nilsson sont allés encore plus loin. Svenning écrivait que "le parti ne s'est pas démarqué des autres partis et a combattu les partis du 'centre bourgeois' en se disant être le meilleur réformateur de la société actuelle, au lieu de tenter de changer la société". Et Nilsson d'ajouter que

"la défaite électorale ne peut s'expliquer par les scandales révélés au printemps. La raison est plus profonde - il s'agit de l'adaptation du parti à la société en place. Des tensions existaient entre le parti et les syndicats, parce que le parti demeurait passif sur des questions concernant la démocratie économique et le socialisme démocratique. Les syndicats s'irritaient des compromis rendus nécessaires par l'équilibre moitié/moitié qui tait au Parlement et contre les compromis concédés aux partis bourgeois en matière de politique économique. Il serait plus exact de dire que l'irritation provenait du fait que ces compromis se trouvaient parfois élevés au rang d'idéologie du parti". Il y a beaucoup à prendre dans ces observations, bien qu'elles ne soulèvent pas les problèmes fondamentaux qui devront être posés pour battre en brèche la politique de collaboration de classe et la puissance de la bureautie au sein du mouvement ouvrier. - Un parti ouvrier peut-il gagner une base stable dans la majorité de la population en acceptant le système politique et le fonctionnement parlementaire actuels ? - Un parti dont la politique envers l'Etat capitaliste et les entreprises capitalistes est réformiste peut-il éviter l'embourgeoisement qui découle inévitablement des tâches administratives ? - Quels sont les rapports entre la politique du parti et sa structure bureaucratique ? Les idées radicales pourront-elles jamais croitre dans ce contexte ? - Comment le parti et le mouvement syndical

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changeront-ils leur cours politique afin d'ouvrir la voie à la société sans classes et non capitaliste dont certains sociaux-démocrates parlent dans les circonstances actuelles ? Des questions de ce type n'ont été posées ni par l'aile "droite" ni par l'aile "gauche" de la social-démocratie! Elles doivent cependant être posées - et résolues - par tous ceux qui veulent tirer les véritables conclusions de la défaite électorale ! Les partis bourgeois peuvent-ils gouverner Les commentaires sur les élections dans la presse bourgeoise furent remarquablement prudents. "Dagens Nyheter" (le plus important quotidien libéral) écrivait : "Il est compréhensible que de nombreuses personnes placent leurs espoirs dans le nouveau gouvernement. La nature-même de ces espoirs leur donne toujours un caractère exagéré, qui peut aisément tourner à la déception s'ils n'ont pas une base réaliste dès le départ. Le changement de gouvernement n'amènera certainement pas de changements radicaux, mais il permettra peut-être de rendre un bon pays, meilleur par certains aspects importants". L'optimisme prudent est évident. Il provient de ce que la bourgeoisie œuvrait à une victoire sur les partis travaillistes depuis quarante ans. Il reste

1970 1973 1976

Parti conservateur 11,5 % 14,3 % 15,6 %

Parti du centre 19,9 25,1 24,1

Parti libéral 16,2 9,4 11,0

Social-démocratie 45,4 43,6 42,9

Parti communiste 4,8 5, 3 4, 7

Taux de participation 88, 1 90,8 90,1 prudent tant il est clair que les vrais problèmes vont commencer à se poser pour les partis bourgeois. L'optimisme est plus grand dans l'aile droite de la bourgeoisie, mais même là, la prudence tempère nombre de commentaires, surtout en ce qui concerne la politique énergétique du Parti du Centre, parti bourgeois le plus important (le Parti du Centre a mené sa campagne électorale sur la question de l'environnement, en s'opposant à l'implantation de centrales nucléaires). Au lendemain des élections, le journal conservateur "Svenska Dagbladet" notait que "le gouvernement qui succéderait à Palme ne devait pas compter sur un lit de roses. Beaucoup de questions doivent être éclaircies, en particulier celle de la politique énergétique". Il n'est pas douteux que cela sera difficile. Ceci dit, rien n'interdit vraiment aux trois partis bourgeois de se mettre d'accord sur un programme gouvernemental. Ce sera un programme de compromis; néanmoins, il sera suffisant pour permettre la formation d'un gouvernement tripartite. Mais rien ne garantit non plus que ce gouvernement durera longtemps. Un social-démocrate allemand lui donnait, à la télévision suédoise, un maximum d'un an. C'est probablement faire preuve de trop d'optimisme, mais on peut penser que ce gouvernement sera politiquement faible, et que l'unité entre les trois partis sera d'emblée fragile. Sur certaines questions, l'intérêt de parti prévaudra sur l'intérêt gouvernemental, et il n'est pas certain que le gouvernement puisse aller jusqu'au terme de son mandat. Des porte-parole de grandes et moyennes entreprises ont déjà soulevé les problèmes suivants: - Les partis bourgeois auront plus de difficultés que les sociaux-démocrates à mettre en avant une politique anti-ouvrière et pro-patronale. Leur marge de manoeuvre est plus étroite. Ils doivent tenir compte des perspectives économiques à court et moyen terme, qui s'annoncent ternes. Ils doivent aussi tenir compte de la nature de leurs relations avec la bureaucratie syndicale et de celles de cette dernière avec - Ils n'ont pas d'expérience gouvernementale. - Ils devront faire face à une opposition socialdémocrate beaucoup plus dangereuse que ne le fut jamais la leur, une opposition qui a déjà promis d'avance des "contre-propositions constructives' dans tous les domaines. - Les trois partis bourgeois devront être à même d'élaborer des compromis sur toutes les questions qui les divisent, et devront simultanément éviter de perdre pour autant leur influence sur d'importants groupes d'électeurs qui ont pris au sérieux leurs promesses électorales. - Ils devront tenir compte de fortes pressions venant des milieux réactionnaires , de petits patrons qui attendent d'un gouvernement bourgeois au pouvoir de grands changements. Cette question sera particulièrement délicate. Ou bien le gouvernement esquivera leurs demandes concernant de nouvelles libertés pour le capital, ou bien les partis bourgeois détruiront l'image qu'ils ont donnée durant la campagne électorale : celle de défenseurs d'une politique de larges réformes populaires. Les tensions entre les trois partis seront particulièrement exacerbées par le problème des rapports entre le nouveau gouvernement et le mouvement ouvrier. La social-démocratie dans l'opposition La social-démocratie a encaissé de façon assez remarquable sa défaite électorale. Palme a su donner le ton durant la première interview télévisée qu'il a accordée, la nuit même des

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SUEDE élections, en déclarant : "Nous sommes restés et nous restons unis autour de notre programme. Nous représentons les groupes sociaux sur lesquels nous nous appuyons. Nous allons promouvoir, dans l'opposition, une politique offensive". La direction a rapidement pris des mesures pour réorganiser son appareil en fonction de la nouvelle situation. De nouveaux grou -pes de travail, de nouvelles méthodes de recrutement sont proposés; et l'on parle même de constituer un nouveau "fonds de lutte''. La direction du parti n'a certes fait preuve d'aucune velléité de tirer les vraies conclusions politiques de la défaite. Mais elle a, partie, décidé de mesures organisationnelles rigoureuses pour limiter, au sein du parti, l'effet de choc de la défaite. La social-démocratie a déjà commencé à se réorganiser en vue des élections de 1979 ! L'un des aspects de la politique à venir du PSD sera d'accorder un rôle plus actif à la buraucratie syndicale social-démocrate. Lars Westerberg, vice-président de la LO (LandsOrganisationen - Fédération Syndicale), déclarait le lendemain des élections : "La LO est une organisation de combat et nous devons avant tout prendre en compte les intérêts de nos membres". Le même Westerberg déclarait pourtant, il y a 6 mois, que la LO devrait être très prudente lors des négociations salariales nationales. Plusieurs dirigeants de sections syndicales ont déjà déclaré que les prochaines négociations salariales risquent d'être durement menées, et que leurs exigences en matière de salaire seraient importantes. Ce n'est pas par hasard que nombre de dirigeants du PSD et des syndicats disent la même chose au même moment. Mais qu'est ce que cela signifie ? L'une des raisons qui pousse la social-démocratie à agir de façon si rapide, si agressive, est sa volonté de rassembler le mouvement, traumatisé par la défaite, de lui redonner courage et de montrer qu'elle n'a pas abandonné la lutte. Mais il y a plus que du vent dans ces déclarations. Dans la situation présente, les dirigeants syndicaux seront amenés à être plus combatifs et moins enclins à contenir les luttes. Et ce, pour deux raisons. D'abord, la direction de la LO ne pourra plus prendre pour prétexte, en vue de modérer les revendications, la nécessité de maintenir des liens étroits avec un "gouvernement des salariés", dont la politique serait favorable aux travailleurs, à long terme. La pression de la base augmentera donc. Deuxièmement, la bureau -cratie syndicale souhaite créer des difficultés au gouvernement afin de démontrer son incapacité à diriger les affaires du pays. Tel sera le rôle du mouvement syndical, tandis que le groupe parlementaire social-démocrate bombardera le gouvernement de "propositions constructives" visant à briser le bloc des partis bourgeois en amenant le Parti Libéral du Peuple à s'opposer au Parti Conservateur. La politique fiscale, l'orientation économique, et la politique en matière de famille seront au coeur de cette tactique. L'objectif d'ensemble poursuivi par la socialdémocratie reste clairement limité. Que la LO prenne une attitude plus militante ne signifie pas que la collaboration de classe va être abandonnée. L'objectif est de montrer qu'une politique de collaboration de classe est impossible sans un gouvernement social-démocrate. La bureaucratie syndicale va tenter de faire apparaitre le nouveau gouvernement, comme responsable, à cause de son opposition aux revendications ouvrières, de l'impossibilité pratique d'une politique de collaboration de classe. La défaite de la social-démocratie et le fait que le parti social-démocrate ne soit plus directement responsable de la gestion de la société capitaliste ouvrent plusieurs perspectives nouvelles pour les révolutionnaires. L'atmosphère changée qui va inévitablement régner à l'intérieur des syndicats doit être utilisée pour ancrer une politique crédible de

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lutte de classe . Le dialogue doit s'ouvrir avec l'aile gauche de la social-démocratie et les militants syndicaux qui cherchent les véritables raisons de la défaite, ainsi qu'une politique de rechange. Pour les marxistes-révolutionnaires, saisir ces nouvelles occasions signifie axer le tir sur trois questions centrales dans la période qui s'ouvre : - Les négociations nationales sur les salaires, pour lesquelles le changement de gouvernement offre des possibilités accrues de luttes, quelle que soit la réalité que sous-tendent les déclarations plus ou moins radicales des bureaucrates syndicaux. - La lutte contre l'implantation de centrales nucléaires, à la fois comme question spécifique et comme occasion de développer plus largement une propagande contre le gaspillage capitaliste des ressources et pour la nécessité d'un renversement des objectifs économiques, pour une économie planifiée sous la direction de la classe ouvrière. - Les questions de la solidarité internationale sont l'un des champs où la social-démocratie est faible, et qui ont mobilisé un grand nombre de gens et continueront de le faire, d'autant plus vu l'approfondissement des luttes de classes en Europe du Sud. Le recul du PC Les élections ont également été un recul pour le Parti Communiste. Il a reculé en termes absolus et relatifs (de 5,3 % à 4,6 %). Il y aura sûrement un débat au sein du PC qui aura une grande importance pour le développement futur du parti. Les tensions et contradictions internes au parti sont d'ores et déjà trop importantes pour permettre à la direction de faire semblant d'ignorer les résultats des élections. Ces contradictions vont maintenant revenir au premier plan. Plusieurs explications, contradictoires, vont sans aucun doute être proposées pour expliquer ce recul. Une chose est certaine: pour que ce débat fasse plus qu'égratigner la surface, il devra aborder les problèmes les plus fondamentaux de la politique du Parti. Le PC essaie de jouer deux rôles : apparaître à la fois comme un respectable parti parlementaire et comme l'interprête des luttes extra-parlementaires. La vérité est qu'il ne joue ni l'un ni l'autre. Son rôle au Parlement est maintenant plus marginal que jamais. La bourgeoisie ne le considère pas suffisamment digne de confiance, et les sociaux-démocrates ne le considèrent pas comme un partenaire nécessaire. Mais en même temps, le PC ne fonctionne pas comme véritable tribune des luttes de masse, comme expression organisée de la lutte anticapitaliste de la société. Le PC a largement fondé sa stratégie sur un accroissement de sa représentation parlementaire et espère un "front socialiste" plus fort, avec une social-démocratie en voie de radicalisation. Mais cette perspective est un non -sens pur et simple. Le PC n'a jamais été capable d'expliquer comment arriver au socialisme par la voie parlementaire. Il n'a jamais non plus montré comment ceux qui soutiennent la social-démocratie aujourd'hui peuvent être gagnés à une "stratégie socialiste" Le PC essaie de se différencier des bureaucraties de l'Europe de l'Est et de défendre une "voie suédoise au socialisme". Mais, en fait, iln'a réussini àl'unni àl'autre.Quelques -unes de ces questions vont surgir dans le PC, d'une manière directe ou indirecte. C'est là un débat auquel nous, marxistes-révolutionnaires, devons être préparés à participer. La campagne de la KAF C'est dans le but de répondre aux problèmes de la lutte sur les futures négociations salariales, la politique nucléaire, les mobilisations de solidarité internationale, et beaucoup d'autres questions, que la Kommunistiska Arbetarförbundet (Ligue communiste des travailleurs - section suédoise de la IVème Internationale) a participé aux élections. Nos moyens sont faibles en comparaison de ceux des partis qui ont fait de belles promesses. La KAF a obtenu 2. 769 voix. Bien que mince, ce chiffre a dépassé nos prévisions. On peut dire que chacune de ces voix reflète réellement le choix conscient d'une politique marxiste-révolutionnaire. Pour obtenir un siège au Parlement, il faut au minimum 4 % des voix; ceux qui ont voté pour les petits partis savaient que leur vote ne compterait pas dans ce sens. C'est pourquoi le résultat de la campagne ne se résume pas au score électoral, car le plus important, c'est le contact noué avec des milliers de travailleurs et d'étudiants dans tout le pays. Ce contact commence. Il devra être développé et transformé en politique concrète. Nous avons une analyse très sérieuse de la situation : nous prévoyons une montée de l'offensive bourgeoise contre le mouvement ouvrier. Même si la situation politique actuelle ne permet pas immédiatement des mesures drastiques contre la classe ouvrière, la victoire bourgeoise aux élections montre à quel point le mouvement ouvrier suédois est mal armé face à de futures attaques de la bourgeoisie. C'est pourquoi, le mot d'ordre principal de la KAF durant la campagne électorale reste toujours d'actualité : "Pour un mouvement ouvrier démocratique et combatif! "

30 septembre 1976 NOTE : 1) Par exemple : la création en 1958 d'un fonds général de retraites ou la réforme scolaire du début des années 60 (qui aboutit à la nationalisation quasi totale de l'enseignement).

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