LES ELECTIONS MUNIG PALES
ET LES REVOLUTIONNAIRES
Le 17 mars se dérouleront dans toute la France les élections municipales. Cette année, elles revêtiront une importance particulière et auront valeur de test politique dans le cadre de l'affrontement entre la droite et les partis de gauche, regroupés derrière le Programme commun.
Depuis les dernières élections cantonales, la droite est minoritaire. La crise politique s'accentue de jour en jour, aboutissant aujourd'hui à une cassure entre les deux composantes de la majorité présidentielle : Chirac contre Giscard. Face au plan d'austérité, face au mécontentement tiemment le verdict des élections municipales et, surtout, celui des législatives de 1978.
Pour la grande masse des travailleurs, l'Union de la Gauche apparait comme la seule alternative crédible. C'est dans ce cadre que trois organisations révolutionnaires - la Ligue communiste révolutionnaire (SFQI), Lutte ouvrière et l'Organisation communiste des travailleurs - viennent de signer le "pacte d'alliance" dont nous publions ci-dessous de larges extraits. Il doit permettre pour la première fois aux révolutionnaires d'offrir de façon unitaire une alternative à la politique des partis se revendiquant du Programme commun. Cet accord s'est réalisé sur des bases claires : premièrement, une dénonciation sans équivoque du Programme commun, programme de collaboration de classe qui se situe dans le cadre des institutions bourgeoises; deuxièmement, un appel à la centralisation des luttes contre le plan d'austérité sur une plate-forme de revendications unifiantes; troisièmement, une démarche unitaire vis-à-vis du PC et du PS qui se concrétise par un appel en leur faveur lors du deuxième tour des élections.
Certes, il reste de nombreux désaccords entre ces trois organisations. Mais l'unité réalisée ne manquera pas de soulever un grand intérêt bien au-delà de la périphérie des trois organisations.
Des meetings unitaires vont être organisés dans toute la France.
FRANCE, grandissant des travailleurs, les Face à une pareille offensive anti-ouvrière, la défense des intérêts les plus immédiats de la classe ouvrière et des masses populaires exige une riposte unitaire de l'ensemble des travailleurs opposant leurs revendications aux prétentions patronales et gouvernementales du plan d'austérité. Toutes les organisations et tous les militants soucieux de la intérêts des travailleurs devraient être partie prenante d'une telle riposte : ... Le PC et le PS, soutenus par les directions des confédérations syndicales, s'efforcent de limiter, d'encadrer la riposte ouvrière. s'attachent essentiellement à se préparer une majorité parlementaire dans le cadre du calendrier électoral défini par Giscard, si possible hors de toute mobilisation populaire. Les directions de la CGT et de la CFDT organisent des journées d'action mais empêchent toute réelle coordination des luttes; elles reculent devant toute épreuve de force avec le pouvoir. Avec le plan Barre, le gouvernement actuel met tout son poids dans la balance pour que la crise soit payée par les travailleurs... Pourtant, le gouvernement et le président de la République lui-même sont de plus en plus contestés, sinon discrédités. Et ils le sont dans leur propre majorité...
partis réformistes n'offrent comme solution que d'attendre paLe PC et le PS s'allient avec les radicaux de gauche : ils tendent la main aux gaullistes de gauche. Et surtout ils se préparent à gouverner avec Giscard dans le respect de la Constitution de 1958. Ils s'engagent à gérer l'économie de profit, ils sont donc prêts, une fois au gouvernement, à imposer à la classe ouvrière et aux autres couches laborieuses la politique d'austérité que la droite a du mal à leur imposer aujourd'hui.... Les travailleurs ne doivent donc pas s'y tromper, le Programme commun ne permet pas de sortir de la crise parce qu'il ne permet pas de sortir du système qui en est la cause. Une majorité de l'Union de la gauche, ce n'est ni le pouvoir aux travailleurs, ni la "voie pour le socialisme".
L'enjeu des municipales
Les prochaines élections municipales, quelles que soient les affirmations pour en faire un événement à signification surtout locale, apparaissent comme un test national et il sera considéré ainsi non seulement par les politiciens mais aussi par les travailleurs et couches populaires qui mettent leurs espoirs dans un changement de Il s'agit, en n'abandonnant pas le terrain des luttes pour la trêve électorale, de défendre pendant ces élections les solutions ouvrières à la
crise. Nous le ferons contre toutes les nuances de la droite, toutes responsables de la politique anti-ouvrière du gouvernement actuel ou de son prédécesseur, mais aussi face aux partis de l'Union de la gauche qui refusent toute politique qui permettrait que cette crise soit payée non par les travailleurs et les couches populaires mais par les capitalistes. Nous ne voulons pas empêcher, contre la droite, le PC et le PS de conserver ou de conquérir des municipalités : nous affirmons dès à présent que c'est ce qui déterminera notre consigne de vote au deuxième tour. La présentation des listes "Pour le socialisme, le pouvoir aux travailleurs' doit permettre à tous les travailleurs, à tous les électeurs populaires : - de dire qu'ils en ont assez de la droite et des politiciens au service des patrons et de leur - de dire qu'ils sont bien décidés à ne pas faire les frais de la crise et prêts à se battre pour cela sans attendre 1978... quels que soient les résultats électoraux; - mais aussi de dire qu'ils n'ont pas confiance dans la politique de compromission des partis de gauche... et que si ceux-ci arrivent au gouvernement, ils sont bien décidés à ne pas admettre qu'ils fassent la politique de la droite, comme ils l'ont fait si souvent dans le passé. Nous proposons de mener la campagne des municipales autour des axes suivants : 1. Développer les possibilités de contrôle des travailleurs La démocratie est aujourd'hui une fiction : une véritable démocratie communale exigerait que les représentants élus des travailleurs soient sous le contrôle constant de leurs mandants... Les travailleurs ne pourront bouleverser radicalement (la situation actuelle) sans un changement politique central. Mais il serait possible dès maintenant à une municipalité qui représenterait réellement les intérêts des travailleurs de mettre le conseil municipal et toutes les décisions communales importantes sous le contrôle direct des travailleurs et des laborieuses de la commune. Pour cela, elle aiderait au développement d'organes de lutte et de contrôle regroupant électeurs et non-électeurs, ouverts à tous et à toutes les organisations représentatives de la population laborieuse (syndicats, associations de locataires, d'usagers, etc.)... 2. Soutien aux luttes des travailleurs et de la population laborieuse Aucune municipalité ne peut remplacer la lutte des intéressés eux-mêmes, mais une municipalité représentant réellement les intérêts de la population laborieuse apporterait tout son soutien à la lutte des travailleurs et de toutes les couches de la population exploitées ou opprimées, en particulier les femmes, les jeunes et les immigrés.
Cela implique un appui moral et aussi matériel à toutes les organisations que ces travailleurs ou ces couches de la population en lutte se sont données démocratiquement : syndicats, comités, associations diverses... 3. Défense et extension des libertés
Toutes les organisations ddes travailleurs et des couches laborieuses, politiques et syndicales sans exclusive et sans la moindre contrepartie, auront la possibilité d'utiliser gratuitement les locaux et moyens d'expression dont dispose la municipalité. Ainsi leur serait garanti un droit de réunion et d'expression réel et non pas théorique... La municipalité sera aux côtés des travailleurs en lutte pour faire face aux interventions des polices officielles et parallèles des patrons et du pouvoir. Pour s'opposer efficacement aux occupations policières des usines et des foyers, aux expulsions et saisies des locataires, des travailleurs immigrés... elle favorisera le développement de l'auto-défense ouvrière. Pour les tâches du maintien de l'ordre, aucune confiance ne serait faite à la police, même locale. Nous nous appuierons sur l'organisation collective des travailleurs... 4. Changer les conditions de vie Lesproblèmes qui touchent aux conditions de vie ne peuvert trouver une solution dans le cadre de la commune et dans les limites de ses moyens matériels actuels... Mais indépendamment de ses possibilités financières qui conditionnent ses réalisations, la municipalité soutiendra politiquement et matériellement toutes les luttes pour l'amélioration des conditions de vie de la population, qui sont en fait des luttes contre l'Etat : lutte pour les transports gratuits, pour les crèches, pour des services publics convenables, contre la pollution, pour des centres de santé et des centres d'orthogénie, etc... Pour mettre fin au scandale des logements vides, alors qu'il y a tant de mal-logés ou de gens à la rue, la municipalité, aidée des comités de quartier, fera le recensement de ces logements vides et des besoins de la population. Elle soutiendra toutes les occupations de logements inoccupés. De même, appuyée sur les comités de quartier et toutes les organisations de travailleurs, ainsi que les associations de locataires, elle fera appel à toute la population pour défendre les travailleurs menacés d'expulsion ou de saisie, empêcher celles-ci qui, avec la crise et le chômage, vont en se multipliant... Ligue communiste révolutionnaire, Lutte ouvrière, Organisation communiste des travailleurs.